Lautrec : collégiale Saint-Rémy


Lautrec St-Rémy1

Vous entrez dans la plus ancienne maison de Lautrec construite en 1394, son nom primitif était église Sainte-Marie de la Paix, elle est appelé « collégiale », parce qu’en 1615 le chapitre Saint-Pierre de Burlats vint s’y établir. Il y demeura jusqu’à la Révolution… Le prieur Guillaume Ermengaud fut la cheville ouvrière de cette construction qui sera réalisée grâce à deux notables lautrécois, Sicard Saquet et Bernard Cavaser, qui léguèrent par un testament tous leurs nombreux biens.

Ses dimensions sont : 40 mètres de long, 10 mètres de large et 14 mètres de haut.

Nous vous invitions à visiter cette église avec des textes pris uniquement dans les Écritures.

Lautrec St-Rémy2Tout d’abord, mettez-vous sous le porche et regardez bien en face de vous le maître-autel et le tableau qui est dessus ; vous remarquerez que l’église est déviée un peu sur la gauche, du coté où en mourant Jésus incline sa tête : « et inclinant le tête, il rendit l’esprit » (Jean 19,30).

Puis regardez la voûte : on dirait que l’église est une grande barque renversée : « Venez à ma suite, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes  » (Mc 1,18) « Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. Ils le jetèrent et il y eut tant de poissons qu’ils ne pouvaient plus le ramener… 153 gros poissons  » (Jn 21,6 et 11) .
153 : c’est le total des 17 chiffres premiers, chiffre qui signifie : la multitude !

L’église comprend d’abord la nef (du mot latin « navis « , bateau), entre le portail et le sanctuaire, elle évoque la forme d’un navire. Réservée aux fidèles, elle symbolise l’église, la « barque » du premier pape Pierre et de ses successeurs, cette barque qui vogue sur les flots du monde, au milieu des tempêtes, et qui nous fait passer de la berge du temps aux rives éternelles.

Lautrec St-Rémy3

 

 

L’église ne fut voûtée qu’en 1768, puis peinte par Jacques Pauthe en 1852. C’est un décor admirable en trompe l’œil, sur fond bleu outremer, couleur pastel.

Des deux cotés de la voûte, le peintre Pauthe a représenté les 12 apôtres : « Jésus s’en alla dans la montagne pour prier et il passa la nuit à prier Dieu ; puis le matin venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres  » (Lc 6,12).

Au milieu, au faîte de la nef, douze autres médaillons reproduisent le visage de saints et saintes de l’Église. Des motifs floraux et une multitude d’angelots (85 au total) ornent les rinceaux.

Sur les murs, de chaque côté et au-dessus des vitraux, des cartouches renferment des sentences, comme par exemple : « le ciel est l’espérance du pauvre » ou « Aime Dieu et chante ses louanges ».

Dans le sanctuaire, un gros médaillon représente la glorification de l’évêque Saint Rémy. Les 3 autres médaillons contiennent des anges musiciens.

Lautrec St-Rémy4Les peintures ont été restaurées de 1995 à 1998 par Marc Savreux et Françoise Baudin.

Si l’apôtre Pierre est le « Roc » sur lequel est bâtie l’Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église  » (Mt 16,18), les apôtres, eux, sont les « colonnes  » qui la soutiennent : «  les remparts de la cité (Dieu) avaient douze assises et sur elles les douze noms des douze apôtres de l’Agneau. » (Apo 21,14).

Les chapelles

Lautrec St-Rémy5Coté gauche.

Chapelle de Notre-Dame de Lourdes
Des cierges brûlent devant la statue de la Vierge : « Je suis l’Immaculée Conception » dit Marie à Bernadette le 1858, il y a 150 ans cette année. « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi  » lui avait dit l’ange Gabriel le jour de l’Annonciation. (Lc 1,28).
Le tableau sur la gauche représente saint Luc écrivant l’évangile de l’enfance que lui raconte Marie, à genoux. « Beaucoup ont entrepris de composer un récit des évènements accomplis parmi nous… il m’a paru bon, à moi aussi après m’en être soigneusement informé d’en écrire un récit ordonné » (Lc1,1-3)
Le taureau est l’emblème iconographique de Luc.

Chapelle de sainte Germaine de Pibrac.
Germaine mourut à 22 ans en 1601 et fut canonisée en 1867. Son corps fut retrouvé intact en 1644.
À droite le tableau de saint Jean Baptiste daté de 1647.Près de lui un agneau. «  Le lendemain Jean voit Jésus qui vient vers lui et il dit : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.  » (Jn 1,29)
En face, à gauche : un beau tableau qu’on appelle « le Christ aux limbes », en fait il s’agit de la vision de l’enfer qu’eût sainte Thérèse d’Avila. Très beau Christ ressuscité

Chapelle de sainte Jeanne d’Arc.
Morte à 19 ans, brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431 sur la place du Vieux Marché. « J’aimerais mieux sept fois être décapitée que d’être ainsi brûlée.Donnez-moi les sacrements de pénitence et la très sainte eucharistie. » Jeanne fut canonisée en 1920 et déclarée patronne secondaire de la France.
Cette chapelle fut construite en 1395, elle était dédiée à saint Jean l’évangéliste, et plus tard à saint Fabien et saint Sébastien.

Chapelle de saint Joseph.
Historiquement c’est la première chapelle bâtie en 1394 dans cette église. Elle était dédiée à saint Jean Baptiste. Le notaire Sicard Saquet qui donna ses biens pour la construction de cette église y est inhumé, il mourut en 1395. Vers 1610 elle devint la chapelle du Rosaire : les lettres A (ve) M (aria) sur le devant de l’autel le rappellent. Aujourd’hui c’est la chapelle de saint Joseph avec une très belle statue en terre cuite dorée.
Le tableau de gauche évoque la Sainte Famille « Jésus progressait en âge, en taille et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. » (Lc 2,52).
Le second tableau qui lui fait face représente la mort de saint Joseph entre Jésus et Marie.

- Retable en bois sculpté, peint et doré, et marbre. Un compartiment délimité par deux colonnes en marbre à chapiteaux corinthiens, deux volute en appui.
Au centre, niche cintrée avec la statue de saint Joseph
Couronnement : entablement et fronton en anse de panier, dans le tympan, la colombe entourée de nuées.
Ornementation : palmes et belles guirlandes de feuilles et de fleurs. Début XVIIIe siècle [1]

Chapelle de la Cène.
Ce tableau peint en 1676 par Labadie, peintre lautrécois, est la copie inversée d’une toile de Rubens conservée à Milan. « Quand l’heure fut venue Jésus se mit à table et les apôtres avec lui. Et il leur dit : « J’ai tellement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir… Il prit du pain et après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps livré pour vous. » (Lc 22,14-19).

Côté droit

Les Fonts baptismaux
Le baptême du Christ, statue en marbre blanc. « Comme tout le peuple était baptisé, Jésus, baptisé lui aussi, priait ; l’Esprit Saint descendit sur lui sous l’apparence d’une colombe et une voix vint du ciel qui disait : Tu es mon fils, moi aujourd’hui, je t’ai engendré » (Luc 3,21-22).

Chapelle de saint Pierre aux liens.
Ce tableau provient du chapitre Saint-Pierre retiré à Lautrec en 1615. Il représente la délivrance miraculeuse de l’Apôtre par un ange. «  Pierre était en prison mais la prière ardente de l’Église montait sans relâche vers Dieu à son intention. Cette nuit-là Pierre dormait entre deux soldats, maintenu par deux chaînes. Tout à coup l’ange du Seigneur surgit et le local fut inondé de lumière. L’ange réveilla Pierre en lui frappant le côté : « lève-toi vite ; Mets ta ceinture, et lace tes sandales . Passe ton manteau et suis-moi » (Actes 12,5-7)
Dans cette chapelle ont trouve aussi un tableau représentant sainte Lucie, vierge de Syracuse et un saint Vincent diacre.

Lautrec St-Rémy6

 

Notre-Dame des Grâces
- Très belle statue de Marie.
- Tableau de l’apparition de Marie à saint François
Il provient de l’église des Cordeliers. Saint François est stigmatisé, une tour est en flammes avec une personne prisonnière derrière les barreaux : on ignore quelle est la scène représentée !
- Tableau de l’apparition de la Vierge à Ratisbonne à Rome en 1842 est une peinture de Pauthe vers 1850. « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » (Lc 1,28)

 

Chapelle de saint Rémy
Lautrec St-Rémy7La première église de Lautrec, hors des remparts, était dédiée à saint Rémy. Le tableau (peint en 1705 par Labadie) représente ici l’évêque Rémy, entouré de deux prêtres habillés comme les chanoines du chapitre Saint-Pierre de Burlats résidant à Lautrec.

Sainte Clotilde, l’épouse du roi tient la croix comme jadis sainte Hélène, la mère de Constantin qui avait découvert la véritable Croix à Jérusalem.

Les idoles jonchent le sol, en souvenir des paroles : « Adore ce que tu as brûlé ; brûle ce que tu as adoré. »Tout en haut à gauche, la colombe représentant l’Esprit porte dans son bec le saint chrême pour l’action royale à Reims et rappelle le mot de l’évangile : « Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. » (Mc 1,13).

- Retable en marbre et bois sculpté, peint et doré. Un compartiment délimité par deux colonnes en marbres à chapiteaux corinthiens.

Au centre, toile représentant le baptême de Clovis par saint Rémi.
Couronnement : morceau d’entablement et triangle entouré de rayons et de nuées. XVIIIe siècle – Toile I MH 1978[1]

Cette chapelle était celle de la confrérie de la Trinité ; on lit à la voûte la date de 1579 et l’inscription : « Sancta Trinitas unus Deus  ».
Un tombeau dans le sol pour les inhumations des prêtres existe encore.

Le retable du grand chœur

Le chapitre collégial fit agrandir l’église en 1774 et parce qu’il s’appelait : chapitre Saint-Pierre, il commanda au peintre Gamelin 2 tableaux sur saint Pierre qui se trouvent de part et d’autre du grand retable.

Lautrec St-Rémy8Le Retable
- Le tableau de la crucifixion date de 1610. Il mesure 4,07 m de haut. Le Christ a la tête penchée à droite. Il est déjà mort puisque du sang coule de son coté droit transpercé par le lance : « un des soldats, d’un coup de lance, le frappa au côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19,34).
Debout à la droite de Jésus, Pierre tient dans sa main 2 grosses clefs : «  je te donnerai les clefs du royaume des cieux, tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux » (Mt 16,19). L’apôtre Paul, à gauche de Jésus, s’appuie sur une grande épée, symbole de la Parole de Dieu «  plus tranchante qu’un glaive à double tranchant » (Heb 4 ,12).Marie Madeleine est à genoux, près d’un vase de parfums. Ni Pierre, ni Paul n’étaient présents au Calvaire, lors de la mort de Jésus. C’est un tableau théologique représentant les deux apôtres comme « les colonnes » de l’Église (Gal 2,9).

- L’Ange du retable est tout en bois doré, il tient dans sa main une couronne, après la « coupe » de l’agonie et la « couronne d’épines » « le Fils de l’Homme avait sur la tête une couronne d’or » (Ap 14,14).

- Le baldaquin, haut de 13m, est comme un grand dais au-dessus de l’autel. Les 4 colonnes en marbre de Caune de 6m de haut supportent un riche entablement formé de 4 bras avec des guirlandes de roses en bois sculpté, le tout surmonté d’un dôme que domine une croix.

Autre retable
- Retable de la deuxième chapelle sud, en bois sculpté et doré et stucs. Un compartiment délimité par deux volutes
Au centre, toile représentant l’Annonciation.
Couronnement : corniche cintrée et angelots entourés de nuées. XVIIIe siècle.[1]

Les deux grands tableaux

Tableau du repentir de Pierre (3,12 de haut).

Jésus avait dit à Pierre : « cette nuit même, avant que le coq ait chanté deux fois, tu m’auras renié trois fois  » (Mc 14,30). Au palais du grand prêtre, les gardes « avaient allumé un grand feu au milieu de la cour » (Lc 22,55) Ont les voit sur la gauche.
« La jeune servante qui gardaient la porte dit à Pierre : « N’es-tu pas toi aussi un des disciples de cet homme » ? Pierre répondit : « je n’en suis pas ! » (Jn 18,17). La servante montre l’apôtre du doigt.
« Le Seigneur se retournant, posa son regard sur Pierre et Pierre se rappela la parole du Seigneur qui lui avait dit : avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. Il sortit et pleura amèrement  » (Lc 22 ,61-62)
On voit un coq perché sur une poutre qui chante : cocorico.
De grosses larmes roulent sur le visage de Pierre.

Tableau du martyre de Pierre (3,12m de haut).

Après la résurrection, Jésus, près du Lac de Tibériade, avait dit 3 fois à Pierre «  Simon, fils de Jean, m’aime-tu ?  » La troisième fois Pierre répondit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime. » (Jn 21,17). Et Jésus reprit : « Lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c’est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira là où tu ne voudrais pas. » (Jn 21,18). C’était l’annonce voilée de son martyre sous l’empereur Néron vers 64.
Un ange, aux ailes déployées, tient déjà la palme du martyre. Les évangiles apocryphes racontent que par humilié Pierre aurait voulu être crucifié la tête en bas, c’est ce qu’à représenté ici le peintre Gamelin en 1777.
Sur la gauche du tableau on distingue un bourreau qui s’apprête à trancher la tête à l’apôtre Paul à genoux par ce qu’étant « citoyen romain » on ne peut le mettre en croix. (Act 22,25).
Ces deux dernières toiles ont été peintes en 1777 par Gamelin, un peintre de Carcassonne.

« Comme des enfants nouveau-nés, soyez avides de la Parole de Dieu comme d’un lait pur qui vous fera grandir pour arriver au salut. » (1 Pierre 2,2).

L’orgue

Lautrec St-Rémy9

Fabriqué en 1893 par le facteur d’orgue Puget, il fut à l’origine un prototype à commande pneumatique qui servit à déposer un brevet. Son buffet composé de 950 tuyaux a été construit à l’image de l’orgue peint en trompe l’œil sur le mur de la tribune, entouré de deux anges musiciens et, dans le fond, Moïse et Aaron.
Entièrement restauré en 1996 par Paul Manuel, il possède une très belle musicalité.

Lautrec St-Rémy10Croix occitane du porche

Extrait de Les onze clochers (octobre 08)

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[1] À la découverte des retables tarnais – Sylvie Soulovatoff – Archives et patrimoines 1992

Réalmont – Labessonnié