Baptiste et Laëtitia au Lesotho: « Être avec, demeurer…»

  • Baptiste  – L’hôpital : Quand tout vient à manquer

 

Le dépistage en masse

 

 « Les fêtes de Noël ont rimé avec le retour au pays de nombreux Basothos [habitants du Lesotho] qui travaillent en Afrique du Sud, ainsi que celui du virus. La conséquence a été immédiate : un afflux de patients dans les hôpitaux, avec des taux record d’infection et de décès dus au COVID.

Notre hôpital a été surchargé et mis en difficulté pendant les deux premiers mois de l’année, avec plusieurs ruptures de stock de médicaments, un oxygène quasi inexistant, posant tristement la question de la poursuite des admissions alors que les soins primaires ne pouvaient plus être assurés.

Durant ces ruptures de stock, les familles de patients ont été plusieurs fois sollicitées pour acheter elles-mêmes les médicaments en ville afin que nous puissions poursuivre les soins. Pour une petite fille de 13 ans sans entourage familial stable, les médecins se sont cotisés pour acheter des antibiotiques intraveineux et lui permettre ainsi de terminer son traitement ! Ces gestes de solidarité sont particulièrement touchants dans un tel contexte de crise sanitaire. »

  • Laëtitia – A la bakery aussi,  ce n’est jamais un long fleuve tranquille !

Un exemple :

Laëtitia avec la jeune stagiaire

« Début décembre est marqué par la reprise de la consommation. Grâce au travail de prospection de notre jeune stagiaire, Me Itumeleng, nos ventes sont décuplées.
Les commandes fleurissent et notre production avoisine les 5000 biscuits et 600 muffins pour ce dernier mois de l’année qui semble vouloir tourner définitivement la page des précédents mois de disette.
L’activité est certes intense pour nos deux cuisinières mais grâce à elle, la Bakery a pu rattraper les pertes occasionnées lors du premier confinement de Juillet.
En plus de six mois, notre modeste capital est passé de 8 000 M à 20 000 M !
C’est une belle croissance pour une période aussi peu favorable.

Malheureusement, l’atmosphère d’une belle journée d’été peut parfois virer à l’orage…
Et c’est ce qui s’est passé lorsque début janvier, le gouvernement annonce un deuxième confinement strict en raison d’une nouvelle flambée épidémique.
Du jour au lendemain, les écoles qui s’apprêtaient à réouvrir reportent leur rentrée scolaire et de nombreux commerces sont fermés : la Bakery renoue avec une activité à minima
. »

  • Témoignage de Slevia, notre nounou :

«  J’ai 35 ans. J’ai été mariée et j’ai trois enfants : Pia 16 ans, Tankiso 11 ans et Palesa 2 ans.
Mon mari après m’avoir quittée, est décédé en Afrique du Sud en 2012. Me retrouvant seule avec les enfants, je suis rentrée à Seboche, mon village natal, pensant y trouvant de l’aide.

Malheureusement mes parents étant décédés, je ne pouvais plus compter sur eux. C’est ma belle-mère (la seconde épouse de mon père) qui m’a permis d’occuper une maison gratuitement le temps que je m’organise. Cela m’aide mais elle n’est pas très agréable avec moi, comme si elle considérait qu’elle avait fait assez pour moi.

Je suis brouillée avec mon propre frère qui a une vie décousue et n’a pas de travail. De plus, il se comporte mal avec mes enfants. Je vis donc très seule et ne peux compter que sur moi-même… Pendant de nombreuses années, nous n’avions pas grand-chose pour vivre. Il nous arrivait parfois de ne pas manger durant deux-trois jours. Nous souffrions beaucoup de cette situation d’autant que j’étais malade et ne me soignais pas bien. J’essayais de trouver du travail et parfois étais payée pour des lessives que je faisais à la main pour certains.

Pendant 5 années, grâce à la demande faite par notre chef de village, notre famille recevait des indemnités pour soutenir les enfants pauvres (environ 350 M soit l’équivalent de 20 euros tous les trois mois versés pour une famille) pour leur permettre d’aller à l’école…
Évidemment, cela ne suffisait pas ! C’est difficile d’élever des enfants seule dans de telles circonstances…
Mais je n’ai jamais demandé à mes enfants de travailler pour récupérer de l’argent comme cela peut se faire ailleurs. Je préfère qu’ils aillent à l’école pour peut-être avoir la chance de trouver un travail plus tard.

Je n’ai jamais désespéré et ai toujours supplié Dieu de m’aider. Dieu n’est pas un magicien : Son Aide peut parfois prendre du temps… Je L’ai toujours remercié à chaque petit travail donné.
À chaque fois que je voyais des nouveaux médecins arriver à Seboche Hospital, j’allais toquer à la porte proposant mes services… et c’est comme cela qu’on m’a donné ma chance.

Depuis que j’ai cet emploi stable, ma vie a totalement changé. Nous ne souffrons plus de la faim et je suis heureuse de constater que mon aîné travaille dur à l’école pour réussir. Il est vrai que l’avenir me fait toujours peur mais je m’efforce à garder confiance jour après jour…

Dans cette nouvelle famille, je suis impressionnée par leur vie de prière et j’apprécie la joie qui s’y partage.
Je trouve très drôle de danser comme ils le font parfois. Et m’étonne de constater que, quand ils veulent éduquer les enfants, ils ne les tapent pas mais crient fort !
Leur cuisine est si différente ! Ils mangent beaucoup de salades, trop de pain, pas assez de pappa (polenta de maïs basotho)…et adorent le café !
Au final, je vois que les familles de blancs ont beaucoup d’argent par rapport aux basothos.
Parfois, je pense qu’ils ne réalisent pas leur chance.
 »

  • Baptiste et Laëtitia :

« Quand nous regardons les soignants qui eux-mêmes sont parfois impuissants face au Covid ou à la gravité des maladies, nous constatons que l’utilité d’une présence humaine ne se juge pas qu’à son efficacité.
Simplement le fait d’être avec celui qui souffre, de demeurer fidèle à ses côtés surtout quand on ne peut plus rien….
C’est déjà une mission à part entière !

RESTER FIDÈLE, DEMEURER. C’est ce que nous découvrons petit à petit en vivant aux côtés de ce peuple basotho si différent parfois, si similaire aussi, si pauvre et paradoxalement si riche… Notre première mission ici, c’est d’ÊTRE AVEC… ÊTRE AVEC quand nous entendons quotidiennement les lamentations des proches ou des malades et que nos cœurs pleurent avec eux. ÊTRE AVEC quand les mélopées matinales nous font parvenir aux oreilles les prières des équipes infirmières et que nos cœurs prient avec eux. ÊTRE AVEC quand les éclats de rire résonnent en cascade dans les corridors hospitaliers et que nos cœurs rient avec eux…

Nos enfants, Guilhem, Côme, Alban et Marin  :

« La mission aura développé des facultés extraordinaires d’inventivité et de solidarité pour nos quatre larrons qui nous épatent par leur capacité d’adaptation .»

 

ÊTRE AVEC quand hélas, dépassés par des situations impossibles, nous n’avons plus grand-chose à donner… si ce n’est notre présence.

Le dépouillement de notre mission doublée d’un contexte covid a été radical ; certains à juste titre auraient pu penser que c’était trop et que nous aurions pu rentrer.
Pour autant, nous réalisons à présent qu’il nous a fallu CONSENTIR à ce dépouillement pour mieux accueillir ce que nous n’attendions pas : l’expérience et la maturité acquises, nos regards ont appris à laisser de côté les aspects techniques de la mission pour être avant tout missionnaire dans cette simple présence offerte.
Il est d’ailleurs étonnant de constater que la plupart des autres ONG internationales ont rapatriés leurs volontaires aux premières menaces épidémiques.
Après une telle perte, les collègues qui travaillent à nos côtés sont interpelés par notre persistance sur le terrain et nous en font part. Comme quoi, même une simple présence questionne et témoigne de quelque chose !

La fidélité d’une présence est déjà preuve d’amour.

« Nous n’avions pas vraiment de projet pour Noël… Pas de famille, pas d’idée « cadeau », pas de service postal non plus pour éventuellement acheminer quelques surprises pour les enfants. Après réflexion, nous décidons alors de nous tourner vers ceux qui ont encore moins que nous et invitons notre nounou qui vient tout juste de se casser la jambe se retrouvant seule chez elle à gérer ses enfants.

Et ce fut la joie ! »

 

La famille avec Mme Slevia et sa plus jeune…

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