Homélie pour le Mercredi des Cendres, à Briatexte

Frères et sœurs,

Aujourd’hui nous entrons en Carême. Ce temps de la liturgie que l’Église nous offre d’année en année est une vraie retraite annuelle. Un temps qui nous est offert en vue d’appartenir davantage au Christ. Cela est vrai pour les catéchumènes qui se préparent à recevoir le baptême pendant le temps pascal. C’est vrai aussi pour les baptisés de vieille date qui sont appelés à se préparer à vivre toujours mieux la grâce baptismale. Tous nous sommes appelés. Telle est notre vocation commune aux baptisés et aux futurs baptisés, d’être appelés à la sainteté par le Christ. Le Père nous appelle à suivre son Fils, le Christ notre Sauveur, dans la puissance de l’Esprit Saint. Nous le savons, nous en faisons l’expérience quotidiennement, atteindre la sainteté par nous-mêmes est absolument impossible. L’aide de l’Esprit, vivant au cœur même de notre cœur, ou attirant déjà les catéchumènes vers le Christ, cet Esprit nous est indispensable. L’Esprit Saint est véritablement le maître de l’impossible. Au cours de ce Carême, laissons-nous guider par lui et soyons dociles à toutes ses impulsions, à toutes ses motions, aux lumières qu’il ne manque pas de donner à nos consciences. Apprenons, jour après jour, avec attention, à collaborer avec l’Esprit Saint. Alors nous parviendrons à nous laisser réconcilier avec Dieu selon l’invitation de l’Apôtre et à vivre davantage de notre grâce baptismale.

L’Évangile de ce premier jour de Carême nous indique quelques moyens pour répondre à l’attente de ce Dieu qui ne cesse de nous appeler. Partager avec les plus démunis de nos frères, puisque nous sommes tous les enfants d’un même Père. Prier dans le secret celui qui veut nous révéler sa présence et sa proximité à nos côtés. Jeûner dans la discrétion pour que notre désir de Dieu prenne le pas sur des désirs plus secondaires et que nous devenions plus conscients que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais, comme Jésus l’a dit, de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Le jeûne nous ramène à l’essentiel, au désir le plus profond qui habite notre cœur et qui est la communion avec notre Dieu. Transformés avant tout par notre ouverture à la grâce plus que par notre ascèse, nous pourrons progresser sur le chemin de la sainteté et être capable de faire mieux connaître le Sauveur autour de nous – puisque j’ai eu la joie d’apprendre que votre paroisse voulait vivre un Carême missionnaire.

Dans le contexte actuel que traverse l’Église avec les révélations de divers scandales liés à toutes sortes d’abus, il est urgent de prendre au sérieux l’appel à la conversion que notre Seigneur nous adresse à travers la liturgie de ce jour. L’Église – je tiens à le dire – n’est pas un groupement humain mené par une majorité de responsables homosexuels ou pédocriminels comme certains médias voudraient le faire croire à l’ensemble de la planète. L’Église est le Corps du Christ visible aujourd’hui, constituée d’hommes et de femmes qui sont pécheurs et qui sont en marche sur le chemin de la sainteté. Je crois pouvoir affirmer que le Pape François prend les moyens de venir au secours des victimes et veut que la justice soit exercée à l’encontre des criminels mieux que par le passé. Tous les évêques prennent conscience de situations souvent ignorées et dramatiques. Il est clair que les évêques seront appelés dans les années qui viennent à prendre soin des victimes avec le plus grand sérieux et d’empêcher les coupables de continuer à nuire, comme c’est déjà le cas en France depuis l’an 2000.

Il nous faut prier pour que cette œuvre de purification que l’Église entreprend avec courage et loyauté, dans la honte, la tristesse et l’humiliation s’accomplisse. Je tiens à affirmer, en tant qu’évêque, que plus de 90% des prêtres et des consacrés vivent dignement et cherchent quotidiennement à vivre leur chemin de sainteté. Je veux publiquement renouveler ma confiance aux prêtres qui sont ici et qui, pour moi ce soir, représentent l’ensemble de mon presbyterium. Demandons à Dieu que cette œuvre de purification porte du fruit non seulement au sein de l’Église mais aussi dans la société civile.

Il n’est pas honnête, comme le font certains, de réduire l’Église à ses fautes, à notre péché. L’Église annonce une Bonne Nouvelle qui nourrit la foi de tous les chrétiens. L’Église entretient une vraie charité qui prend la défense des plus petits et met debout les plus défavorisés, et cela dans le monde entier. L’Église, à toutes les époques, aujourd’hui encore, produit des saints qui, en témoignant du Christ, apportent l’Espérance à un grand nombre.

Frères et sœurs, convertissons-nous. Devenons de véritables disciples-missionnaires qui prennent au sérieux l’enseignement du Christ, qui en vivent et qui partagent leur foi avec ceux qu’ils rencontrent, car le Sauveur est le chemin, la Vérité et la Vie. Sa Parole est la lumière qui éclaire nos pas. Ensemble marchons vers Pâques, n’ayons pas peur de cette traversée du désert qui nous est offerte pour mieux aimer notre Seigneur et Sauveur, et mieux servir tous nos frères humains.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

 

Lectures :
1ère lecture : Jl 2, 12-18
Psaume : 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17
2ème lecture : 2 Co 5, 20 – 6, 2
Évangile : Mt 6, 1-6.16-18

Mgr Jean Legrez à Briatexte le Mercredi des Cendres, pour l'ouverture de la Mission paroissiale

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