Homélie pour la Veillée pascale

Frères et sœurs,

Nous venons de l’entendre, à l’aurore, le premier jour de la semaine, la découverte est celle d’un tombeau vide. Les femmes qui étaient venues tôt pour embaumer le corps de Jésus, le trouvent vide. Deux hommes mystérieux leur annoncent qu’il faut le chercher parmi les vivants, alors qu’il n’est plus là et qu’elle l’ont vu mort deux jours auparavant. Il est vivant, il n’est plus parmi les morts, il est ressuscité. Étonnées, bouleversées, la réaction des saintes femmes est d’immédiatement aller prévenir les Apôtres qui ne les croient pas. Radotage de femmes, pensent-ils. Pour beaucoup, aujourd’hui, c’est encore le cas. Il est même très frappant de constater qu’un certain nombre de personnes qui se disent catholiques, dans des sondages, ont beaucoup de mal avec ce grand mystère et souvent répondent qu’ils ne croient pas à la résurrection, en particulier à la résurrection des corps, qu’il s’agisse de celle du Christ ou de la nôtre. Quel mystère, quel grand mystère, il faut bien le reconnaître que cette résurrection de Jésus qui s’est levé du tombeau pour finalement, au lendemain, apparaître aux siens. D’après le passage de l’évangile de Jean que nous venons d’entendre, Pierre se déplace, il trouve le tombeau vide. Et il repart. Que peut bien signifier pour nous au cœur de cette nuit sainte, ce tombeau vide ? Si nous sommes là ce soir, c’est bien parce que  nous croyons qu’il est ressuscité, qu’il est vivant et qu’il s’est levé du tombeau pour nous donner la vie, pour réaliser une nouvelle création.

Nous avons entendu, en première lecture le récit magnifique de la création. Nous avons vibrés grâce à cet orgue sublime, à l’éveil de la vie dans le cosmos et finalement du premier couple humain. Pourtant cette création si belle, avait besoin d’être renouvelée. Le Christ ressuscité vient véritablement entamer en notre faveur une nouvelle création qui va se réaliser par le don de l’Esprit. Jésus est sorti vivant du tombeau. D’une certaine manière, la sortie d’Égypte avec les hébreux qui quittent le pays de la mort, le pays de l’esclavage et qui traversent cette mystérieuse mer Rouge sans qu’elle les submerge est une annonce de la sortie du Christ du séjour des morts. Sa Pâque nous libère de tout esclavage et nous fait passer par les eaux du baptême pour nous donner sa propre vie. Cette nouvelle création, Ézéchiel à son tour l’avait annoncée lorsqu’il nous dit, de la part du Seigneur, qu’il répandra sur toutes les nations une eau pure, une eau qui purifiera et qui, en même temps, permettra à ceux qui seront purifiés de recevoir un cœur nouveau, un cœur de chair, un cœur fait pour battre dorénavant au rythme du cœur de Dieu par la puissance de l’Esprit.

Dans le passage de l’épître aux Romains que nous avons entendu, il nous était dit que nous sommes morts au péché pour vivre avec le Christ. Avec la force de l’Esprit il devient possible de renoncer au péché pour sans cesse vivre avec le Christ. Au cours de cette veillée plusieurs baptêmes d’adultes vont être célébrés, et nous allons revivre ce que la liturgie de la Parole nous a annoncé. Tout d’abord les catéchumènes, mais aussi nous tous, peuple de Dieu, nous renouvellerons notre renoncement au péché. Puis nous proclamerons notre foi, notre confiance dans ce Dieu sauveur. Puis viendra, pour les catéchumènes, le passage par les eaux qui leur donneront l’Esprit, afin qu’ils deviennent temple de l’Esprit Saint. L’onction avec l’huile parfumée nommé saint chrême attestera cette inhabitation de l’Esprit en eux. Devenus de nouvelles créatures, ils pourront revêtir le vêtement blanc qui rappelle que nous sommes enveloppés par la grâce. Le vêtement blanc est le vêtement des chrétiens qui sont sauvés et habillés, en quelque sorte, par la grâce divine. Puis les néophytes recevront la lumière, cette lumière qui est le Christ ; le Christ est la lumière du monde. Par le baptême, devenus membres du corps du Christ, devenus d’autres christs, ils seront appelés à rayonner avec joie tout au long de leur existence. Telle est notre vocation à tous : rayonner la vie divine reçue au baptême et annoncer autour de nous les merveilles de Dieu en notre faveur.

Chers catéchumènes, jour après jour, vous êtes appelés à devenir des saints ; c’est la vocation de tout baptisé. Cela se réalise dans une docilité et une obéissance sans cesse renouvelées à cet Esprit qui vit en nous, qui éclaire nos consciences, qui met nos pas dans ceux de Jésus pour aller vers le Père. Nous sommes tous appelés à devenir, jour après jour, des saints en laissant croître en nous la vie de Dieu reçue au jour de notre baptême. Rendons grâce dans la joie au Christ ressuscité et soyons capables, en cette Pâque, de rayonner la joie du Ressuscité, la paix du Ressuscité qu’il nous apporte et qu’il renouvelle sans cesse dans nos vies par la croissance de la vie de l’Esprit.

Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi