Parole de l’évêque pour la rentrée

Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. (Seconde Lettre à Timothée 4, 3)

Au moment où je rédige ces lignes la perspective de la rentrée pastorale reste floue, tant l’évolution de la pandémie de la Covid19 demeure incertaine. Chez certains l’inquiétude règne, chez d’autres plutôt l’insouciance… Il est clair que les mesures sanitaires doivent être respectées le mieux possible, sachant qu’elles ne sont pas une barrière absolument infranchissable par un virus que, visiblement, personne ne parvient encore à maîtriser. Dans ce contexte, plus que jamais, le rôle des chrétiens consiste à apporter l’espérance dans un monde qui en manque, autant qu’à porter une attention et une bonté soutenues à l’égard de ceux qui connaissent l’épreuve de la maladie et du deuil.

En même temps, il est important d’exercer notre discernement et de constater que malheureusement il peut exister des dangers plus graves qu’une pandémie, aussi cruelle soit-elle. Lorsque la société civile perd le sens de la dignité de chaque personne humaine, de la plus fragile à la plus douée, de sa conception à sa mort naturelle, et réduit l’être humain à un objet de consommation, c’est plonger tout à coup dans une culture de mort vouée tôt ou tard à sa disparition. Dans l’histoire de l’humanité, la prétention de certains d’imposer une toute-puissance sur d’autres a toujours conduit à des échecs tragiques. Les lois de bioéthique votées à la sauvette fin juillet par un cinquième des députés de l’Assemblée Nationale, peut conduire notre pays à un changement de culture suicidaire dans l’indifférence du plus grand nombre. La voix de l’Église doit parvenir à se faire entendre malgré l’opposition de médias puissants ne représentant qu’une minorité de l’opinion publique, mais parvenant à étouffer toute opposition à leur diktat.

Il n’est sans doute pas trop tard pour que les catholiques, dans la lignée de la prise de position de l’Épiscopat français, manifestent de différentes manières leur refus de lois contraires à l’écologie intégrale prônée par le Pape François. Le respect de la nature serait-il réservé aux arbres et aux insectes, plutôt qu’à la personne humaine ? Priver volontairement un enfant de père correspond-il à un acte de bienveillance à son égard ? Peut-on souhaiter à son frère en humanité un tel destin, lorsque nous savons à quel point pour un grand nombre de personnes adoptées, c’est une détresse abyssale et taraudante d’ignorer ses origines ? Le désir d’enfant ne saurait masquer le droit de l’enfant d’être considéré comme une personne humaine. La souffrance de ne pas pouvoir engendrer selon la nature ne saurait justifier de produire une autre souffrance, celle de l’enfant, souffrance durable qui le réduit à un objet de consommation. Certaines formes de compassion peu éclairée peuvent malheureusement favoriser l’égoïsme et la possessivité, qui sont contraires aux lois de la nature et à une éducation digne de ce nom.

Pour la nouvelle année pastorale, l’accent sera mis sur la mission et l’écologie. Tout baptisé est appelé à être un disciple-missionnaire capable de rendre compte de sa foi aussi bien dans la famille que dans son milieu de travail ou de loisirs. Des propositions de formation seront faites pour aider chacun à répondre à cet aspect de la vocation baptismale. Le livret sera consacré à une présentation de l’encyclique du Pape François : Laudato Si’ sur l’écologie intégrale. Abordons avec courage et détermination ces mois à venir pour être fidèles aux exigences de la Parole de Dieu qui nous oblige à oser aller à contre-courant des fausses vérités véhiculées au nom d’une certaine modernité. Que l’Esprit Saint soit notre guide !

Bonne rentrée à tous !

 † Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi