Lucien Botovasoa, père de famille et enseignant, a été béatifié à Madagascar ce 15 avril

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Dimanche 15 avril 2018, plus de 40.000 personnes venues de tous les diocèses de la Grande Île ont participé avec ferveur à la béatification de Ramose Lucien Botovaosa  (1908-1947).

Ce père de famille malgache, laïc franciscain, était éducateur et catéchiste à Vohipeno; cette petite commune rurale se situe dans le diocèse de Farafangana au sud-est du pays. Lucien Botovaosa y a été tué le 17 avril 1947 à l’âge de 39 ans en raison de sa foi, lors de l’insurrection qui a conduit l’île à son indépendance après la colonisation.
La fête liturgique de ce nouveau Bienheureux est fixée au 17 avril, jour anniversaire de son martyre.

La célébration de béatification s’est déroulée sous la présidence du Cardinal Maurice Piat, évêque du diocèse de Port-Louis de l’Île Maurice. Elle était concélébrée par le Nonce Apostolique, Mgr Rocco Gualteri, et tous les évêques de Madagascar et des îles voisines.

« L’Express de Madagascar » commente: « Durant la messe, la simplicité, la probité et le sacrifice du bienheureux pour le bien commun ont été martelés comme devant être un exemple pour le pays. » Ce journal rapporte aussi l’appel de Mgr Désiré Tsarahazana, archevêque de Tamatave et président de la Conférence Episcopale de Madagascar: « Soyons des personnes simples comme Ramose Lucien Botovasao. Faisons en sorte que notre foi ait des impacts positifs sur la vie de l’Eglise et de la nation. Vivons notre foi comme le bienheureux Botovasoa. »

Lucien Botovasoa, en effet, a révélé par sa vie les Béatitudes, vocation à laquelle nous sommes appelés. Le Pape François l’a souligné dans l’exhortation apostolique «  Gaudete et exsultate – La joie et l’allégresse » qu’il vient de publier le 9 avril : « Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, et il l’a fait quand il nous a enseigné les béatitudes (cf . Mt 5, 3-12; Lc 6, 20-23) […] A travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies. Le mot « heureux » ou « bienheureux » devient synonyme de « saint », parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur. » (chapitres 63-64)

Ce nouveau Bienheureux est pour Madagascar la 2ème figure de sainteté dans le laïcat, à la suite de Victoire Rasoamanarivo (1848-1894).

Découvrons sa vie à travers les aspects que les évêques de Madagascar ont mis en évidence le 15 novembre dernier dans un message à la nation :

  • « La foi de Ramose Lucien Botovasoa, une foi bien enracinée et inébranlable »

« Tout faire pour mieux glorifier Dieu » (Ad Majorem Dei Gloriam) est la devise sur laquelle Lucien a fondé sa vie de foi. C’est là qu’il a puisé sa connaissance et son amour sans limite du Christ : « Vous avez changé Monsieur » lui disaient ses élèves, car il a voulu imiter jusqu’au bout la vie du Christ : prier, vivre l’amour parfait selon l’Évangile, vivre en vérité… Il avait d’excellents rapports avec les prêtres, les sœurs et les autres chrétiens, laïcs catholiques ou non. Chaque jour après la classe, il lisait la vie des Saints à ses élèves. Il s’est surpassé dans plusieurs domaines : abstinence, port de vêtements provoquant des démangeaisons… Il aimait réciter le chapelet partout dans la rue en cheminant, suivant l’enseignement du catéchisme. C’est un exemple de sanctification dans la vie quotidienne. Lucien Botovasoa était un homme de prières, un grand priant. C’est pour cela qu’il n’avait pas peur d’être martyr […]

  •  Au sein de sa famille

 C’est un père de famille dévoué à son épouse et à ses enfants. Il fait tout son possible pour rentrer chaque jour même s’il est parti en tournée. Pendant le repas, c’est lui qui donne vie aux discussions pour que ce soit un temps de joie. Pour vivre en communion avec le Christ crucifié, il jeûne en donnant sa part à ses enfants.

L’enseignement catéchétique et la prière ont une grande place dans la vie de sa famille. Jour et nuit, il consacre beaucoup de temps à la prière. Grâce à ses efforts, ses parents et ses frères et sœurs ont été baptisés et ont reçu le sacrement du mariage. Il y en a même qui ont construit et fondé des églises. Ses enfants ont été éduqués pour être des modèles pour les autres enfants, surtout en classe. Il leur a inculqué le savoir-vivre et le respect des autres.

Il n’a pas laissé sa femme et ses cinq enfants accablés par la peur devant les persécutions contre les chrétiens. Quand Madagascar a traversé les dures épreuves de 1947, lors des répressions contre les missionnaires et les chrétiens, il a exhorté sa famille : « quoiqu’il arrive, restez fermes dans la foi en Dieu » […]

 

  • Ramose Botovasoa et la vie en société

[…] Voici la vie de Lucien Botovasoa, une véritable référence nous enseignant à prendre nos responsabilités. Sa capacité à manifester sa simplicité lui a valu l’estime de tous ceux qui l’entouraient. Très intelligent, après ses études il est revenu simplement enseigner à Vohipeno. Il n’a qu’un seul objectif : faire développer sa ville dans tous les domaines.

C’était un homme honnête. Il ne s’est attaché ni à l’argent ni à la richesse terrestre. Il voulait imiter saint François d’Assise dans tous ses actes. Même sa femme lui en a fait la remarque une fois : « Tu es si intelligent ! Pourquoi ne pas travailler comme comptable pour gagner un peu plus d’argent ? » Avec sa simplicité habituelle il lui a juste répondu avec douceur : « Même si nous avions de l’argent jusqu’à remplir cette maison nous n’aurions pas la richesse que nous avons maintenant. C’est une richesse qui ne sera pas vaincue par la rouille ! »

  • Au niveau de l’enseignement et de l’éducation

Son aptitude à parler plusieurs langues comme le français, l’anglais, le latin, le sorabe etc., lui a permis d’avoir une ouverture envers plusieurs personnes, et beaucoup l’approchaient pour avoir ses conseils sur plusieurs sujets. Le cas le plus visible est celui de la réconciliation entre les deux villages voisins, qui avaient des problèmes de convivialité. Il n’a pas hésité à se concerter avec les rois et les notables pour trouver ensemble les solutions. Soucieux des jeunes perdus dans la passion des bals et des danses tabous, il a osé leur parler des méfaits et leur indiquer le droit chemin à suivre […]

  • Le patriotisme et la politique de la recherche du bien commun de Lucien Botovasoa

Son intelligence et sa sagesse manifestent qu’il est un patriote qui s’est donné pour le pays. Il n’a pas voulu présider le Padesm (ndlr : parti des déshérités de Madagascar) ou être membre de MDRM (ndlr : mouvement démocratique de la rénovation malgache) car c’était contraire à sa conscience : « votre politique est une politique de mensonge, disait-il aux membres, et sûrement cela finira par un bain de sang ». Malgré cela il s’est engagé dans la recherche du développement intégral de sa région. Justement, c’est à cause de cette façon de voir la politique que les autorités de l’époque ont voulu attenter à sa vie. Il n’a pas hésité à leur dire : « je sais que vous allez me tuer et je ne peux pas tourner le dos ; si c’est ma vie qui permet de sauver beaucoup de monde, n’hésitez pas à me tuer. Je demande une chose : ne touchez pas à mes frères… »

[…] Rappelons-nous que Lucien Botovasoa est mort martyr pour avoir défendu la vérité et l’amour du prochain. Il a dit :

Autel à la Maison de l’Épiscopat

« Que mon sang versé en terre soit le ferment pour le salut de ma patrie ».

Chers frères et sœurs, la vie de Ramose Lucien Botovasoa est un appel solennel à notre génération actuelle.

C’est une invitation à sauver notre patrie, à vivre la vérité pour nous mener à la vraie réconciliation et à la paix.

Que le modèle de vie que nous lègue Ramose Lucien Botovasoa et son intercession soient comme un flambeau

qui reste toujours allumé dans nos cœurs et nous illumine. »