Homélie pour la bénédiction abbatiale de Père Emmanuel, Abbé d’En Calcat

Frères et sœurs,

Quelle joie de célébrer avec vous dans ce monastère Saint-Benoît d’En-Calcat la Croix glorieuse du Seigneur, signe pour tous les chrétiens de l’Espérance du Royaume. Pour nos frères des Églises d’Orient, cette fête intitulée l’« universelle exaltation de la précieuse et vivifiante croix », est célébrée avec une solennité quasi égale à celle de la fête de Pâques. Depuis le Ve siècle, il est fait mémoire à Jérusalem de l’anniversaire de la dédicace des basiliques construites par l’empereur Constantin sur le Golgotha et le tombeau de Jésus, dédicace qui eut lieu en 335. La Tradition estime que c’est à cette date qu’a été découverte la croix du Seigneur. Depuis la résurrection de Jésus de Nazareth, Roi de Juifs, ce qui était l’objet méprisé du supplice réservé aux esclaves, est devenue la fierté des croyants. L’instrument du supplice qui a conduit Jésus à une mort atroce, offerte au Père pour nous, est devenue l’arbre qui nous offre le fruit de Vie, le Christ de qui nous recevons le salut, la vie divine et la résurrection. Désormais les ténèbres de la mort et du péché sont vaincus par la lumière qui se dégage pour toujours de la croix, y compris aux heures les plus sombres de l’humanité, comme nombre de martyrs au cours du temps de l’Église ne cessent de le manifester. De la croix glorieuse brille la lumière du monde, le Christ Ressuscité, qui fait de chaque baptisé un enfant de lumière.

Père Emmanuel, vraiment je ne crois pas qu’il était possible de trouver une meilleure date pour votre bénédiction abbatiale. Si, comme la Règle l’affirme : « On croit que l’abbé tient dans le monastère la place du Christ », cette fête nous conduit à contempler le sacrifice du Rédempteur de l’humanité et nous rappelle qu’en livrant sa vie sur la croix le Bon Pasteur,  obéissant jusqu’à son immolation, obtient la vie pour son troupeau. Paradoxalement, « élevé » sur la croix, le Christ s’est ainsi « abaissé, prenant la condition de serviteur ». Toute charge dans la vie de l’Église est vécue, à la suite du Maître, dans une offrande constante et joyeuse de soi pour servir ses frères et sœurs avec miséricorde, compassion, justice, patience, discernement et sagesse. Ainsi, la partie du troupeau du Seigneur qui vous est désormais confiée, pourra prospérer.

Si nous sommes réunis ce matin autour de vous, Père Emmanuel, c’est pour demander au Seigneur toutes les grâces dont vous aurez besoin pour guider chacun de vos frères par votre exemple et votre enseignement sur les sentiers parfois sinueux et escarpés de la radicalité évangélique. Bien conscient du privilège très réel de l’implantation dans le diocèse de deux monastères bénédictins, c’est avec reconnaissance et ferveur qu’avec vos Frères, vos Sœurs, vos amis, tous vos proches, nous voulons supplier le Seigneur de vous combler de nombreuses bénédictions. Ainsi vos Frères pourront faire l’expérience semblable à celle décrite par le saint Starets Silouane de l’Athos : «  Va avec foi chez ton père spirituel, et tu recevras le Paradis ». Et comme j’ai pu le lire dans les constitutions ascétiques attribuées à saint Basile : « Lorsque l’harmonie des volontés est établie dans une communauté d’ascètes, la paix n’aura pas de peine à habiter chez eux et le salut, avec la charité et la concorde de tous, sera obtenue facilement ».

Que Dieu vous vienne en aide ! Que son Esprit éclaire votre esprit et vous donne la capacité d’être tout à tous pour que rayonne toujours la lumière de la Croix glorieuse dans le monastère et bien au-delà !

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi