Pèlerinage au Rwanda. Jean-Louis Bru raconte…

« J’ai fait mon baptême d’Afrique à travers le Rwanda en accompagnant le Père Daniel-Ange sur cette terre des « mille collines » et de « l’éternel printemps » où il a vécu missionnaire durant 13 années.

Nous y avons été magnifiquement accueillis par les jeunes du mouvement  ‘Jeunes Témoins du Christ’ : Eugénie, Virginie, Joseph et Berchaire.

C’était le Jubilé de leurs 25 ans.  Eugénie avait préparé pour nous un périple dans tout l’Ouest du pays, avec comme accompagnateurs journaliers Virginie et Berchaire et notre chauffeur Emile.

Émouvant retour aux ‘sources’ pour Daniel-Ange arrivé en bateau, puis en stop en 1958 !

P. Daniel-Ange sur la route avec des habitants
P. Daniel-Ange au foyer de Charité de la Vierge des Pauvres près du lac du Ruhundo

Il a revu et prié sur les lieux de sa première implantation sur la crête Congo-Nil à Nyundo. Là, Guillaume, un vieil homme alerte, rescapé de l’épouvantable génocide de 1994, se souvient toujours de son ‘ami’ d’il y a 60 ans !

Daniel-Ange a prié dans le petit sanctuaire marial dédié à Notre Dame de Banneux. Partout un accueil ouvert, chaleureux, fraternel, où l’on partage tout ce que l’on a avec un grand sourire et une bienveillance joyeuse !

En semaine, dans l’église de la paroisse où le père Céleste célèbre la première messe à 6h30 des fidèles : adultes, ados, enfants, venus par centaines à pieds à travers les chemins des collines environnantes couvertes de multicultures. Grand choc, pour un catholique européen, de voir une foi vivace enracinée dans la vie simple et ordinaire des gens. Ils ont gardé Dieu dans leurs vies : des vies laborieuses et dures, portées dans la confiance et l’espérance chrétiennes.

Plus tard et ailleurs, nous verrons de loin  le deuxième lieu d’implantation de la petite fraternité de Daniel-Ange au Lac Kivu sur cette petite ile qu’il nomme « l’Etoile », où il allait et revenait en pirogue !

Sur cette terre de collines et vallées entièrement cultivées : café, riz, thé, haricots, pommes de terre, légumes variés et fruits (bananes, ananas, etc), 12 millions de personnes vivent sur une surface grande comme la Bretagne. 80% de la population vit à la campagne, population à grande majorité chrétienne (protestants et catholiques).

Ici et là, des mosquées s’élèvent de plus en plus dans les villages.

L’espérance de vie est de 67 ans pour les femmes, 63 ans pour les hommes. Si le souci de l’alimentation globale de la population est résolu, dans les campagnes un seul repas par jour, avec les mêmes aliments, d’où parfois des carences alimentaires qui apparaissent avec l’âge.

Ce pays à l’équilibre fragile a su réduire de 1/3 la pauvreté, et  faciliter l’accès de tous les enfants à l’éducation et la santé. Le président Paul Kagamé, un ‘homme de fer’, est réélu depuis 24 ans.

Nous étions hébergés à Kigali au Centre Jésuite International ‘Christus’. Non loin de là, à la paroisse Regina Pacis, la messe du Jubilé (25 ans) des Jeunes Témoins du Christ a été célébrée avec l’engagement de nouveaux membres.

Une célébration de 3 heures et demi, avec une chorale extraordinaire, et… 4.000 fidèles devant lesquels Daniel-Ange a fait l’homélie. Un catholique français qui vit cela retrouve instantanément du baume au cœur : ambiance ‘céleste’ garantie puisque tout un peuple participe avec chants, danses, rythmiques pour louer et accueillir Dieu.

Kibeho : Nous y allons pour la grande fête solennelle du 28 novembre.

Sur les pistes nous croisons des milliers de personnes qui s’y rendent à pieds, marchant depuis 24 ou 48 heures. D’autres viennent en autocars du Burundi ou d’Ouganda.

C’est le premier sanctuaire marial africain officiellement reconnu par l’Église pour des apparitions de la Vierge à trois voyantes : Alphonsine, Nathalie et Marie-Claire, de 1981 à 1989.

Alphonsine s’est retirée dans un couvent en Europe, Marie-Claire fut assassinée lors du génocide, seule Nathalie reste sur place comme humble sacristine à la basilique de Kibeho.

Nathalie, la voyante de Kibeho, avec le P. Daniel-Ange

Le soir nous participons à la veillée mariale, à la procession des lumières.

Puis les pèlerins venus seulement avec une couverture et un bidon d’eau se couchent à même le sol pour dormir un peu avant la grande fête du lendemain.

Sur l’esplanade en terre battue, plusieurs milliers de personnes se confessent dès le matin avant de participer à la Grande Messe en présence du Nonce, des évêques et de dizaines de prêtres sous un ciel bleu parsemé de beaux nuages blancs.

 

Comment ne pas tomber amoureux de ce pays et de ce peuple si attachant ?

Certes, ils ont subi l’enfer, un enfer programmé  et attisé par des hommes, mais au fond de cet enfer, j’ai vu un Ciel ouvert.  Le message de Kibeho s’adresse au monde : à nous aussi de ne pas tomber dans nos enfers d’Occident -abandon de Dieu, repli sur soi, morosité-.

L’Europe traverse une éclipse de Dieu.

Au Rwanda, après l’éclipse du génocide, Dieu est toujours présent au cœur d’un peuple qui avec Lui se relève pour (prions pour cela,) « un éternel  printemps » ! »

         Jean-Louis Bru, décembre 2018