Homélie du Jeudi-Saint

En la cathédrale Sainte-Cécile – 9 avril 2020 (sans assemblée, en période de pandémie Covid19)


1ère lecture
: Ex 12, 1-8.11-14
Psaume : 115, 12-13, 15-16ac, 17-18
2ème lecture : 1 Co 11, 23-26
Évangile : Jn 13, 1-15

 

Frères et sœurs,

Les barrières que nous imposent à bon escient les mesures sanitaires en cette période où le coronavirus ne parvient pas encore à disparaître, pas plus qu’à être maîtrisé, ne permettent pas que nous accomplissions le rite si expressif et bouleversant du lavement des pieds. Le récit du lavement des pieds dans l’évangile de Jean précède le repas pascal au cours duquel le Seigneur institue l’Eucharistie, sans pourtant que cet événement de la plus haute importance ne soit rapporté par l’évangéliste. Ce qui est commun au récit de la Cène, probablement le plus ancien, que nous venons d’entendre dans la seconde lecture, extrait de la seconde épître aux Corinthiens, ce qui est commun, donc, au récit de l’Eucharistie et au récit du lavement des pieds, est cette injonction du Seigneur : « Faites cela en mémoire de moi, faites aussi ce que j’ai fait pour vous ». Laver les pieds de ses frères et célébrer l’action de grâce avec le pain et le vin, sont deux mémoriaux que tout disciple du Christ doit honorer. À chaque eucharistie, nous sommes rendus contemporains de la Cène, de la passion, de la mort de Jésus sur la croix, ainsi que de sa résurrection.

Par ce seul événement, la Pâque de Jésus, un événement à plusieurs facettes, nous est communiqué la vie divine. Par cette nourriture, nous sommes comme absorbés en Dieu, transformés, pour être à notre tour personnellement et communautairement le corps du Christ. De même, chaque fois que nous nous mettons humblement au service d’un frère ou d’une sœur en humanité, avec les mêmes dispositions d’esprit que Jésus lavant les pieds de ses disciples, nous voilà en train d’aimer comme Jésus nous a aimés et mystérieusement rendant présent et actuel le Seigneur lui-même. Dans les deux cas, nous accomplissons un mémorial, nous actualisons la présence du Seigneur aux côtés de l’humanité. Cette humanité qu’il est venu servir, pour la sauver des ténèbres, du péché et de la mort. Dans la Pâque juive telle qu’elle nous a été contée dans la première lecture tirée du livre de l’Exode, mémorial de la libération de l’esclavage en Égypte, Israël sait que le Seigneur agit aujourd’hui, agit toujours en faveur de son peuple et cela de manière perpétuelle.

Frères et sœurs, que cette célébration à laquelle nous participons, il est vrai de manière inhabituelle en raison de cette pandémie, nous établisse tous dans la joie. Aujourd’hui le Christ se livre pour chacun de nous, afin que nous vivions une alliance éternelle avec lui. L’amour se donne à nous afin que nous devenions par lui capables d’aimer comme il aime. Heureux de donner notre vie à nos frères. Par l’eucharistie nous somme divinisés dans la mesure où nous nous donnons à celui que nous recevons.

Frères et sœurs qui m’écoutez alors que vous êtes confinés chez vous sans pouvoir communier ce soir, c’est une véritable souffrance, je le sais. Mais par une communion de désir sincère, je vous invite à accueillir le Christ chez vous, à accueillir le Christ dans votre cœur, il se donne toujours à vous et il attend de vous que vous vous donniez à lui dans le secret de votre cœur. Ainsi, il pourra agir en vous. Transformés par l’eucharistie reçue en désir simplement, vous pourrez vivre dans l’amour. Le témoignage des persécutés pour la foi, restés parfois sans sacrement pendant des années, nous montre que le Seigneur n’abandonne jamais ceux qui le cherchent.

Frères prêtres et diacres rendons grâce pour le sacrement de l’ordre que nous avons reçu. Frères et sœurs diocésains, demandez à Dieu de nous bénir, de nous garder fidèles à nos engagements et de donner à notre Église des séminaristes pour servir à la manière de Jésus dans la simplicité, l’humilité et la sainteté.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi