Sur les Chemins de Saint-Jacques, avec un handicap moteur

« L’esprit s’enrichit de ce qu’il reçoit, le cœur de ce qu’il donne ». Cette phrase est connue des hospitaliers de saint Jacques, elle est inscrite sur le mur de leur grande salle de conférence ! Que reste-t-il de nos expériences passées, peut-être l’essentiel…

Pendant plusieurs années j’ai marché avec un groupe qui accompagne des personnes à mobilité réduite, sur les chemins de Saint-Jacques. Cela a été une belle expérience humaine.

C’est une amie qui m’avait parlé des joëlettes qui permettent à des personnes ayant un handicap physique de pouvoir emprunter les sentiers et chemins et « marcher » elles aussi. Les joëlettes sont des fauteuils montés sur une roue centrale, conduits par au moins deux personnes à l’aide de deux poignées situées à l’avant et à l’arrière ; devant pour guider choisir le terrain et tirer, derrière pour maintenir l’équilibre et pousser.

Pendant six ans, 15 jours par an, j’ai rejoint le groupe Compostelle 2000 pour marcher sur le chemin des étoiles…

Pour cela j’ai dû quitter mes habitudes, surmonter mes peurs, mes timidités, laisser mes a priori, aller vers l’inconnu, aller vers l’autre.

MARCHER m’a aidé à briser quelques-unes de ces carapaces. Se lever avant l’aurore et partir avec le groupe, faire connaissance peu à peu, suivre notre guide qui, au départ partageait avec nous une anecdote ou une histoire avec humour, ce qui donnait le ton de la journée. Attentive au corps qui prenait le rythme, au groupe qui cheminait, à la nature qui s’éveillait, aux grands espaces… Accueillir à mi-parcours les Personnes à Mobilité Réduite (PMR) Et, avant de reprendre la route, prendre un petit moment pour écouter un texte à méditer puis repartir en silence pour l’intérioriser.

VIVRE avec l’essentiel, avec un minimum de bagages. La préparation des repas autour de Pierre, le cuisinier était un moment très convivial ;  veillées et animations permettaient de goûter l’instant présent, fraternité aux dépens du virtuel, pas d’écran !!!

ACCOMPAGNER Emmanuelle, jeune fille pétillante, paraplégique pour une balade ou un jeu. Aider aux soins quotidiens de Catherine, douce et patiente dont le corps se figeait à cause de la sclérose en plaques et ressentir la gêne pour tous les  remerciements qu’elle nous exprimait. Changer mon regard sur Nicole, infirmière, qui n’hésita pas une seconde à brosser et désinfecter des douches du stade sur lequel nous allions emménager. Conduire une joëllette avec confiance parce que c’était un travail d’équipe où chacun comptait sur l’autre à commencer par la personne portée.

SE LAISSER TRANSFORMER par le chemin, accueillir les moments de joie, de plénitude et d’harmonie avec la nature et avec ses compagnons de route.

ACCEPTER  parfois mes lourdeurs intérieures pesantes comme mes pieds en fin de journée puis se réveiller le jour suivant avec l’âme et les pieds légers pour recevoir une nouvelle journée, une nouvelle étape, une meilleure connaissance de soi.

B. E., dans la revue Le Souvenir de Lourdes, mai 2019