Divorcés remariés, un chemin d’intégration
Le service de la formation diocésaine a invité le père Patrick LANGUE à partager durant deux jours aux prêtres et diacres un chemin pour l’intégration des couples divorcés remariés qui ont pu se sentir exclus de l’Église. Prêtre jésuite, du diocèse de Versailles, accompagnateur de nombreux couples remariés, il a travaillé en profondeur à partir d’Amoris Laetitia – en français : « La joie de l’amour », exhortation écrite par le Pape François fait suite aux deux synodes sur la famille tenus en 2014 et en 2015.
Voici un résumé de l’approche présentée par le père Langue :
De Jean-Paul II au Pape François
Le pape François a consacré une très grande partie de son pontificat à la famille et Amoris Laetitia lui est consacré. Pour lui, 6 investissements importants doivent être apportés pour le couple :
- réinvestir plus encore la préparation au mariage
- accompagner les couples après le mariage
- apporter une aide aux couples en difficulté
- avant la préparation au mariage, apporter au couple un discernement sur leur union comme pour une ordination (faut il les y pousser ?)
- préparer les enfants et les jeunes dans la catéchèse à la conception chrétienne du mariage
- Proposer un meilleur accueil des divorcés remariés
Le chapitre 8 d’Amoris Laetitia traite plus spécifiquement des couples divorcés. En effet l’instabilité conjugale s’est développée dans des proportions gigantesques depuis 100 ans ; le divorce aujourd’hui est un phénomène de masse et l’Église ne peut ignorer cette réalité : 45 % des mariages finissent en divorce. Et on trouve quasiment autant de divorces chez les Chrétiens, et notamment les catholique que chez les autres.
Le divorce a des conséquences catastrophiques. Lorsqu’un divorce est prononcé, il intervient en moyenne après 16 années de vie commune. C’est donc une rupture, un séisme dans la vie de ces personnes, de ces familles.
Jean-Paul II avait appelé à ne pas confondre en une seule catégorie toutes les personnes divorcées qui ont constitué un nouveau couple : « Les pasteurs ont l’obligation de bien discerner les diverses situations ». Le problème de fond vient en effet du droit canon qui considère les personnes en une seule et même catégorie « divorcés remariés » : « abandonneurs », abandonnés, responsables comme victimes sans aucune nuance. Jean-Paul II invitait à faire des distinctions. Il a exprimé le souhait que ces baptisés se sentent membres de l’Église et que celle-ci mette à leur disposition les moyens de Salut (dont les sacrements font partie) mais ne voyait pas comment (notamment l’accès à l’Eucharistie lui paraissait impossible). Il posait la question des personnes qui se sont mariées sans la foi et celle des « annulations » de mariages.
Avec Amoris laetitia, le pape François réaffirme d’abord la doctrine traditionnelle du mariage et sa volonté de ne pas porter atteinte à la conception catholique du mariage.
Puis, dans le prolongement de Jean-Paul II, il propose qu’un chemin spirituel soit ouvert au cas par cas pour les personnes divorcés remariés. Il rejette les attitudes laxistes comme les attitudes rigoristes. Il exhorte les prêtres et fidèles à ne pas fermer les portes aux divorcés remariés, à les aider avec une grande charité. Enfin, le pape François précise qu’ être catholique pratiquant, engagé, ne suffit pas pour ouvrir le chemin.
Il invite à une approche selon 4 piliers
- Accueil
- Accompagnement
- Discernement
- « Intégration »
Les divorcés remariés sont invités à un chemin de réconciliation. Mais tous ne pourront pas parcourir ce chemin.
Tous peuvent et doivent être accueillis. Tous peuvent être accompagnés et mieux intégrés. Mais tous ne seront pas en mesure de discerner pour aller jusqu’au bout du processus et pouvoir in fine recevoir le sacrement du pardon puis retrouver le chemin de l’Eucharistie. Il y a également des situations, des parcours qui ne sont pas compatibles.
La démarche vise d’abord à aider chacun à trouver sa juste place, celle qui correspond le mieux à sa situation et à ses dons au service de la vie de l’Église.
Le pape François met en valeur la « double tradition » du respect de la conscience et du discernement spirituel. Il demande aux prêtres d’accompagner les personnes intéressées par ce chemin dans la voie du discernement. Le mot « discernement » est d’ailleurs utilisé 33 fois dans la traduction française d’Amoris Laetitia.
Il fait entrer ensuite dans cette démarche : pas de modèle rigide, mais un accompagnement toujours personnel, à l’image de la diversité des situations. L’intégration l’est tout autant : elle peut inclure un retour aux sacrements, sans s’y réduire. Il s’agit d’abord d’une relecture de vie.
Pour l’accompagnateur, une posture spécifique et des repères essentiels sont donnés. Le jugement de l’accompagnateur n’a pas sa place, et la sexualité ne doit pas devenir le centre de l’accompagnement. Les récits de parcours conjugaux montrent combien les situations résistent aux explications simplistes : chercher “qui a voulu le divorce” peut être une impasse, la responsabilité étant souvent complexe.
Le mariage, icône de l’amour de Dieu
Rappelons pour terminer la valeur du sacrement du mariage.
Dieu a créé l’homme à son image pour vivre de sa vie et aimer comme lui, mais la rupture du péché a blessé cette communion. Toute la Bible raconte l’initiative de Dieu pour renouer ce lien, jusqu’à l’Incarnation de Jésus. Les sacrements sont l’expression de ce « Dieu-avec-nous » : ils permettent à la vie de Dieu d’entrer de nouveau en nous. Dans le mariage, l’amour des époux est consacré à Dieu ; leurs gestes sont élevés par sa présence et participent à son œuvre rédemptrice. Le sacrement du mariage est un don de Dieu offert pour la croissance humaine et spirituelle des époux. Reçu comme une grâce, il les appelle à vivre un amour fidèle et indissoluble, fondé sur le don mutuel, à l’image de l’amour du Christ pour son Église.
La vocation du sacrement du mariage est un chemin de croissance pour les couples.
Par extension cela pose la question de la préparation au mariage et montre à quel point cette préparation est importante. Bien sûr elle n’est pas une garantie. Mais le mariage est souvent, pour beaucoup de couples, intellectuel, fantasmé, sans profondeur spirituelle. Préparer son mariage sonne comme la préparation matérielle de la fête, mais moins comme la préparation de son couple.
Si l’on met en perspective le sacrement de l’ordre et celui du mariage, on mesure à quel point un engagement devant dieu nécessite de prendre le temps et de suivre un « parcours » pour discerner et cheminer.