Homélie pour la Journée de la Vie consacrée

Frères et sœurs,

Cette fête de la présentation du Seigneur au temple à Jérusalem, possède de multiples facettes. Toutes peuvent enrichir notre compréhension de la vie consacrée au cœur de l’Église. Ce n’est donc pas un hasard si saint Jean-Paul II a choisi cette fête pour honorer et célébrer ce charisme particulier, présent dans les communautés chrétiennes depuis l’origine de l’Église selon des formes différentes.

En premier lieu, le récit de l’événement de la présentation de Jésus au Temple nous conduit à constater avec admiration l’obéissance de Marie et de Joseph à la loi de Moïse. Comme chaque couple juif, ils viennent racheter au Seigneur leur premier-né, afin d’exprimer leur reconnaissance à ce Dieu qui a libéré Israël de la servitude de l’Égypte à travers l’ultime et terrible plaie qui entraîna la mort de tout premier-né parmi les humains comme parmi le bétail et ainsi obtint l’accord de pharaon pour le départ des hébreux.

Marie et Joseph humblement se soumettent à la loi comme tout juif pieux, alors qu’ils viennent d’être associés d’une manière inégalée au dessein salvifique du Seigneur d’Israël. Celle qui a porté en son sein le Verbe de Dieu et celui qui a la charge de veiller sur la mère et l’enfant Dieu, ont écouté et mis en pratique la Parole de Dieu transmise par Moïse en venant au Temple. Là ont lieu plusieurs rencontres.

L’enfant Jésus est porté dans les bras de ses parents dans ce temple où dans le Saint des Saints demeure la présence divine. Présence mystérieuse et réelle qui accompagne le peuple élu jusqu’au moment où le Fils de Dieu ayant pris notre chair deviendra la présence visible du Père au milieu de son peuple. Cette même présence dure d’une manière éminente pour tous les hommes au lendemain de la glorification de Jésus ressuscité par le Père dans la puissance de l’Esprit Saint à travers la présence réelle dans l’Eucharistie, conservée dans chaque église. Le Sauveur accompagne l’humanité rachetée, les chrétiens – en particulier les consacrés – l’adore pour tous les humains et se laisse toucher par celui qui vient guérir et relever sans cesse ses disciples pour leur partager sa vie, sa sainteté, son amour miséricordieux.

Charles de Foucauld, Mère Térésa, Jean-Paul II, parmi beaucoup d’autres saints proches de nous, ont passé de nombreuses heures en présence de Jésus au Saint Sacrement. La présence divine attire mystérieusement, transforme le cœur de ceux qui se livrent à cette présence si difficile à décrire, à cerner, à connaître et cependant si active, si aimante, si rayonnante. Présence qui s’apparente parfois à une absence qui entretient notre désir de la trouver à nouveau et nous exerce à la fidélité, à la confiance de l’amour. Absence qui devient l’envers d’une présence.

Syméon et Anne ont vécu en ce jour, éclairés par l’Esprit Saint, la rencontre avec le Messie tant attendu. Le fruit immédiat a été, chacun selon sa grâce, d’exprimer leur joie par la louange face au salut apporté par l’enfant Jésus. De manière prophétique ils ont annoncé les futurs événements par lesquels le salut devait s’opérer. Ils ont annoncé la croix future et le relèvement de l’humanité. Par des vies données, livrées à la puissance de l’Esprit, puissions-nous être non seulement signe du Royaume déjà là et annoncer la joie de la béatitude où Dieu sera tout en tous. L’offrande de nos vies comprend la croix, c’est-à-dire des renoncements douloureux à certaines heures, mais aussi l’expérience que la croix est source d’une vie nouvelle, d’une vie sainte, une vie selon l’Esprit.

Demandons les uns pour les autres un cœur toujours plus docile aux dons de l’Esprit pour manifester à tout frère en humanité la présence aimante et salvatrice de notre Dieu.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi