Homélie – Vendredi 31 juillet 2020 à Lourdes

Vendredi 31 juillet 2020 à Lourdes

 

1ère lecture : Éphésiens 1, 3-14
Cantique d’Isaïe 61
Évangile selon saint Luc 1, 26-38

 

Frères et sœurs,

Nous venons d’entendre en première lecture le début de l’épitre de Saint-Paul aux Ephésiens : un texte tout à fait extraordinaire, d’une richesse incomparable. C’est un raccourci fulgurant le dessein salvifique du Créateur. « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Il nous a élu en lui, dès avant la création du monde pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour déterminant d’avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus, le Christ. »

Oui, frères et sœurs, tous, chacun d’entre nous, nous sommes désirés, voulus par Dieu notre Père. Ce Père plein de tendresse et de miséricorde désire que nous soyons son enfant dans l’unique Bien-Aimé, le Christ. Chacun de nous est appelé à être saint, immaculé en présence de Dieu. Oui, tel est de toute éternité le projet de Dieu en créant l’humanité. En Marie, l’Immaculée par pure grâce, est réalisé le désir divin du créateur : « une créature sainte, immaculée dans l’amour. » Cette grâce unique, Marie l’a reçue dès le premier moment de sa conception. « Elle a été préservée intacte de toute souillure du péché originel ; afin de devenir la Mère de Dieu. Avant même que soit accompli le sacrifice rédempteur de Jésus sur la Croix, Marie a bénéficié par anticipation du Salut que le Christ, son Fils obtient en sa Pâques pour toute l’humanité, y compris donc pour sa propre mère.

Il est clair, frères et sœurs, que ce mystère nous dépasse. Il nous dépasse et en même temps il nous émerveille, tant il nous révèle la compassion et la miséricorde de Dieu pour ses enfants égarés et perdus depuis la rupture de communion avec le Créateur, lors de la chute. Tout péché, d’une manière ou d’une autre, s’oppose à l’amour, dans lequel Dieu veut nous établir de toute éternité. L’homme et la femme ont été créés pour la communion. Or sous l’influence de Satan, du diviseur, l’homme a pensé pouvoir se passer de Dieu, se passer de son Créateur, de celui qui en fait ne désire que son bonheur dans un amour durable jusqu’à la Béatitude éternelle. Le « oui » de celle qui est bénie entre toutes les femmes va entrainer la bénédiction du Père en faveur de tous les hommes par la venue dans la chair du Fils le Sauveur de toute l’humanité.

Cette grâce de l’immaculée conception rend Marie libre. Parfois on entend dire que Marie était conditionnée, comme si son Immaculée Conception l’obligeait en quelque sorte, il n’en est rien. Marie Immaculée est capable, et plus que tout autre, d’accepter le projet de Dieu librement par amour. La liberté, je crois qu’il faut être bien au fait, la liberté n’est pas cette capacité de dire non, de s’opposer comme le malin voudrait nous le faire croire. La liberté est cette capacité de s’ouvrir à ce qui est bon et de consentir librement à l’amour. N’est-ce pas dans l’acceptation d’un amour offert que nous trouvons toujours la plus grande liberté ? Les amoureux, l’expérimentent en se disant « oui ». Ils ne sont jamais aussi libres lorsqu’ils se disent « oui ». De même, les prêtres, les consacrés l’expérimentent dans leur donation radicale. C’est alors que nous sommes vraiment libres.

Le Concile Vatican II, dans une de ses Constitutions, (LG n° 56), décrit clairement l’attitude de Marie au jour de l’Annonciation : « Marie, fille d’Adam, donnant à la Parole de Dieu son consentement, devint Mère de Jésus et épousant à plein cœur sans que nul péché ne la retienne, la volonté divine du Salut, se livra elle-même, intégralement comme la servante du Seigneur, à la personne et à l’œuvre de son Fils, pour servir dans sa dépendance et avec lui, par la grâce du Dieu tout-puissant au mystère de la Rédemption. » Marie a accepté librement d’être la servante du Seigneur en faisant confiance à la Parole de Dieu. Elle ne s’est pas dérobée, elle a bondi dans la foi. Avec la simplicité d’un enfant, en totale liberté elle s’est livrée à Dieu. Ainsi elle a enfanté le Verbe de Dieu, venu établir sur terre le Règne de Dieu.

Frères et sœurs, en ce jour de pèlerinage, il me semble que nous pouvons nous poser la question sur notre manière d’accueillir la Parole de Dieu. Acceptons-nous de nous livrer au Seigneur, de nous laisser conduire par l’Esprit Saint sans tout comprendre, sans obtenir tout de suite un résultat espéré ? Sommes-nous disponibles à la volonté du Seigneur, à la mission autour de nous ? Ou au contraire, invoquons-nous nos limites, nos peurs, notre manque de savoir-faire, notre âge trop avancé ou notre jeunesse, pour esquiver soi-disant par humilité, ce qui n’est en fait qu’une fausse humilité qui voile notre refus à l’appel de Dieu ?

Puisse ce pèlerinage nous aider, à l’école de Marie à apprendre la véritable humilité qui consiste à se reconnaitre pauvre, mais toujours prêt à accomplir le service du Seigneur sous l’ombre de l’Esprit-Saint. Cela revient à accepter dans nos vies quotidiennes l’aide de l’Esprit et toutes les lumières et les forces qu’il offre à ceux et à celles qui coopèrent avec lui. Ainsi, d’une manière différente mais réelle, comme Marie, nous porterons en nous le Christ ; non seulement pour notre joie mais aussi pour celle de tous nos frères qui ne le connaissent pas encore et auxquels nous sommes envoyés.

Amen.

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi