Homélie de la messe de la nuit – Nativité du Seigneur

 

Frères et sœurs,

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » prophétisait Isaïe. « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ». Nous venons d’entendre le récit de sa naissance selon l’évangéliste saint Luc. L’ange qualifie cet enfant de « Sauveur », et précise qu’il est le Messie promis à Israël. Les bergers ont trouvé le nouveau-né couché dans la mangeoire à Bethléem. Une naissance est toujours une bonne nouvelle. Au cœur de cette nuit nous célébrons la naissance du « Prince de la Paix », du Sauveur de tous les hommes. Existe-t-il une meilleure bonne nouvelle depuis l’origine de notre vieux monde ?

Certainement pas. Il suffit de voir comment partout où le nom du nouveau-né a été connu une ambiance de fête règne : des villes illuminées, des boutiques décorées, des suggestions de cadeaux et des publicités pour toutes sortes de spectacles, sont le décor dans lequel nous vivons depuis plusieurs semaines. Ceci n’empêche pas que pour beaucoup au cœur de la fête, le grand absent sera celui dont nous célébrons l’anniversaire. Déjà, il y a plus de deux milles ans, il n’y avait pas de place pour le petit enfant à Bethléem. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil, comme disait déjà Qohélet. Il est à craindre cette nuit que nombreux sont ceux qui, autour de nous, ignorent le prénom de l’enfant nouveau-né : Jésus, ce qui veut dire « Dieu sauve ».

Nous sommes investis de la même mission que les bergers

Si la situation de notre société correspond à ce que je viens de suggérer, nous qui, comme les bergers, avons reçu la Bonne Nouvelle et y avons cru, nous voilà investis de la même mission que les bergers. Comme il s’est fait connaître dès le premier jour de sa naissance à des pauvres, des marginaux de la société juive, considérés comme impurs en raison de leur proximité avec leurs troupeaux, il nous a fait la grâce de le connaître par la foi. Aussi notre espérance est grande, elle est celle des pauvres qui, faisant l’expérience des secours apportés par l’amour miséricordieux du Père ne peuvent que le glorifier et le louer. Il est celui qui seul offre la Paix. Notre mission à chacun présent dans cette cathédrale, c’est bien comme les bergers de raconter ce que nous savons du nouveau-né, ce qu’il a fait dans notre vie, cette relation d’amitié que nous entretenons avec Jésus, notre Sauveur. En osant raconter ce que nous percevons de l’Emmanuel, de ce Dieu avec nous, à coup sûr nous susciterons l’étonnement. Mais n’est-ce pas à un tel partage que beaucoup de nos contemporains qui baignent dans diverses nuits aspirent ?

Paul écrit à Tite en l’encourageant à faire partie d’« un peuple ardent à faire le bien ». Existe-t-il un bien plus grand que cette Bonne Nouvelle à divulguer ? Partager notre connaissance du Messie est une urgence. Tant de nos frères humains désespèrent, souffrent, vivent dans la peur car leur vie n’a pas de sens… Écoutons un court passage d’une homélie de saint Augustin pour Noël : « Tu serais mort pour l’éternité, s’il n’était pas né dans ce temps. Tu n’aurais jamais été libéré de la chair du péché, s’il n’avait pris la ressemblance du péché. Tu serais victime d’une misère sans fin, s’il ne t’avait fait cette miséricorde. Tu n’aurais pas retrouvé la vie, s’il n’avait pas rejoint ta mort. Tu aurais succombé, s’il n’était allé à ton secours. Tu aurais péri, s’il n’était pas venu. Célébrons dans la joie l’avènement de notre salut et de notre rédemption ». En partageant tout de notre condition humaine pour nous partager sa vie divine, le Sauveur nous apprend à l’imiter en faisant connaître à nos frères et sœurs les plus proches d’abord, notre merveilleuse espérance.

En outre, dans les crises sociétales actuelles, les catholiques sauront-ils être, comme les Évêques de France le leur demandent, des acteurs d’un dialogue constructif pour favoriser une plus grande justice et le respect de la dignité de toute personne humaine, en commençant par les plus fragiles, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. La bienveillance à l’égard de tous et l’accueil des plus démunis, étrangers, malades, vieillards isolés, jeunes révoltés, personnes abandonnées, est la marque des disciples de celui qui s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa divinité.

Saisissons les mains tendues de l’enfant de la crèche et laissons-nous conduire par lui dans le temps présent. Il désire faire de notre cœur sa crèche, son lieu de résidence, afin de nous faire agir comme lui en homme raisonnable, avec justice et piété.

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux

et paix sur la terre aux homme qu’il aime ».

Faisons connaître son amour, dans la puissance de l’Esprit Saint, aimant comme il aime !

Amen

† Jean Legrez, o.p.

Archevêque d’Albi

En la cathédrale Sainte-Cécile, Albi