Homélie de la solennité de la Pentecôte 2020

En la cathédrale Sainte-Cécile, 31 mai 2020, 1ère messe avec assemblée depuis le mardi 17 mars 2020, suite à la mesure gouvernementale de confinement dû à la pandémie du Covid19.

 

1ère lecture : Ac 2, 1-11
Psaume : 103, 1ab.24ac, 29bc-30, 31.34
2ème lecture : 1 Co 12, 3b-7.12-13
Évangile : Jn 20, 19-23

 

Frères et Sœurs,

Le récit de la Pentecôte rapporté dans les Actes des Apôtres nous présente les disciples réunis ensemble avec Marie et quelques femmes, tous confinés, dans l’attente de la venue du Paraclet, annoncée par Jésus avant sa mort sur la croix. « Le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. »

Au jour de la Pentecôte, de manière extraordinaire, l’Esprit Saint manifeste sa présence et embrase le cœur des Apôtres. Les langues de feu qui se posent sur chacun d’eux en sont le signe. L’Esprit Saint transforme ces hommes qui vivaient dans la crainte, en hérauts audacieux de la Bonne Nouvelle, prêchant à tous. Des hommes et des femmes de différentes origines et parlant des langues différentes reçoivent de manière compréhensible le message évangélique. Ce miracle signifie que toute l’humanité est destinée à recevoir le salut obtenu par le Christ et est appelée à vivre dans l’unité, dans la paix, dans l’amour. L’Esprit rend possible la concorde pour tout le genre humain, l’Esprit rend possible cette unité perdue depuis Babel.

À Jérusalem, ce jour de la Pentecôte juive, nombreux étaient les pèlerins venus de partout. Ils venaient rendre grâce à Dieu pour le don de la Loi fait à Moïse. Cette fête du don de la Loi, une des fêtes principales du calendrier des fêtes juives, trouve elle-même ses racines dans une fête très ancienne établie pour remercier le Seigneur pour les moissons, les récoltes. Le Seigneur donne à son peuple la nourriture pour le corps, ces récoltes, et il donne la nourriture pour l’esprit : la Loi. Voici qu’aujourd’hui il donne son propre Esprit pour accompagner le Peuple Nouveau, l’Église née de la Nouvelle Alliance consommée par le Christ à travers sa Pâque. Nous l’avons entendu, dès le soir du premier jour de la semaine, Jésus ressuscité apporte la paix à ses disciples qui vivaient enfermés, verrouillés dans la crainte. Après leur avoir souhaité une deuxième fois la paix, il souffle sur eux en les invitant à recevoir l’Esprit Saint. En quelque sorte, il leur donne une nouvelle naissance, comme Dieu au premier jour de la création de l’homme souffle dans ses narines pour l’animer. Ici, Jésus souffle sur eux pour les inviter à recevoir l’Esprit Saint et en même temps il donne le pouvoir aux disciples de pardonner les péchés, c’est-à-dire d’établir dans la paix tous ceux et celles qui le reconnaîtront comme leur Sauveur et qui, grâce au don de l’Esprit Saint, trouveront la paix avec Dieu, la paix avec eux-mêmes, la paix avec chacun de leurs semblables. Par le pardon de leurs péchés, les fidèles sont renouvelés dans la grâce de leur baptême, ils retrouvent la vie divine et la paix.

Aujourd’hui nous célébrons la naissance de l’Église, l’épouse du Christ, qui reçoit sa vie de l’Esprit Saint qui est chargé de la guider jusqu’au retour du Christ. Vraiment, l’heure n’est plus au confinement d’aucune manière. Il s’agit pour les baptisés-confirmés que nous sommes, de vivre dans la docilité à l’Esprit Saint, d’être audacieux et courageux pour annoncer à ce monde, à notre société contemporaine la paix que procure l’enseignement de Jésus notre Sauveur. Le confinement que nous venons de vivre a comporté bien sûr une part d’épreuve douloureuse. Mais il a aussi pu être une préparation à cette fête de la Pentecôte. Privés des sacrements, beaucoup de fidèles ont pu approfondir en cette période les Écritures et ont pris le temps de la prière et de la réflexion. Désormais, avec l’aide de l’Esprit Saint, soucieux de nous laisser conduire par lui, attentifs à ses motions, à ses intuitions qu’il fait naître dans nos intelligences et nos cœurs, œuvrons pour que notre Église universelle, et tout particulièrement notre Église diocésaine vive une Pentecôte permanente.

Frères et sœurs, je vous ai adressé aujourd’hui une lettre pastorale. Permettez-moi de conclure cette homélie en vous citant la prière qui l’achève. J’ai voulu vous écrire pour vous encourager à véritablement être des baptisés rayonnants de joie et capables de faire connaître leur joie de croire à leurs contemporains :

Seigneur, permets que tous les baptisés vivant dans le Tarn osent avec courage faire connaître leur joie de croire en ton Fils Jésus ressuscité d’entre les morts et que, partageant sa condition filiale, ils ouvrent les portes de la vie éternelle au plus grand nombre. « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul véritable Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ».

Amen. Alléluia.

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi