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Graulhet – Soirée sur le Sénégal avec le P. Diolène

Le 4 mars, une soirée Sénégal-Afrique était organisée au centre paroissial de Graulhet avec le Père Sébastien Diolène, curé de Lisle-sur-Tarn, prêtre sénégalais en mission Fidei donum depuis 4 ans. 

Le P. Sébastien Diolène, invité par le P. Jean-Marc Vigroux, curé de la Paroisse Notre-Dame, Mère de l’Église
  • Avec simplicité et profondeur, le P. Sébastien a abordé la demande qui lui avait été faite : évoquer la transformation contemporaine des relations entre la France et son pays et la problématique du développement.

Le P. Sébastien, remerciant pour cette occasion de partage, a précisé qu’il s’exprimait à titre personnel avec son « regard d’Africain, de prêtre et de profane en international ».

Les participants ont été très intéressés par son exposé qui a permis une plongée plus éclairée dans les relations franco-africaines.
Ils ont découvert par exemple que les relations entre la France et le Sénégal datent du XVIIème siècle (1659), St-Louis du Sénégal fut la première capitale.

 

  • Aujourd’hui, ces relations sont difficiles « essentiellement au niveau des politiciens, et pas de la communauté africaine ». La 2ème guerre mondiale avait secoué la vision des peuples africains…
    La marche vers l’autonomie, débutée en 1944, a amené le Général de Gaulle à proposer en 1958 aux Sénégalais de choisir entre s’intégrer dans une communauté française composée d’États, ou prendre le chemin de l’indépendance.  Le Sénégal et d’autres colonies d’Afrique noire intègrent cette Communauté, la France conservant l’essentiel de ses prérogatives dans les domaines de la défense, de la diplomatie, de la monnaie…

En 1960, le Sénégal déclara son indépendance.
Léopold Sédar Senghor qui avait été ministre français, devint le premier président du pays et le demeura jusqu’en 1980

On parle de l’exception sénégalaise, puisqu’il n’y a jamais eu par la suite, de coup d’état pour l’alternance.

 

  • La France demeure le partenaire économique le plus important dans différents secteurs (de grosses entreprises françaises telles que France Telecom ou Auchan, y sont implantées) même si le Sénégal s’est tourné aussi vers d’autres pays comme le Maroc, la Chine, l’Inde, le Proche-Orient…

L’aspect culturel reste très important pour la France dans la relation entre les deux pays.
Rappelons que Senghor, académicien, fut un membre fondateur de la Francophonie.

Plus de 9000 étudiants sénégalais étudient en France !

Ces dernières années, la présence militaire restait emblématique : il s’agit en fait essentiellement de troupes marines travaillant pour les armées ouest-africaines.

Le lion, emblème du Sénégal, représente le courage et la loyauté de ce peuple
  • Le P. Sébastien a évoqué l’importance des événements du printemps 2024, avec pour la 1ère fois, le 3 avril 2024, un candidat de l’opposition qui gagne au premier tour !
    C’est une « révolution » : un gouvernement de rupture avec le duo Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko.

Cette victoire du parti PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) traduit la volonté des Sénégalais de s’opposer à toute domination en étant un état souverain et de rompre avec toute réalité de puissance néo-libérale.

C’est ainsi par exemple que les accords de pêche avec l’Union européenne viennent d’être rompus.

  • Parmi les points qui fâchent dans les relations entre le Sénégal et la France, le P. Sébastien relevait en particulier :

La tragédie de Thiaroye : les plus de 1300 tirailleurs sénégalais qui, rapatriés à Dakar en novembre 1944, demandent leurs arriérés de solde, beaucoup attendant cet argent pour pouvoir rentrer dans leur pays d’origine.

Mais le 1er décembre, ils sont fusillés, et on parlera d’une réponse à une rébellion.

C’est seulement en 2012 que François Hollande parle d’une « répression sanglante ».

Puis le 1er décembre 2024, Emmanuel Macron parle enfin de « massacre » !

 

Le Franc CFA (Colonie -maintenant Communauté- Française d’Afrique) semble rejeté aujourd’hui, car il évoque la colonisation.

Les Accords de défense font aussi polémique…

Sur une peau (conservée au Musée des Sœurs bleues, à Castres)
  • Peut-on donc parler d’un sentiment anti-français généralisé ?

Le P. Sébastien estime que les Africains aiment les Français.
Par contre, ils n’apprécient pas la politique française en Afrique, surtout les jeunes. 

En Afrique francophone, on est contre les promesses non tenues de la France.
Et la jeunesse africaine très nombreuse et qui, vu ses peu de moyens, ne peut aller à l’étranger, revendique la propriété des terres de son pays.

« L’Afrique n’est pas pauvre, elle a été appauvrie ! »
Le Sénégal, par exemple, a du pétrole et du gaz, mais ne reçoit que 10% du bénéfice de ces extractions (tandis que les compagnies étrangères gardent les 90%) ; de plus les conditions de travail des ouvriers locaux sont mauvaises.

« Je crois, conclut le P. Sébastien, que le sentiment anti-français est faux et passager.

Dans les discussions, il faut arrêter de donner des leçons, dire stop au paternalisme et à l’arrogance.

Sur un mur du Séminaire du diocèse de Thiès

 

Il est nécessaire de définir en commun comment travailler ensemble. » 

 Rose-Line Coureau, Service Mission universelle

[Copyright photos : J. Désert + Archives Mue81]