Homélie de la Veillée Pascale

En la cathédrale Sainte-Cécile, 11 avril 2020 (sans assemblée, en période de pandémie Covid19)

 

Épître : Rm 6, 3b-11
Psaume : 117, 1.2, 16-17, 22-23
Évangile : Mt 28, 1-10

 

Frères et sœurs,

De même que Dieu a créé le cosmos et tous ses habitants, animaux et humains, de même que le Seigneur a fait traverser la mer Rouge à son peuple et ainsi l’a sauvé et rendu libre, de même que le Seigneur a rétabli Israël sur sa terre au lendemain d’un exil en le purifiant par la puissance de son Esprit, de même c’est encore et toujours le Seigneur qui manifeste à l’orée du premier jour de la semaine, que le Crucifié est ressuscité. Cette annonce est portée aux femmes par le ministère d’un ange. Cette présence mystérieuse d’un ange qui a roulé la pierre du tombeau du Christ et qui semble trôner sur elle vêtu d’un vêtement – nous dit l’évangéliste – d’un blanc éclatant, n’est-elle pas le signe de la manifestation glorieuse et céleste de l’événement que nous célébrons au cœur de cette nuit. Chaque fois qu’un ange est présent dans les évangiles, c’est l’indication qu’avec le Christ, Dieu et son Royaume sont déjà là. N’est-ce pas comme Paul l’écrit aux Romains, par la toute-puissance du Père que Jésus est ressuscité ?

La grandeur et la merveille que représente cet événement si mystérieux et bien réel a fait trembler de peur les gardes qui deviennent comme morts face à la victoire de la Vie. Quant aux femmes, elles éprouvèrent à la fois de la crainte et une grande joie en apprenant l’extraordinaire nouvelle : Jésus est ressuscité, il les précède en Galilée. Aussitôt, elles s’empressent de porter la nouvelle aux disciples. Mais voici que Jésus lui-même vient à leur rencontre et les charge de transmettre aux disciples le même message que l’ange. Devant le Ressuscité les femmes se prosternent. En Israël, cette attitude est réservée à Dieu seul. Par ce geste, elles manifestent la façon surnaturelle du retour à la vie de Jésus. Dieu seul est le maître de la vie. Ceux qui ne le savaient pas encore en ces temps difficiles, peuvent s’en rendre compte. Dieu seul est le maître de la vie, et non pas l’homme. Dieu seul peut opérer une nouvelle création. Peu à peu, les propriétés de cette vie nouvelle dans laquelle est entré Jésus, vont permettre aux témoins de sa résurrection de découvrir son origine divine et son caractère éternel.

Frères et sœurs, l’annonce de la résurrection de Jésus est parvenue jusqu’à nous aujourd’hui. Quelle joie ! Tout semblait perdu et fini avec la mort de Jésus affreusement supplicié sur la croix. Depuis vingt siècles, au prix de leur vie, les disciples de Jésus nous ont transmis le message auquel nous avons adhéré et, à notre tour, nous confessons que Jésus est vivant. Par le baptême, nous sommes morts avec lui, nous avons renoncé au péché et nous sommes ressuscités avec lui. Par la puissance de l’Esprit qui nous fait vivre en Jésus Christ, c’est-à-dire en enfant du Père, ce Père qui est amour et que le Christ nous a fait connaître. Il nous l’a révélé.

Comblés par le don de cette foi en Jésus Christ ressuscité d’entre les morts, rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Dans l’épreuve cruelle et douloureuse que nous traversons dans la pandémie du coronavirus, forte est notre espérance. Avec l’apôtre Paul, nous croyons que le Christ Jésus est mort, bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous. Alors qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur, lui qui est vraiment ressuscité. Louange soit à Dieu, Alléluia.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi