Homélie lors de la session diocésaine « Venez, voyez, demeurez »

Frères et Sœurs,

La liturgie de ce XVIIe dimanche du Temps Ordinaire nous offre trois petites paraboles pour nous aider à comprendre ce qu’est le Royaume des Cieux. Il s’agit de la parabole du trésor caché dans un champ et de la parabole du chercheur de perles précieuses. Pour acquérir le trésor ou les perles précieuses, se séparer de tous ses biens semble être la solution unique, radicale et légitime. La troisième parabole du filet jeté dans la mer « qui ramène toutes sortes de poissons » évoque la fin du monde où les justes et les méchants seront séparés par les anges lors du jugement dernier. C’est un avertissement qui est donné pour choisir dès maintenant, dans le moment présent, le Royaume des Cieux. Celui qui est disciple du Seigneur Jésus, venu pour inaugurer ce Royaume, est un maître, un propriétaire qui peut profiter des trésors anciens et des trésors nouveaux en sa possession. Alors, le disciple ne serait-il pas cet homme qui peut bénéficier de la Parole de Dieu, celle de l’ancienne et de la nouvelle Alliance ? Cette Parole qui procure la Sagesse.

Le premier Livre des Rois nous a rapporté la très belle prière du jeune Salomon au début de son règne demandant à Dieu la sagesse « pour gouverner son peuple et discerner le bien et le mal ». Le récit relate que « sa demande plut au Seigneur » qui lui donna « un cœur intelligent et sage ». Nul doute qu’il est nécessaire de recevoir cette sagesse, fruit de la Parole de Dieu, pour devenir jour après jour un disciple-missionnaire. Comment cela peut-il se réaliser ? C’est en étant à l’écoute du Maître. Le disciple ouvre son intelligence et son cœur à l’enseignement du Maître. Il aspire même à partager le maximum de son temps auprès de celui qui lui ouvre l’intelligence à « son dessein d’amour », ce « dessein bienveillant du Père », cher à saint Paul et destiné à être l’héritage de tous les humains.

Frères et Sœurs, vous avez participé à cette session durant deux jours en venant ici, en ce sanctuaire de Notre-Dame de la Drèche, pour écouter la Parole et en demeurant avec lui dans l’adoration du Saint-Sacrement. Probablement avez-vous davantage pris conscience de l’amour de Jésus pour vous personnellement et saisi que vous ne pouviez le garder pour vous seul. L’amour infini du Père doit être connu de tous et partagé avec le plus grand nombre. Face à cette exigence, n’ayez pas peur : « Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien » nous a rappelé le passage de l’épître aux Romains entendu en seconde lecture. En effet, la mission est toujours en premier lieu l’œuvre de Dieu. « Ceux qu’il appelle, il en fait des justes », c’est-à-dire il les rend capables de vivre avec l’aide de sa grâce selon l’Évangile. En outre, « Il leur donne sa gloire », ce qui signifie que le disciple est appelé à manifester la présence mystérieuse et réelle du Seigneur au milieu du monde.

Pour terminer, je désire préciser quelques caractéristiques propres à tous les disciples-missionnaires. En premier lieu, le disciple-missionnaire s’en remet à Dieu, il s’abandonne entre les bras du Père pour grandir dans la confiance filiale. En second lieu, le disciple-missionnaire a pour vocation d’enfanter. Il fait découvrir leur filiation divine à ceux et celles qui, grâce à lui, passeront de l’ignorance de Dieu à sa connaissance. En troisième lieu, le disciple-missionnaire apporte la lumière dans la souffrance en dévoilant le visage de l’Innocent, le Sauveur, qui a été jusqu’à mourir sur la Croix, par amour pour chacun de nous. En quatrième lieu, le disciple-missionnaire dénonce l’œuvre du démon et apprend à lutter contre l’adversaire, le père du mensonge et l’accusateur de l’humanité. Le satan existe bien, mais il a été vaincu par le Christ sur la Croix. Nous célébrons dans l’action de grâce cette victoire chaque dimanche, en célébrant la résurrection du Seigneur. Enfin, le disciple-missionnaire ouvre à l’avenir ceux qui reçoivent la Bonne Nouvelle. L’espérance chrétienne éclaire le présent et ouvre un horizon non seulement pour la vie sur la terre, mais aussi au-delà de la mort. Le Père nous a tous désirés pour partager son amour avec son Fils premier-né, le Christ, dans la mouvance du Saint-Esprit. Depuis notre baptême, nous avons été plongés dans la vie éternelle qui consiste à connaître le Père et son envoyé le Christ, par la foi. Nous vivons dans l’attente de la plénitude de la vie éternelle, lorsqu’à notre mort le voile se déchirera et nous verrons Dieu.

Amen !

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

Sanctuaire Notre-Dame de la Drèche, le 26 juillet 2020