Parole de Mgr Legrez pour La Toussaint

Dieu nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour (Éphésiens 1, 4)

Voici la fête de tous les saints, éclatante lumière remplie d’espérance dans la grisaille humide de l’automne ! Moment d’espérance d’autant plus grand que nous continuons de connaître l’épreuve de la pandémie. Tenus au nom de la charité fraternelle de respecter les mesures sanitaires, nous sommes aussi appelés, au nom de notre foi dans le Christ victorieux sur les puissances de la mort et du mal, à nous souvenir des propos de saint Paul adressés aux Thessaloniciens :

« Quant à nous, à tout moment nous devons rendre grâce à Dieu à votre sujet, frères, vous qui êtes aimés du Seigneur, puisque Dieu vous a choisis en premier pour être sauvés par l’Esprit qui sanctifie et par la foi en la vérité. C’est à cela que Dieu vous a appelés par notre proclamation de l’Évangile, pour que vous entriez en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. Ainsi donc, frères, tenez bon, et gardez ferme les traditions que nous vous avons enseignées, soit de vive voix, soit par lettre. Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 13-17).

Dans un monde difficile où la violence sous des formes diverses continue de secréter guerres, attentats, enlèvements, viols, profanations, meurtres, un nouvel écrit du Pape François, en disciple du Poverello, s’adresse à tous les hommes « pour leur proposer un mode de vie au goût de l’Évangile ». Cette nouvelle encyclique est consacrée à la « fraternité et à l’amitié sociale ». L’accueil de ce texte aux dimensions prophétiques rencontre autant de critiques favorables que d’attaques incisives. Le Pape avait déjà publié un texte sur « La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune », lors de son voyage apostolique aux Émirats arabes unis en février 2019. Ce texte portait les signatures du Pape et du grand Imam d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayyeb. Al-Azhar est la plus ancienne université islamique au Caire en Égypte. Plutôt que de continuer depuis des siècles à entretenir des oppositions souvent meurtrières et indignes d’êtres humains, les deux signataires invitaient « à adopter une culture du dialogue comme chemin ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère ». Il est aisé de trouver qu’un tel programme est empreint de naïveté et d’irréalisme, mais est-il plus pertinent de se satisfaire de la situation actuelle génératrice d’extrémismes insupportables pour des croyants en un Dieu créateur des humains, donc frères les uns des autres ?

Si saint François d’Assise est reconnu par le Pape comme l’un des inspirateurs de sa nouvelle encyclique, comme ce fut le cas pour la précédente, « Laudato Si’ » sur la sauvegarde de la maison commune, l’autre inspirateur est le grand Imam Ahmad Al-Tayyeb avec qui il a dialogué et s’est engagé par le document signé ensemble. Cela peut paraître paradoxal et illusoire, mais n’est-ce pas plutôt raisonnable et sage. Œuvrer pour établir une communion harmonieuse entre tous les hommes et favoriser une culture de paix sont pour les chrétiens le fruit de leur amour de Dieu qui trouve alors à s’incarner concrètement dans le quotidien à la suite du Sauveur.

À Assise, le 10 octobre 2020, a été béatifié Carlo Acutis, adolescent mort à 15 ans en 2006 d’une leucémie foudroyante. Ce garçon, né dans un milieu privilégié mais peu pratiquant, a désiré faire sa première communion et recevoir l’eucharistie chaque jour de sa courte vie. Doué en informatique, il saura faire d’internet un instrument de mission. Proche des plus pauvres de son quartier, à douze ans engagé dans sa paroisse comme catéchiste, Carlo se confesse chaque semaine et récite le chapelet très régulièrement. Aimé de tous, il meurt en offrant sa vie pour les vocations, la sainteté des prêtres et pour aller au Paradis. Il avait écrit : « Tous, nous avons été créés potentiellement saints. Mais Dieu nous a aussi créés libres, libres de faire aussi bien le bien que le mal. Et moi, je veux suivre l’exemple du disciple Jean, le disciple bien-aimé. Chacun de nous peut devenir un disciple bien-aimé de Jésus, comme Jean l’a été ». Pour y parvenir, Carlo affirmait : « L’Eucharistie, c’est mon autoroute pour aller au Ciel » ! À n’en pas douter : « les enfants saints sont le trésor de l’Église de demain ».

À tous les diocésains, belle et heureuse fête de la Toussaint !

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

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