Castrais, il a connu 9 des martyrs d’Algérie et était présent pour leur béatification

« Pour chacun de nous, dans la trajectoire de notre histoire personnelle, il est des temps de grâce qui marquent à jamais des jalons bénis pour l’essentiel de notre existence.J’ai vécu un de ces moments forts en ayant la chance de partager pleinement l’émotion des pèlerins venus à Oran pour la béatification des Martyrs d’Algérie durant « les années noires » qui ont frappé le pays entre 1990 et 2000.

Jean-René Billac avec un ami algérien devant la statue de N D de Tibhirine

Ma démarche était d’autant plus impliquée et engagée que j’ai personnellement très bien connu 9 des 19 religieux que l’Eglise déclarait Bienheureux en ce 8 décembre 2018.

En effet, de 1967 à 1969, j’ai accompli mon Service National dans la Coopération en enseignant à Alger chez les Frères Maristes.

J’avais comme collègue le Frère Vergès qui a été assassiné.

Tous les samedis nous recevions pour le déjeuner le Frère Supérieur Christian de Chergé qui descendait de Tibhirine pour faire les achats nécessaires au monastère.

Moi-même, avec ma 2CV, je montais assez souvent pour partager une journée avec cette communauté de trappistes à Notre-Dame de l’Atlas à 1000 m d’altitude sur les hauteurs de Médéa.

Enfin, à la Maison Diocésaine d’Alger, je voyais parfois Pierre Claverie, ce dominicain devenu plus tard l’évêque d’Oran , assassiné en 1996 avec son chauffeur.

 

Vivre la béatification d’hommes de Foi que l’on a connus de près, cela est rarissime et ne peut arriver qu’une fois dans un parcours de chrétien.

Autant vous confier l’intensité de l’élan intérieur qui m’a soulevé pendant 3 jours.

 

Pour moi, comme pour l’ensemble de ceux qui avons fait le déplacement, le plus émouvant restera la veillée de prière à la cathédrale. Chrétiens et Musulmans étaient réunis dans une même prière avec les témoins et les proches de ceux qui ont été sacrifiés au nom de leur foi : 19 religieux et 114 imans.

Durant cette soirée, le hasard m’a comblé. J’étais assis à côté du petit-neveu de l’Emir Abdelkader tout spécialement invité comme descendant de l’apôtre du « vivre ensemble ». Dans l’après-midi il avait dévoilé la plaque du parvis de la basilique baptisé « Place du vivre ensemble » car telle était la devise et le combat auquel son grand-oncle avait consacré sa vie.

Au cours de cette veillée, nous avons entendu les témoignages poignants de celles et ceux qui ont vu la mort en face lors de la rafle de Tibhirine ou dans les attentats au quotidien, partout et n’importe quand.

Tombes des moines à Tibhirine

J’ai eu aussi la joie d’aider le frère Jean-Pierre, dernier des moines épargnés lors de l’enlèvement au monastère, à déposer son luminion sur la tombe de mon Mgr Claverie.

 

Ces moments-là sont définitivement gravés dans mon âme.

D’autant que, voilà 52 ans, j’ai déposé mon cœur en Algérie et, depuis, je ne l’ai jamais repris. Je reviens régulièrement retrouver non pas mes « anciens élèves » mais ces « enfants » dont le sang coule dans mes veines jusqu’au bout de mon cœur. Le lien n’a jamais été rompu. Ils sont « ma joie et ma couronne ».

Ces âmes merveilleuses qui en font de vrais « Temples de l’Esprit ».

Jean-René Billac

Basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger, messe présidée par les évêques d’Anvers et de la Rochelle au retour de Tibhirine