Homélie pour la fête de la Sainte-Famille

Homélie de la fête de la Sainte Famille et Institutions aux lectorat et acolytat de M. Jean-Pierre HARDOUIN en vue du diaconat permanent

Frères et sœurs,

En cette fête de la Sainte Famille, les textes que nous offre la liturgie ne nous présentent guère, à mon sens, la vie familiale comme un long fleuve tranquille. Le couple d’Abraham et de Sarah est stérile. Le Seigneur va mettre un terme à cette douloureuse épreuve en donnant à ce couple âgé un fils, Isaac. Cependant, comme nous le rappelle l’auteur de l’épître aux Hébreux : « Abraham fut soumis à l’épreuve, il offrit Isaac en sacrifice. Il pensait en effet que Dieu est capable de ressusciter les morts. C’est pourquoi son fils lui fut rendu. Il y a là une préfiguration ». Sans nul doute, il s’agit bien d’une annonce du sacrifice rédempteur de l’humanité entière, le sacrifice de Jésus, le Fils de Dieu dont nous célébrons la naissance humaine en cette octave de Noël.

L’évangile de Luc que nous avons entendu, nous rapporte le récit de la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem. Ce rite était avant tout un moment d’action de grâce de la part d’un couple qui présentait à Dieu son fils premier-né, en souvenir de la sortie d’Égypte. Souvenez-vous, c’est après la dernière plaie qui avait provoqué la mort de tous les aînés en Égypte, que le peuple fut libéré de la servitude. Pour en garder le souvenir, le Seigneur demanda que chaque premier-né d’une famille juive lui soit consacré. En outre, conscients d’avoir été associés au mystère de la transmission de la vie, d’avoir coopéré à l’œuvre divine par excellence, celle du maître de la vie, Marie et Joseph venaient offrir un sacrifice d’action de grâce prescrit par la Loi.

La prière de la Sainte-Famille (détail d'un antependium réalisé par les Clarisses de Mazamet)

La prière de la Sainte-Famille (détail d’un antependium réalisé par les Clarisses de Mazamet)

Cependant, à la liesse du moment, augmentée par les propos prophétiques de Syméon, propos encourageant dans un premier temps, une parole fort mystérieuse et inquiétante a résonné aux oreilles de la jeune mère, de Marie : « Cet enfant sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera transpercée par un glaive ». Vraiment, la Sainte Famille n’est pas « une idylle à Nazareth, elle a sa place entre le sacrifice du mont Moriah – sacrifice d’Isaac – et le sacrifice du Golgotha, celui du Christ », comme un grand théologien du XXe siècle, Hans Urs Von Balthasar, l’a si bien remarqué. Quant à Joseph, il a obéi sans se poser de question concernant les difficultés qu’il devra rencontrer. « Marie est totalement abandonnée à la volonté de Dieu et elle sera introduite, de fait, dans le sacrifice de son enfant. L’ancienne famille charnelle s’achèvera dans une nouvelle famille spirituelle dans laquelle, transpercée par le glaive au moment de la croix, elle deviendra encore une fois mère, mais cette fois mère d’une multitude ». Grace à la foi, comme le souligne si bien l’épître aux Hébreux, Abraham et Sarah, Marie et Joseph ont obéi à ce qui leur fut dit de la part de Dieu.

Aujourd’hui où la famille est souvent mise à mal, il me semble que les chrétiens ont une mission bien spécifique à accomplir pour défendre la famille dans notre société. Une attention soutenue doit être accordée aux familles les plus éprouvées pour accompagner et encourager les époux, faire grandir leur amour, développer le dialogue entre les époux, le respect entre les époux. On est tétanisé quand on entend le pourcentage, dans un pays comme le nôtre, des violences conjugales et particulièrement pendant cette période de la pandémie. Les chrétiens sont aussi invités à apporter une aide pour que les époux assument véritablement leurs responsabilités de parents, de premiers transmetteurs de la foi à leurs enfants. Peut-être nous faudrait-il bien davantage que nous ne le faisons, encourager les époux à prier en famille, que la prière familiale soit véritablement quotidienne pour que la communion des personnes au sein de la famille devienne une préparation à la communion des saints, comme nous y invitait le Pape saint Jean-Paul II dans sa très belle lettre aux familles.

Jean-Pierre, toutes ces réalités de la vie familiale, vous les connaissez, vous les vivez et vous y êtes particulièrement attaché. En chemin vers le diaconat permanent, vous avez connu l’épreuve du veuvage. Avec votre épouse et vos enfants, vous avez expérimenté les joies et les difficultés d’être fidèle à l’Évangile dans votre vie familiale et dans la société telle qu’elle est aujourd’hui. Votre foi vous assure que l’amour vécu humblement, jour après jour, est victorieux car le Christ –comme nous le célébrons de dimanche en dimanche – a remporté la victoire sur le péché, sur la mort et sur les puissances de l’enfer. Désormais, comme lecteur, vous aurez à proclamer la sagesse contenue dans les Écritures. Comme acolyte, vous participerez de plus près au sacrifice eucharistique en étant au service des ministres.

Frères et sœurs prions tous ensemble pour que le Seigneur poursuive en Jean-Pierre son œuvre afin qu’il puisse le servir dans ses frères, aussi bien à l’autel qu’en tout lieu ; qu’il puisse vivre ce service avec foi, générosité et joie.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

 

 

En l’église Saint-Jean-Baptiste de Rayssac, Albi – dimanche 27 décembre 2020

  • 1ère lecture : Gn 15, 1-6 ; 21, 1-3
  • Psaume : 104, 1-2, 3-4, 5-6, 8-9
  • 2ème lecture : He 11, 8. 11-12. 17-19
  • Évangile : Lc 2, 22. 39-40