Homélie pour la solennité de la Toussaint

Frères et sœurs,

La lecture de l’Apocalypse évoque la foule immense tout d’abord de ceux qui, marqués du sceau ; c’est-à-dire du baptême, connaissent la persécution et le martyre. En second lieu est décrit dans une autre vision la foule immense, composée de membres de toutes les nations qui se tiennent devant Dieu et participent à une liturgie céleste. Après l’épreuve, après le passage par la croix, vient la victoire de la Résurrection, la vie bienheureuse en présence de Dieu, l’heure de la vision céleste, où Dieu est tout en tous. Nous sommes ainsi placés devant notre éternité bienheureuse.

Dans sa Première Lettre, saint Jean affirme que nous sommes enfants de Dieu. En effet, depuis notre baptême, dans la puissance de l’Esprit Saint, nous sommes devenus fils, filles de Dieu par la grâce de l’adoption filiale. La pleine manifestation de cette réalité reste à venir. « Quand cela sera manifesté, écrit saint Jean, nous lui serons semblables, car nous le verrons tel qu’il est. » Cependant, d’ores et déjà, chaque baptisé, habité par l’Esprit Saint et sous son impulsion, est appelé à mener une vie sainte. Participants déjà à la nature divine, il s’agit pour chacun de nous de vivre « comme il convient à des saints. »

Tous, nous recherchons le bonheur. Sommes-nous convaincus que notre soif de bonheur, inscrite dans notre humanité, coïncide avec notre vocation à la sainteté ? Souvent, la sainteté nous parait hors de notre portée, elle nous effraye. Nous admirons les saints, mais du plus loin possible. L’austérité de certains nous fait peur. Or, les béatitudes, véritable charte de la vie de tout disciple du Christ, sont une invitation au bonheur. Neuf fois, cette loi nouvelle prononcée par le nouveau Moïse sur la montagne répète : « heureux ». Elle s’achève par une invitation à la joie : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux. »

Jésus ne nous présente pas un catalogue de vertus héroïques à mettre en pratique. Avec les Béatitudes, il nous rejoint dans différents aspects d entre vie : notre désir de justice, nos larmes, notre compassion pour la détresse d’autrui, notre aspiration à la paix… Ce programme de vie sainte, seul le Christ l’a vécu totalement, car il est le Saint. Dieu seul est Saint. Il n’en demeure pas moins que le Seigneur nous appelle à partager sa sainteté. Bernanos affirme : « La sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. » Cette sainteté nous concerne tous. Le voyant de l’Apocalypse décrit une foule immense et non pas quelques privilégiés au nombre limité. Oserons-nous, à la suite de tous les saints, emprunter le chemin du bonheur proposé par Jésus en lui accordant une totale confiance et en renonçant aux fausses images de bonheur et de réussite que véhiculent bien des idéologies de notre temps, les idoles de tous les temps ?

Comme Bernanos aimait à l’écrire : « Notre Église est l’Église des Saints ». Malgré ses faiblesses, la faiblesse de chacun de ses membres, elle est composée de pécheurs, sanctifiés par le Christ son époux et son Sauveur. En célébrant tous les saints nous fêtons des hommes et des femmes comme nous qui ont fait le choix du bonheur et qui ont risqué leur vie en étant vraiment fidèle au Christ.

Demandons les uns pour les autres la grâce de désirer la sainteté et la force de la laisser s’épanouir dans notre existence quotidienne pour notre joie et celle d’un grand nombre.

Amen.

+ Mgr Jean Legrez
Archevêque d’Albi