Au Lesotho durant le confinement

Retrouvons mi-juin Baptiste et Laëtitia avec leurs enfants en mission à Seboche

  • Baptiste : « L’hôpital : jamais à court de malades »

Alors que le Lesotho est un des pays les plus affectés par le VIH et la tuberculose, avec son lot de décès ou de séquelles respiratoires, beaucoup d’hommes travaillent dans les mines et sont particulièrement touchés par l’insuffisance respiratoire chronique. D’autre part, les structures sanitaires sur le territoire sont faibles de par leur nombre et leur manque de moyens. Chaque hôpital, en dehors de celui de Maseru, n’a de l’oxygène que pour 2 à 5 patients.

La survenue du COVID-19 laissait craindre de dramatiques conséquences dans le pays, néanmoins contrebalancées par la jeunesse de sa population, moins à même de présenter d’éventuelles complications. Dans ce contexte, les mesures préventives ont été appliquées dès l’apparition des premiers cas en Afrique du Sud et dès l’application du confinement au Lesotho fin mars.

Dépistage à l’entrée de l’hôpital

Cours de prévention

 

Le travail de Baptiste : poursuivre le suivi échographique des femmes enceintes que la volontaire précédente avait entrepris durant deux ans, la pratique de l’échocardiographie étant actuellement inexistante au Lesotho et permettant d’approcher plus finement le diagnostic cardiologique et donc d’optimiser les retombées thérapeutiques.

« Les patientes sont nombreuses. Petit à petit j’ai été sollicité pour des échographies abdominales ou rénales ; j’essaie d’aider tout en connaissant mes limites.  Nombreux sont les cas où l’imagerie a permis d’améliorer sérieusement la prise en charge (parfois vitale) de nos patients. Cela a de surcroît amplifié l’envie des médecins de se former à l’échographie. »

Baptiste avec ses collègues

    • Laëtitia : « Du pain sur la planche ! »

Elle gère 3 pôles connectés les uns aux autres et regroupés sous le titre « Seboche Fidesco Project » : un grand poulailler ; une boutique pour fournir aux patients de l’hôpital des produits de première nécessité ; et la « bakery » (atelier de boulange et de biscuiterie) : gestion des stocks, des commandes et des livraisons, mais aussi s’assurer de la bonne entente des équipes tout en essayant de développer de nouveaux marchés à l’extérieur

« Avec le Covid-19, nos ventes de biscuits cessent. Nous nous retrouvons face à l’incertitude de payer nos temps pleins. Période délicate : nous choisissons de réduire nos dépenses, de recentrer nos stocks sur nos besoins immédiats.
Je dois aussi assurer une reprise en main « technique ». Heureusement les employés de l’hôpital, limités dans leurs déplacements, se fournissent davantage chez nous, cela nous redonne du courage.
Alors qu’il y a eu l’idée d’une éventuelle cessation du projet, j’ai réalisé la place que tenait la Bakery auprès de la communauté : certes elle développe une économie, elle crée de l’emploi mais elle est aussi à l’origine d’un lien social très fort entre les gens qui vivent sur le campus et y travaillent.
Ce projet est au service des personnes, et c’est important pour nous tous de reprendre conscience que la richesse d’une entreprise ne repose pas seulement sur du sonnant et du trébuchant, mais également et avant tout sur un « capital humain » sans lequel on ne pourrait rien. »

Laëtitia en mission avec ses collègues de travail

    • La famille, « balle au centre » !

Depuis mi-mars, les enfants ne partent plus en bus pour 40 mn de piste jusqu’à leur école à Butha-Buthe, et l’employée de maison aussi par crainte de l’épidémie n’est plus venue : donc Baptiste et Laëtita se retrouvent à gérer pendant un mois et demi le travail scolaire, la cuisine, le ménage et leur travail.
« De la haute voltige ! »
Mais du positif au niveau du temps en famille, de l’apprentissage de l’autonomie pour les quatre garçons et du développement en eux du service, et un nouveau dynamisme pour la vie de prière familiale.

Temps de prière en famille

 

Puis une autre dame est venue les seconder, jeune veuve ayant trois enfants, très gentille, humble et courageuse. Son attention à finir chaque grain de riz tombé sur la table est la meilleure des leçons contre le gaspillage alimentaire !

N’étant plus emportés par les va-et-vient du quotidien, ils sont devenus plus attentifs à ceux qui les entourent. La chance de ce confinement a été aussi pour eux de pouvoir assister aux messes des sœurs dans leur petite chapelle, en privilégiés puisque toute célébration cultuelle collective a été suspendue dans le pays.

Avec les sœurs et d’autres volontaires à la messe

 

    • Laëtitia témoigne :

« Je suis frappée par ce peuple qui sait vivre au jour le jour, acceptant les aléas de la vie sans résistance, sans révolte, me rappelant les paroles de Sainte Thérèse d’Avila : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu seul suffit ».
Ma mission ayant été dernièrement mise à mal par des pertes de clients, d’argent et quelques tensions relationnelles, je me suis retrouvée dépossédée de mes réussites, de mes schémas tout tracés, de mes résultats sous contrôle.
Mon carême m’a dépouillée et en touchant du doigt mon impuissance dans  certaines situations, j’ai davantage appris à « abandonner » mon efficacité dans les mains de Dieu.
J’apprends à vivre au jour le jour, heure après heure dans la volonté de Dieu sans juger la qualité de ma mission sur des chiffres mais en essayant de passer d’une « recherche d’utilité » à une attitude de disponibilité ».
Et cela porte déjà du fruit au travers de cette liberté intérieure gagnée !
 »