Homélie du jour de Pâques

Frères et sœurs,

Ce passage de l’évangile selon saint Jean que nous venons d’entendre, nous place, tôt ce matin, devant un tombeau vide. Vous l’avez entendu, Pierre et Jean, prévenus par les femmes qui elles-mêmes ont déjà constaté le vide du tombeau, alors qu’elles allaient embaumer le corps du Seigneur, se précipitent et trouvent le tombeau vide. Ce qui est extraordinaire – je ne sais pas si vous l’avez remarqué – Jean, lorsqu’il voit le tombeau vide, croît instantanément. L’évangile nous dit : « Il vit et il crut ». Il y a tant d’hommes et de femmes, même parmi ceux qui se disent chrétiens, qui ne croient toujours pas à la résurrection. Alors pourquoi Jean a-t-il pu croire immédiatement ? Parce que ce qu’il avait sous les yeux est un spectacle absolument inimaginable. Il voit tout simplement, sur le lit de pierre du tombeau, les linges aplatis. Le suaire et les linges qui entouraient le visage du mort, comme nous dit l’évangile, à leurs places. Le suaire était une longue bande de tissu, qui partait des pieds qui recouvrait le visage et tout le corps du mort. Un linge entourait le visage et un autre était posé sur le visage. Or, Jean voit ces linges vidés de leur contenu, comme si le corps avait été aspiré. Essayez, pardonnez-moi cette familiarité, de sortir de votre lit sans qu’aucun drap ne soit déplacé. Vous me préviendrez, ce jour-là !

Ce signe des linges vidés de leur contenu a convaincu Jean immédiatement. « Il vit et il crut ». Il croit évidemment parce qu’il a entendu Jésus une fois ou l’autre, de manière très discrète, prévenir qu’il ressusciterait. Ressusciter, en grec c’est se lever, se relever. Comment les Apôtres pouvaient-ils imaginer qu’un mort redeviendrait vivant ? Ce mystère est si grand que l’on peut comprendre que tant d’hommes et de femmes aient encore du mal à y croire. Il est quand même curieux de constater une plus grande confiance dans des historiens contemporains du Christ que dans les évangélistes. On ne met absolument pas en doute un certain nombre d’évènements qui nous sont rapportés par des auteurs latins ou grecs du premier siècle, mais nous n’arrivons pas à faire confiance aux récits des évangélistes qui, eux, sont morts pour affirmer la vérité. Ils ont donné leur vie pour affirmer la réalité de la résurrection du Seigneur.

Dans la première lecture que nous avons entendu, tiré du livre des Actes des Apôtres, nous avons vu comment Pierre peu de temps après la résurrection est amené à expliquer aux foules réunies à Jérusalem, ce qui s’est passé. Il affirme qu’il a été témoin ; il a vu le ressuscité dès le soir de ce premier jour de la semaine. L’évangile nous rapporte que Jésus est apparu ce jour-là aux apôtres pour la première fois. Pendant quarante jours il va apparaître. Ailleurs Pierre dit qu’il n’est pas le seul témoin, il est apparu à d’autres témoins. Un autre passage Paul affirme qu’il est apparu à plus de cinq cents frères. Les douze ne sont pas des fous qui ont tout imaginé, plus de cinq cents témoins ont vu le Ressuscité. C’est mystérieux, d’ailleurs Pierre le reconnaît, Il dit que Jésus ressuscité est apparu à des témoins que Dieu avait choisis. Tout le monde ne l’a pas vu, c’est vrai. Mais ceux qui l’ont vu ont été capables de le faire connaître finalement au monde entier. Ceux qui croient, ceux qui s’approchent du Seigneur et qui demandent le baptême, reçoivent le pardon de leurs péchés et le don de l’Esprit Saint. Quand Jésus apparait au soir de Pâques, il apporte la paix à ses disciples qui, jusque-là, vivent troublés. Ils vivent dans la peur. Jésus leur apporte la paix et immédiatement il souffle sur eux en leur disant : « Recevez l’Esprit Saint ».

Frères et sœurs, nous qui avons le privilège sans aucun mérite de notre part d’être baptisés nous sommes comme le dit Paul, les temples de l’Esprit Saint, la demeure sacrée de l’Esprit Saint. C’est l’Esprit qui nous donne la capacité de croire à l’incroyable : le Christ est vivant. Il vit par la puissance de l’Esprit en chacun de nos cœurs. Il nous pousse, comme Paul le recommande aux Colossiens, à rechercher les réalités d’en-haut, c’est-à-dire les réalités de Dieu. Il s’agit bien, par le baptême, de mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui. Nous sommes plongés dans les eaux et nous en remontons avec le Christ ressuscité ayant renoncé au péché.

Frères et sœurs permettez-moi de m’adresser tout spécialement aux baptisés, en particulier, aux enfants en âge scolaire, ils sont capables de comprendre ce que je veux leur dire maintenant. Au cours de la nuit, six adultes ont déjà reçu le baptême, c’est une grande joie pour nous. En France, pas tout à fait cinq milles baptêmes d’adultes ont été célébrés cette nuit. Il y en a de plus en plus tous les ans, n’en déplaise à ceux qui pensent que l’Église est sur le point de mourir. Elle est bien vivante, croyez-le !

Le Christ est vivant. Il est la tête de l’Église, son épouse est vivante et, souvenez-vous, elle a même les promesses de la vie éternelle. Si dans nos sociétés, il y a un véritable déclin de l’Église, au moins en apparence, il semble que quand la cathédrale Notre-Dame de Paris brûle, tout à coup, une prise de conscience de nos racines chrétiennes apparaît. Il faut un tel drame pour nous réveiller, en quelque sorte. Voilà que même les plus laïcs parlent de cette cathédrale en disant qu’elle est l’âme de la France. La France a donc une âme ! Quelle joie ! Quelle merveille ! Enfin les yeux s’ouvrent ! Bien sûr, cette cathédrale est un symbole fort, pour tous les français, visiblement, et même pour le monde entier. Il faut un tel drame pour que tant d’hommes et de femmes semblent retrouver ce que l’Église affirme : la vie a un sens ; le christianisme n’est pas constitué aujourd’hui d’un ramassis d’abuseurs ; il apporte toujours la lumière à tous les hommes. Le christianisme, frères et sœurs, ce n’est pas d’abord le péché de certains, ce n’est pas non plus en raison de nos suffisances et de nos égoïsmes, l’abandon des pratiques chrétiennes, l’abandon de la place privilégiée de Dieu dans nos vies. Dieu premier servi, disait Jeanne d’Arc, cela n’a pas changé. Nous savons que Dieu est présent dans les petits, dans les plus pauvres. Il n’est pas possible de dire aimer Dieu si on n’aime pas son prochain comme le Christ nous a tous aimés, c’est-à-dire en donnant notre vie pour nos frères.

Vous demandez le baptême et vous le demandez librement, avec les capacités de votre intelligence et de votre liberté bien que vous soyez encore très jeunes. Cela signifie que vous désirez choisir Jésus et le mettre à la première place dans votre vie. Je vais vous poser une question : est-ce que vous avez beaucoup d’amis qui ont donné leur vie pour vous ? Moi, personnellement, je n’en connais qu’un seul. Il s’appelle Jésus Christ. Il s’agit, en choisissant de demander le baptême, de commencer par entretenir avec Jésus une relation d’amitié. Vous n’avez pas – nous n’avons pas, frères et sœurs – de plus grand ami que Jésus. Quel temps allez-vous lui donner chaque jour, tout au long de votre existence ? Interrogeons-nous, frères et sœurs, si vous choisissez Jésus pour ami, cela signifie que vous êtes prêts à l’écouter, c’est-à-dire à mettre en pratique ce qu’il nous demande. Ce qu’il nous demande, c’est pour notre plus grande joie, pour notre bonheur ; ce n’est pas toujours facile de mettre en pratique ce que nous demande Jésus, en particulier quand il nous demande d’aimer. Aimer nos proches, c’est facile ;  mais aimer ceux qui nous font du mal, c’est bien difficile. Or il s’agit d’aimer comme Jésus qui, sur la croix, disait au Père : « Pardonne-leur ». Il demandait au Père de pardonner à ses bourreaux et il les excusait « parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ». Ce qui caractérise le chrétien est d’être capable d’aller jusqu’au pardon de ses ennemis et, dans le quotidien, de se faire le serviteur, la servante de ses frères et sœurs.

Pour vous approcher du Seigneur vous allez renoncer au mal et toute l’assemblée renoncera au mal avec  vous pour pouvoir être libre de suivre Jésus, puis nous exprimerons ensemble notre confiance en disant « je crois ». Dire « je crois », c’est dire au Seigneur, je te fais confiance, je ne comprends pas tout et même certains jours je doute, mais je veux te faire confiance et quand je doute je veux chercher des réponses à ces doutes. Puis, vous passerez par les eaux, vous recevrez le baptême. Le mot baptisé est un verbe grec qui veut dire « plonger ». Vous serez plongés dans la vie de la Sainte Trinité, pour devenir par la puissance de l’Esprit, des saints aujourd’hui à Albi. Nous tous qui sommes baptisés, nous sommes déjà des saints habités par l’Esprit du Seigneur qui nous invite sans cesse à remettre nos pas dans ceux de Jésus en l’aimant, en rendant grâce pour cette espérance qu’il nous donne non seulement pour le quotidien mais pour l’éternité. En passant par les eaux vous mourrez avec le Christ à toute forme de péché pour ressusciter, c’est-à-dire revivre avec lui et être de nouvelles créatures. Puis vous recevrez sur la tête une onction parfumée. Ce parfum que l’on appelle le saint chrême, sera le signe même que vous êtes devenues la demeure de l’Esprit Saint. Un vêtement blanc vous sera remis qui signifiera que vous êtes enveloppé par la grâce de Jésus, par le cadeau que Jésus vous fait en vous donnant sa vie. Enfin, un cierge allumé au cierge pascal qui est le signe de la présence du Ressuscité au milieu de notre assemblée, vous sera donné. Cette lumière du Ressuscité vous devrez l’entretenir, c’est-à-dire que vous devrez vivre dans une amitié de chaque jour avec Jésus. Non seulement vous devrez entretenir cette amitié, cette relation avec Jésus, mais vous allez devenir capables, étant aidés par l’Esprit Saint, de le faire connaître autour de vous. Pas seulement par de beaux discours, mais surtout par une manière d’être. Être capable de donner chaque jour du temps au Seigneur, être capables d’aimer tous ceux que vous rencontrez, être capables de jour en jour d’être des fidèles saints, venant de dimanche en dimanche, de Pâque hebdomadaire en Pâque hebdomadaire, remercier le Seigneur, le louer, vous nourrir de sa Parole et de son corps et de son sang.

Frères et sœurs, permettez-moi de vous inviter à devenir des fidèles de l’eucharistie dominicale. Je me dois de vous le dire avec vigueur. Vous rendez-vous compte qu’aujourd’hui en France, il y a entre 3 à 5% des baptisés qui participent à la messe dominicale. Allez-vous vous réveiller, mes frères, face à un tel gâchis ? Bien du monde se plaint que rien ne va. Mais comment vivre en chrétien sans être nourri par le corps et le sang du Christ dont il nous a dit que c’était une nourriture, comme sa Parole ? Comment voulez-vous avoir une foi vive et être capables d’évangéliser tous nos frères et sœurs aujourd’hui très nombreux qui sont dans la nuit, car ils ne connaissent pas le Christ ? Le Christ est la lumière du monde, cette lumière nous a été donnée, nous en sommes responsables ; si nous avons un soupçon d’amour pour nos frères, nous devons sans cesse essayer leur faire connaître le Ressuscité.

Jésus est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

Amen

† Jean Legrez, o.p.

Archevêque d’Albi