« Mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples »

En ce moment de l’histoire de l’humanité, des questions extrêmement graves se posent aux sociétés les plus favorisées dont la nôtre. Dans le domaine de la bioéthique, jamais autant d’interrogations sur le début et la fin de la vie ne se sont fait entendre. Au plan social, une lutte sévère est à mener contre des inégalités flagrantes et la croissance de la pauvreté qui plongent dans l’exclusion trop de nos contemporains. Enfin, la détérioration globale de l’environnement nécessite au plan national et international de rechercher des solutions pour maintenir en bonne forme notre « maison commune », notre planète.

L’Église elle-même est secouée par la révélation de toutes sortes d’abus qui doivent être nommés pour mieux lutter contre eux et respecter la dignité de tous, en premier lieu des victimes. C’est dans ce contexte que nous célébrons la naissance du Christ, sans doute avec une conscience renouvelée du besoin d’être sauvés, d’être arrachés à nos égoïsmes et à nos aveuglements afin de passer des ténèbres à la lumière de la vérité et de la charité.

Les évêques de France, en recevant à Lourdes lors de leur récente assemblée plénière du début du mois de novembre, des victimes d’abus sexuels, ont pu mesurer la profondeur abyssale de leurs blessures. Pour faire en sorte que ne puissent se renouveler de tels crimes, une commission indépendante a été créée. Elle devra analyser ce qui s’est passé et essayer de comprendre comment de tels actes ont pu avoir lieu depuis 1950 pour préconiser des remèdes pour le présent et l’avenir. À partir de 2000, l’Église en France s’est donné un certain nombre de moyens pour écouter les victimes et mener des actions de formation et de prévention ; la commission devra aussi évaluer ces actions. Il serait souhaitable que d’autres institutions dans notre pays entreprennent le même type de démarche, afin de réduire le plus possible ces crimes.

Je tiens à vous partager un extrait des propos tenus par le président de la Conférence des Évêques de France, Monseigneur Georges PONTIER, lors du discours de clôture de notre assemblée, concernant les prêtres auxquels il me semble important que tous nous renouvelions notre estime et notre confiance : « Regarder les choses en toute clarté est source de liberté et d’apaisement. Nous avons conscience de rejoindre l’expérience spirituelle de Paul, telle qu’il l’écrit aux Corinthiens  » C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort « . (2 Cor 12,10). Nous avons le désir d’inviter toute l’Église à vivre dans cet esprit cette épreuve du moment, ce péché de certains des siens. Nous avons le désir d’inviter les prêtres de nos diocèses à le vivre ainsi. Nous les connaissons. Ils ont notre estime, notre confiance. Nous savons qu’ils vivent douloureusement ce moment présent. Mais nous admirons la sincérité de leur engagement, leur zèle, leur prudence, leur souci de conduire au Seigneur. Nous savons qu’auprès d’eux les jeunes et les adolescents sont en sécurité. Ils donnent leur vie pour le Christ et pour la mission de l’Église. Il est injuste de jeter sur chacun d’eux le soupçon. Nous leur disons que notre épreuve du moment portera son fruit de grâce et de renouvellement. L’Esprit du Seigneur saura nous conduire sur le chemin de fidélité et d’humilité. Il sait où Il nous mène.  » Rien ne pourra nous séparer de l’amour qui est en Jésus Christ notre Seigneur  » (Rom 8,39) ».

L’enfant-Dieu est la lumière du Monde, accueillons-le avec reconnaissance et confiance. Avec les anges, chantons sa gloire. Avec les bergers, partageons autour de nous la joie de la naissance du Sauveur

Joyeux et saint Noël à tous les diocésains !

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

Vitrail de la Nativité à Mazamet. L’enfant-Dieu est la lumière du Monde