Sainte Carissime

Sainte Carissime, vierge  – 7 septembre

Le culte et la légende de sainte Carissime

Sainte Carissime est traditionnellement vénérée comme une vierge née à l’époque mérovingienne (sans doute au VIe ou VIIe siècle).
Elle semble avoir été une recluse qui se retira à quelques distances de sa ville natale, près des berges du Tarn, sur la rive gauche, au lieu dit Sainte-Carême.
Une chapelle située dans la plaine d’Albi, face à Castelnau-de-Lévis, a longtemps perpétué son souvenir, là où existe encore aujourd’hui un lieu-dit portant le nom de Sainte-Carême, sur la paroisse de Fonlabour.
Sous l’Ancien Régime, plusieurs familles d’Albi y avaient leur tombeau. On peut selon toute vraisemblance y situer le lieu de sa sépulture et sans doute même celui où elle a vécu dans la solitude.
Une charte de 861 mentionne ses restes à Vieux [1]. Ils ont dû y être apportés, comme ceux de saint Amarand et saint Eugène avec lesquels ils ont été placés à la cathédrale en 1494.

C’est seulement au XIIe siècle qu’a été composée avec des réminiscences des « Légendes » des saintes Agathe et Cécile et de saint Salvy, une vie légendaire de la sainte.
L’auteur savait qu’elle est Albigeoise d’origine, qu’elle était vénérée sur les rives du Tarn et que ses reliques étaient à Vieux. Pour concilier ces données, il imaginait l’histoire de la fugue nocturne de Carissime pour échapper au mariage que ses parents voulaient lui imposer avec Hugues de Castelviel : elle séjourne dans une forêt profonde, à deux milles de la ville, franchit miraculeusement la rivière et se réfugie auprès de saint Eugène, qui construisait à Vieux son monastère [2].

L’iconographie

Elle a été étudiée pour l’essentiel, par Maurice Greslé-Bouignol dans une communication qu’il suffit de rappeler en y apportant quelques compléments [3]

Sainte Carissime est représentée avec le lis de la virginité et la croix symbolisant la force de son amour pour le Christ.

  •  Images disparues

Figure en relief, en argent doré sur l’une des châsses commandées par Louis 1er d’Amboise pour la cathédrale d’Albi, fin du XVe siècle.

Statue du retable en bois sculptée et dorée de l’ancienne chapelle des Cinq Saints du diocèse, à la cathédrale d’Albi : saint Amarand, saintes Martiane, Carissime, Sigolène étaient représentés « en relief » sur une même ligne. Début du XVIIe siècle ?

Peinture murale, non signée, environ 2m x 1,5m dans la chapelle de sainte Carissime, dans l’église de Fonlabour, représentant l’épisode de la rencontre de Carissime et d’Eugène, vers 1868.

  •  Œuvres existantes

ste-carissime-1Ci-contre, peinture murale, 1m x0,5m dans la collégiale Saint-Salvy d’Albi, bas-côté sud, seconde chapelle à partir du transept, au-dessous de l’effigie de saint Salvy. La sainte est représentée agenouillée dans la forêt, en vue du pont d’Albi. Un ange apporte des pains.

Statue en bois doré et peint de l’église de Bonneval. La sainte est debout, vêtue d’une robe à gros col noué, une croix pendue par un cordon sur la poitrine, un manteau sur l’épaule gauche, un léger voile sur la tête laissant voir les cheveux longs et les pieds chaussés de sandales. Sa main droite tenait sans doute un lis et elle présente de la gauche un livre ouvert. XVIIIe siècle

Toile peinte par Léon Soulié à la cathédrale d’Albi. Représentée en buste, la sainte est vêtue du costume religieux. 1839

Statue en pierre blanche dans l’église de Vieux. Sainte Carissime est vêtue en moniale. Une croix, aux proportions manifestement soulignées, est pendue par un cordon sur sa poitrine.

Fresque de Nicolas Greschny dans le sanctuaire de l’église de Fonlabour. Le manteau de la sainte est retenu par une broche en forme de croix rayonnante. 1970

Carissime est célébrée comme Mémoire facultative, le 7 septembre. Si son nom figure à cette date dans tous les anciens calendriers du diocèse que nous connaissons, aucune autre église que la chapelle de Sainte-Carême (aujourd’hui disparue) ne peut être citée comme dédiée à sa mémoire. Toutefois une chapelle dans l’église de Fonlabour est dédiée à la sainte, et depuis quelque temps, un lieu de rencontre et de prière pour la communauté chrétienne a été édifié dans ce quartier d’Albi.

Extrait de la plaquette Les saints de chez nous du père Robert Cabié et d’un texte du père Bernard Desprats

La chapelle

La continuité de la vénération de sainte Carissime est d’autre part confirmée par la chapelle édifiée en son honneur à Sainte-Carême. On n’a pas d’attestation formelle que cette chapelle ait été le lieu de sa sépulture. Mais on peut le conclure avec beaucoup de certitude du fait que sa sépulture ne soit signalée nulle part ailleurs ; mais surtout parce qu’elle apparaît comme la raison même de l’existence de la chapelle. Il était d’usage d’élever un oratoire sur le lieu où le saint avait habité ou était mort. Le lieu d’habitation et de sépulture se confondent facilement pour une recluse, comme l’a été sainte Carissime.

ste-carissime-2

Cette chapelle figure évidemment sur la carte du diocèse d’Albi dédiée à Gaspard Daillon du Lude, en 1642, par Melchior Tavernier. Mais elle est aussi dessinée près des berges du Tarn sur le plan des ouvrages de navigation projetés sur cette rivière par Bourroul, vers 1749.

On était attentif au bon état du chemin qui conduisait à Sainte-Carême : des procès-verbaux de leur visite par les Consuls nous l’attestent au XVIIe siècle. Et le 22 mai 1738 on votait une importante réparation concernant ce chemin. Des cloches chantaient au clocher de la chapelle. On en prenait une pendant les troubles de 1575 – 76 pour la placer (avec une autre provenant de la Maladrerie et deux prises à La Drèche) sur les tours de la ville d’Albi pour sonner l’alarme en cas de besoin. Les archives gardent aussi la requête du “recteur » pour rentrer en possession de cette cloche après les événements.

Des sépultures avaient lieu à la chapelle Sainte-Carême qui possédait un cimetière attenant à l’édifice. Pour la seule période de 1680 à 1682 pas moins de vingt et un actes d’inhumation nous sont conservés dont celui, qui n’est pas le moins touchant, attestant, au 1er octobre 1682 que “l’enfant de François Causse après avoir reçu l’eau du baptême, fut enterré en l’église de sainte Caresme ». Des familles d’Albi, plus précisément de la commune du Castelviel, avaient leur sépulture près de ce sanctuaire.

Dans cette chapelle qui, pour ne pas avoir été paroissiale, n’est pas moins désignée comme “église » on célébrait aussi des mariages. Notons, le 30 août 1696 celui de Charles Holy, seigneur d’Azerac avec Marguerite Deulhom, mariage où était présent le “prieur de Fontlabour en Sainte Carissime du Castelviel ». Celui, le 7 juin 1746 de Roch Victor de Druilhet de Gaillac avec Marie Dandre, fille du procureur du roi en pays d’Albigeois ; ou encore le mariage de Jacques de Lapanouse avec Rose Pétronille de David, le 3 septembre 1782.

  • Disparition de la chapelle

La chapelle de sainte Carissime a disparu pendant la Révolution française. Les grands traits d’une page d’histoire locale nous en donnent vraisemblablement les circonstances et nous en font comprendre les raisons.

Depuis le 7 février 1827 le “domaine » de Sainte-Carême a été un bien d’abord de la famille Arles puis il est devenu, par succession, celui des propriétaires actuels M. et Mme. Jean Mercadier.

Il était antérieurement la propriété d’une des branches de la famille Genton de Villefranche, devenant l’objet, particulièrement le 30 novembre 1812 et le 21 avril 1825, de ventes réciproques entre Jacques Victor de Villefranche époux de Julienne Gardès d’Azerac et son petit-neveu, fils de Salvy Victor, prénommé, lui aussi, Jacques Victor. Chacune de ces transactions s’est faite en passant par une troisième personne : le chanoine Pascal Genton de Villefranche, frère de Salvy. C’est lui qui achetait le bien pour le revendre le lendemain. Cette démarche, difficile à saisir dans la multiplicité des minutes notariales devenait encore plus complexe, et peut-être s’expliquait, par une situation hypothécaire. On a manifestement l’impression que le chanoine Pascal Genton de Villefranche, en s’immisçant ainsi dans chacune des transactions ait voulu donner la possibilité à la famille de garder la possession d’un bien dont nul ne devait en ignorer la valeur [4]

Or, lorsque le 30 novembre 1812 Jacques Victor vendait à Pascal il précisait dans l’acte de vente qu’il tenait ce bien “par acquisition de Louise Antoinette Rosalie Lacger, épouse Duprat par acte du premier messidor An IX » (20juin 1801). Nous connaissons donc la propriétaire du domaine sur lequel était la chapelle Sainte-Carissime au moment de la Révolution Française.

Fille de feu noble François de Lacger, seigneur de Navès et de Jeanne Julie Terson de Paleville, déclarant habiter tantôt à Navès, tantôt sur la paroisse de La Platé à Castres, Antoinette Louise fut baptisée dans l’Église Réformée de Castres le 12 décembre 1775. Elle était toute jeune lorsqu’elle épousait, le 16 juillet 1793 à Castres, Pierre Antoine Duprat. Celui-ci, âgé de trente ans, domicilié à Montauban, avait reçu la charge de l’éducation des enfants de la famille et en épousait la fille.

Originaire de Suisse où sa famille s’était réfugiée lors de la révocation de l’Édit de Nantes, Pierre Antoine était né le 13 septembre 1763 à Blonay, bailliage de Veuey, canton de Berne. Il était le fils de Jean Antoine Duprat et d’Esther Burion. Devenu pasteur après ses études en théologie à Lausanne, il s’était établi à Bergerac, puis à Montauban. C’est alors qu’on l’avait appelé au préceptorat dans la famille de Lacger.

Dès le 23 septembre 1787, Saint-André, qui allait se rendre célèbre pendant la Convention, le présentait pour son admission au Cercle Littéraire rassemblant la bourgeoisie instruite et laborieuse de Castres. Deux hommes qui se connaissaient bien : Jeambon Saint-André était né à Montauban ; après se études au séminaire de Lausanne, il était devenu en 1773 pasteur à Castres. Il connaissait parfaitement la famille de Lacger, dont les membres étaient des fidèles actifs dans la communauté protestante de Castres

Le Cercle Littéraire devenait quelques temps après la Société Populaire de Castres et Antoine Duprat y jouait un rôle considérable en tant que président. Mais son ardeur allait se déployer surtout comme membre du comité Révolutionnaire, établit à Castres dès le 3 vendémiaire An II (24 septembre 1793). En abdiquant ses fonctions pastorales le 26 brumaire An II (16 novembre 1793), Duprat déclarait très explicitement devant le Comité Révolutionnaire :

“…Je suis ministre protestant ; j’avais déjà renoncé à ce caractère en quittant l’Église de Montauban et en acceptant la place de membre du comité Révolutionnaire de Castres ; mais je saisis avec empressement la circonstance de la réunion de toutes les autorités constituées pour déclarer publiquement que je renonce absolument à ma qualité de ministre protestant, puisque je n’en exercerai plus les actes, que je préfèrerai constamment le titre de citoyen français et qu’en cette qualité je consacrerai mes faibles talents à la propagation des principes indestructibles de la vérité, de la liberté, de l’égalité, qui seuls doivent être la religion de l’homme raisonnable et libre. Je demande que l’assemblée prenne acte de mon abdication ; mes lettres de ministre seront brûlées ce soir à la Société Populaire où je renouvèlerai, en présence de tous mes concitoyens, la profession de foi que je viens de faire. »

Faut-il en dire plus ? L’audace de Duprat provoquait, à l’occasion de l’arrestation de Robespierre, des scènes tumultueuses à la Société Populaire sur laquelle ses sentiments tendaient à “exercer une espèce de despotisme ». Jusqu’au jour où, le 26 fructidor AN II ( 12 septembre 1793) on l’excluait de la Société. Il devenait alors l’un des sujets de cette nouvelle épuration : dénoncé comme “terroriste, factieux et intrigant », il était arrêté le septidi 27 nivôse An III (16 janvier 1795) et il était interné à la maison de sûreté de Toulouse. On le libérait le 19 ventôse An III (9 mars 1795) sur les déclarations de Sepet, son collègue du Comité qui était intervenu le 7 pluviôse An III (27 janvier 1795) en sa faveur, soulignant la “scélératesse des autres membres du Comité qui avaient mis profit son ardeur pour lui faire faire des bêtises ».

Révolutionnaire enthousiaste, Antoine Duprat sollicitait cependant plus tard la chaire des langues anciennes à l’École Centrale d’Albi [5] Après les hésitations du jury chargé du choix des professeurs, il était nommé, le 13 germinal An IV (2 avril 1796) et devait conserver cette charge jusqu’au jour où, le 19 pluviôse An IX (8 février 1802) il présentait sa démission.

Déjà, comme nous l’avons précisé, son épouse avait vendu la propriété de Sainte- Carême à Jacques Victor de Villefranche. Mais la chapelle n’était plus sur ce domaine.

  • Aujourd’hui

Depuis la disparition de cet édifice aucune autre église n’a été dédiée à sainte Carissime dans le diocèse d’Albi. Cependant, à l’occasion de la bénédiction de la nouvelle église paroissiale de Fonlabour, en 1867, “pour répondre aux vœux de la population », une chapelle latérale lui a été dédiée le 6 septembre 1868, aux premières vêpres de sa fête. L’abbé Vergne, vicaire général, assisté de son homologue l’abbé Dougados, du chanoine Azais, archiprêtre de Sainte-Cécile et de l’abbé Ichansou, curé de la paroisse, “tous les fidèles chantant et exprimant leur foi avec enthousiasme », a procédé à la bénédiction de l’autel et de la statue, à l’installation des reliques dans la chapelle. Un registre paroissial [6] relate cette fête “qui sera une époque de souvenir pour la paroisse qui déjà a manifesté tant d’amour et de reconnaissance à cette sainte paroissiale ; elle l’invoque déjà avec empressement et transmettra sans doute à leurs enfants le souvenir de la puissance que sainte Carissime exerce auprès de Dieu pour leur bonheur temporel et spirituel. »

Les familles Teillé et Arles ont pris en charge l’aménagement de cette chapelle. Elle possède avec la châsse contenant les reliques attribuées à sainte Carissime une statue en plâtre de la sainte tenant un lis de la main droite et, devant la poitrine, une petite croix de la main gauche.

———————————————————————————————————————————————————————————————————————————————-

[1] Éditée dans la Revue Mabillon, 1922 p. 238

[2] Revue du Tarn 1881 – VIII page 266

[3] Maurice Greslé-Bouignol : Iconographie des saints de l’Albigeois dans Bulletin des Sociétés Sciences Arts et Belles Lettres du Tarn 1969 -XXVII

[4] Pascal Genton de Villefranche naquit à Albi le 24 mars 1742. Ordonné prêtre le 29 septembre 1769, il fut vicaire à Sainte-Martiane d’Albi, curé de Villefranche en 1775, puis archiprêtre de Monestiés. En 1789 il “permute son archiprêtré avec le canonicat de saint Salvy ». Docteur en théologie de la faculté de Toulouse, il était installé, le mardi 28 avril 1789, comme official diocésain d’Albi au nom du cardinal de Bernis par Gaspard Fricou, curé de Saint-Etienne et de Sainte-Madeleine d’Albi. Passé en Espagne avec un passeport délivré à Ax le 16 septembre 1792, il figure sur les Listes de l’An III et de l’An VIII. Il était “radié » le 15 pluviôse An X (4 février 1802) et se retirait dans sa famille, au château de Clairac (Louders) où l’évêque d’Albi lui permettait une “chapelle domestique », le 30 novembre 1803. C’est là qu’il mourut le 19 septembre 1829. La sépulture de la famille Genton de Villefranche à Clairac, commune d’Amarens, est sur la paroisse de Frausseilles.

[5] H. Salabert, dans son ouvrage Les Saints et Martyrs du diocèse d’Albi Toulouse 1892 – p. 91 note 2 ne donne pour le moins que des approximations tant pour le personnage… que pour la chapelle.

[6] Registre contenant les Délibérations du Bureau du Conseil de la Fabrique de Notre-Dame de Fonlabour » p. 55 – Archives paroissiales.

Le saint du jour présenté aujourd'hui est l'un des saints choisi parmi ceux proposés par l'Église. Chaque jour, l'Église honore plusieurs saints et bienheureux : ceux du calendrier romain (sanctoral romain), ceux des calendriers diocésains et ceux du calendrier des églises orientales (synaxaire).