Messe chrismale – Chaque baptisé peut dire « L’Esprit du Seigneur est sur moi »

En raison de l’épidémie de coronavirus, la messe chrismale n’avait pu être célébrée dans notre diocèse pendant la Semaine Sainte. A l’issue d’une journée de rentrée, elle a pu être célébrée mardi 15 septembre, en présence du peuple de Dieu, autour de l’archevêque, des prêtres, des diacres, de religieux…

Frères et sœurs,

Nous pouvons tous faire nôtre la parole du prophète Isaïe, reprise par Jésus dans la synagogue de Nazareth, au début de sa vie publique, « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ». En effet, par le baptême l’Esprit Saint a bâti sa demeure au cœur de notre cœur. Le ministre du sacrement a tracé sur le sommet de notre tête une onction avec le Saint Chrême. Cette huile consacrée tous les ans au cours de la messe chrismale, est le signe visible de la présence invisible du Saint Esprit en chaque baptisé.

Par la puissance de l’Esprit Saint nous avons été engendrés à la vie filiale. Devenus enfants de Dieu, le Paraclet nous accompagne durant notre passage sur la terre, afin que, comme Jésus, le fils premier-né du Père, nous vivions dans une relation de confiance et d’amour envers le Père, imitant le Christ, sur lequel reposait l’Esprit du Seigneur. Alors que Jésus affirme cette vérité dans la synagogue de Nazareth : « L’Esprit du Seigneur est sur moi…/… Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture » ; les auditeurs eurent du mal à comprendre et finalement chassèrent Jésus de leur rang. Il n’est donc pas très étonnant qu’aujourd’hui encore la personne de l’Esprit Saint soit souvent mal connue et son rôle de premier plan dans la vie de chaque baptisé peu considéré.

Frères et Sœurs, la célébration de la messe chrismale, célébrée cette année hors de la semaine Sainte en raison de la pandémie actuelle du coronavirus, peut être dans ce contexte, fait de douleurs et d’incertitudes, une occasion de nous en remettre plus que jamais à l’Esprit Saint, guide et consolateur sur la route de chaque baptisé vers le Père. C’est lui qui nous donne la foi, la capacité de croire à la Parole de Dieu et de vouloir la mettre en pratique jour après jour. C’est lui qui nous invite à offrir nos vies au Père qui nous aime et qui désire nous faire vivre en son amour. C’est lui qui nous donne le désir et la force de faire connaître autour de nous le nom de Jésus, le Sauveur de tous les hommes. C’est lui enfin qui nous invite à aimer nos frères humains et à nous mettre à leur service, en particulier auprès des plus éprouvés de ce monde.

Nous vivons dans une société qui ne supporte pas les limites de la vie humaine en particulier la mort, devant laquelle nous place quotidiennement la pandémie. Dans la mesure où pour un bon nombre, la question de Dieu appartient au passé et où le néant est l’avenir au-delà de notre dernier souffle, seul l’Esprit Saint donne aux fidèles du Christ l’espérance pour le présent et l’avenir, la compassion pour ceux qui souffrent jusqu’au don de leur propre vie. L’Esprit Saint fait des croyants d’autres Christs. En outre, il n’est pas limité aux frontières de l’Église. Il souffle où il veut et anime des hommes et de femmes de bonne volonté en tous lieux de l’univers. Alors que le respect de la vie, en particulier des plus petits, est menacée par des lois iniques dans notre pays qui semble vouloir trahir sa devise, en falsifiant la notion de liberté, en trahissant celle de fraternité et d’égalité, privant de père, et bientôt de mère, des enfants à naître… Seul l’Esprit Saint peut faire se lever des hommes et des femmes respectueux de la nature humaine et soucieux de reconnaître en chaque être humain, fut-il fragilisé et différent, un enfant de Dieu. Tout enfant est désiré et aimé du Père éternel. Seul l’Esprit Saint peut nous rendre capables d’aimer comme Dieu aime.

Il est urgent que les fidèles du Christ, à la suite de leurs évêques, osent de manière courageuse sortir du silence et de l’indifférence pour s’opposer à « l’eugénisme en gants blancs », selon l’expression du Pape François, que nous préparent nos politiques, en faisant basculer encore davantage notre pays dans une culture de mort. Que l’Esprit Saint stimule notre imagination, notre audace et notre intelligence au service d’une culture de l’amour, où chacun puisse être aimé comme un frère ou une sœur, offert par le Créateur selon son dessein bienveillant pour chacune de ses créatures !

Frères et sœurs, osons demander à Dieu, par l’intercession de Notre-Dame des douleurs, la fin de la pandémie, le zèle missionnaire pour chaque baptisé du diocèse et de nombreuses bénédictions pour ceux et celles qui, dans le diocèse, sont au service de leurs semblables.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

En la cathédrale Sainte-Cécile, Albi – mardi 15 septembre 2020

1ère lecture : Is 61, 1-3a. 6a. 8b-9
Psaume : 88
2ème lecture : Ap 1, 5-8
Évangile : Lc 4, 16-21