De Virac au Bénin: le P. Georges Yèche (1915 -2007)

En mars 2017 sur les ondes de RCF Pays Tarnais, le P. Eric Alabi, prêtre étudiant béninois, inséré dans le secteur pastoral du Carmausin, a narré avec enthousiasme combien le P. Georges Yèche, originaire de Virac et décédé en 2007, avait marqué les chrétiens de son pays. Le P. Yèche était prêtre des Missions Africaines: entre 1946 et 1972, durant trois séjours au Dahomey (ancienne appellation du Bénin) où il s’est dépensé sans compter, il a enseigné et fait bâtir écoles et routes pour que la Bonne Nouvelle ensemence sa terre de mission. Sa mémoire reste très vivante dans ces communautés où il a formé nombre de jeunes; l’un d’eux devint ensuite le premier cardinal africain, le cardinal Gantin !

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Autel de la chapelle des Missions Africaines (Chaponost-69)

Mme Geneviève Calmels raconte:MU Virac-Bénin église

“Nous étions en train de partager un moment de convivialité avec Eric Alabi, prêtre venant du Bénin et rattaché à la paroisse de Saint-Privat de Carmaux, lorsque nous avons évoqué le nom du Père Georges Yèche.

La réaction du Père Eric a été immédiate et très enthousiaste. Nous avons alors échangé à propos des débuts de la vie du Père Georges Yèche qui est né et a vécu à Virac, petit village à 7 km de Carmaux. Une promenade nous a conduits à Virac.

Nous y avons rencontré une famille amie et voisine de la famille Yèche. Au cours de la conversation nous avons appris que le Père Georges Yèche a fait le choix d’être prêtre missionnaire à la fin de ses études secondaires, suite à la rencontre d’un prêtre des Missions Africaines, le Père Antonin Gauthier.

Le Père Georges Yèche part pour le Dahomey en septembre 1946, il sera d’abord professeur d’anglais au petit séminaire de Ouidah et professeur de Droit Canonique au grand séminaire. Le Père Antonin Gauthier confie au père Yèche la formation des prêtres autochtones dans la paroisse du petit village de Dédomé; il exerce en même temps son professorat au séminaire de Ouidah.

Cette formation de prêtres autochtones prend tout son sens car le Père Georges Yèche sait qu’à l’avenir il faudra des prêtres locaux pour remplacer les missionnaires et surtout des catholiques qui sachent lire et écrire, pour lire la Bible. Il n’y a pratiquement rien à Dédomé, pas même une église.

La première messe se fera dans un couvent de fétiches sur la demande du roi du village qui l’autorise à utiliser son palais. C’est là que seront formés les premiers chrétiens du village.

MU Virac-Bénin doc1-4Le Père Georges Yèche crée ensuite une école en 1954, puis une église.

Dans le village voisin il y a une école catholique non officielle. Les enfants ont préféré venir à l’école du Père Yèche car après le CE2 il n’y avait aucun débouché au village de Dékanmé.

Pour rendre cette école performante, il crée des salles d’enseignants pour les loger. Il y avait trois classes : Grands, CP, maternelle.

Cette école gérée par le gouvernement est toujours présente. C’est elle qui a formé 15% des élites dirigeantes du pays. Une partie de ces élites, de passage en France, s’est rendue à Virac, pour honorer le Père Yèche.

Le directeur de l’électricité du Bénin et le directeur du port ont acquis la base de leur formation dans l’école de Dédomé.

L’influence du Père était telle que nombre d’enfants n’hésitaient pas à se déplacer, pouvant faire plus de 10 kilomètres.

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Ce village était devenu un centre d’attraction, un centre de convoitises créant des jalousies entre villages : Dékanmé étant géré par l’ancien, le Père Gauthier, et Dédomé par le jeune Père Yèche.

L’église de Dédomé était toujours pleine, même les paroissiens de Dékanmé y venaient. L’histoire veut qu’un jour, les fétichistes ont bloqué la route pour empêcher les paroissiens de se rendre à Dédomé.

Le Père eut l’idée de créer une nouvelle route. Originaire de « la campagne » avec un tracteur amené de France, il créa une nouvelle voie qui existe toujours et s’appelle : « l’avenue du Père Georges Yèche ».

Les dons des paroissiens de France étaient ainsi investis au Dahomey; ils servaient aussi à payer les enseignants. Pour compenser tous ces dons, les villageois lui offrirent un terrain sur lequel le Père Yèche avait projeté de construire une école plus grande, un centre de soins, un marché…

Le Père Yèche, toujours prévoyant, fit rédiger un titre de propriété officiel, pourvu de toutes les garanties juridiques, ce qui permet aujourd’hui de poursuivre son œuvre sur ce terrain.

Aujourd’hui c’est une zone viabilisée avec des habitations, un collège, un lycée. Le Père Georges Yèche est omniprésent dans la mémoire des villageois. Et depuis, lorsqu’un nouveau prêtre arrive dans le village, il est obligé de suivre la voie ouverte par ses prédécesseurs.”

Plus de renseignements sur la vie du P. Yèche à lire sur le site de l’Association Sauvegarde du Patrimoine viracois

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Le P. Eric Alabi a été curé de la paroisse de Dédomé.