Homélie de l’institution à l’acolytat de Jean-Baptiste Crépin

Frères et sœurs,

L’évangile de ce dimanche nous rapporte la parabole des invités qui choisissent les premières places. Cette description est assez banale. Jésus décrit ce qui se passe la plupart du temps dans nos sociétés humaines. Il est bien rare qu’une personne ne cherche pas à se mettre en avant, simplement parce que notre moi est assez envahissant. Cela est vrai pour chacun d‘entre nous et fait partie du combat spirituel que les uns et les autres nous avons à mener sans cesse pour donner la première place à Dieu d’abord et à nos frères. Il faut reconnaître que, marqués par le péché, nous avons souvent tendance non pas à chercher la dernière place mais à rechercher la première place. Toute une partie de l’éducation, d’ailleurs, va dans ce sens. Il faut toujours être le meilleur. Mais est-il possible d’être le meilleur en étant humble ? Je crois qu’il y en a un qui nous a montré le chemin. Il est bien le meilleur, le Fils de Dieu, de ce Dieu qui n’est qu’amour. Pourtant, tout Dieu qu’il était, il a pris la place de l’esclave pour finir sur une croix, afin que nous vivions de sa vie. C’est ce que nous célébrons dans la joie chaque dimanche. L’abaissement du Fils de Dieu qui s’est vidé de sa condition divine pour nous rejoindre et nous offrir sa vie. Il est devenu pour tout baptisé, le modèle à suivre.

Ne pas rechercher la première place, ne pas calculer et, mieux encore, être désintéressé. Véritablement, le Fils de l’homme nous a montré le chemin, un chemin qui nous dépasse. Par nos propres forces cela n’est pas possible, mais avec l’aide de l’Esprit Saint qui vit en nous, avec l’aide de la grâce, cela devient peu à peu possible. Les saints, dans toute l’histoire de l’Église, l’ont prouvé et nous ont montré ce chemin de l’humilité. Jésus durant tout sa vie a montré comment être bienveillant, être attentif d’abord aux petits, aux pauvres, aux malades, aux exclus. Jésus nous a montré le chemin de l’abaissement pour que nous-mêmes nous le prenions. Pour le prendre, non seulement, il faut être convaincus de l’enseignement de la Révélation, Ben Sira le Sage nous l’a rappelé, mais il faut s’abaisser. Le combat spirituel consistera souvent justement, à vouloir s’abaisser. Mais le voulons-nous ? C’est la question. Si nous le voulons, comment faire ? Ben Sira le Sage nous le dit, il s’agit d’être à l’écoute de l’enseignement du Seigneur, à l’écoute de sa Parole qui nous décrit le chemin à suivre.

Il me semble que l’auteur de l’épître aux Hébreux nous en indique la direction : « vous êtes venus vers Jésus ». Si nous sommes là ce matin, c’est bien pour Jésus. « Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’un alliance nouvelle » (He 12, 24). C’est lui, c’est par la puissance de sa grâce, par la puissance de son Esprit que notre cœur peut rester tourné vers le Père, que notre cœur peut véritablement devenir un cœur fraternel, plaçant l’autre, le frère, avant nous-même. Il me semble que, comme je le disais au début de cette eucharistie, les jubilaires qui sont là nous rappellent qu’il est possible de donner sa vie, de penser d’abord à Dieu et à ses frères plutôt qu’à soi-même. Cela, frères et sœurs, apportent le véritable bonheur. Qu’on se le dise ! Aujourd’hui, si souvent, nos contemporains et nous-mêmes cherchons le bonheur ailleurs et pourtant, celui qui veut vraiment marcher à la suite du Christ est appelé à l’imiter de telle sorte à être quotidiennement au service et de Dieu et de ses frères. Notre Dieu est le magnanime par excellence. Il use à notre égard sans cesse d’une patience dont la miséricorde n’est pas mesurable. Chaque fois que nous avons recours à lui alors que nous l’avons abandonné ou que nous avons fait des pas de travers, il nous accueille pour que nous puissions à nouveau imiter celui que nous avons oublié, trahi.

Frères et sœurs, au cours de cette célébration, laissons la joie nous envahir, la joie des jubilaires qui, s’ils parlaient, parleraient non pas de leur fidélité mais davantage de celle de Dieu qui nous accompagne tout au long de nos existences. Plus nous sommes donnés à lui, plus nous pouvons percevoir à quel point sans lui nous ne pouvons rien faire. Cela devient le motif de notre joie, de notre jubilation. Au cours de cette célébration je vais appeler dans quelques instant Jean-Baptiste CRÉPIN en vue de l’instituer acolyte. C’est une marche de plus, après l’admission au lectorat vers – si Dieu le veut – le diaconat et le presbytérat. Nous prierons spécialement dans l’action de grâce et dans la joie pour les jubilaires et nous intercéderons pour que Jean-Baptiste reçoive toutes les grâces dont il a besoin pour répondre à l’appel de Dieu.

En ce jour de rentrée paroissiale, je souhaite que toute votre année soit marquée par la joie du don. Si cela est possible – et c’est possible car je suis sûr que le Seigneur continue d’appeler – que des jeunes parmi vous se lèvent pour suivre le chemin de leurs aînés dans la vie sacerdotale ou dans la vie religieuse. C’est un chemin exigeant où le combat spirituel est mené heure après heure, mais en vue d’une paix et d’une joie qui est déjà donnée avant même d’entrer dans la Béatitude éternelle, qui est notre espérance à tous.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

Photos : Anne de Guerdavid