Homélie du jour de Noël

 

Frères et sœurs,

Le sentiment qui habite tout croyant en ce jour, c’est véritablement la joie, un des premiers fruits de l’Esprit Saint. « Éclatez en cris de joie » dit le prophète Isaïe en annonçant la venue du Messie. Il est venu ! Au cœur de cette nuit nous avons écouté le récit de sa naissance. Ce matin avec la messe de l’aurore, nous avons vu comment ceux qui ont été les premiers bénéficiaires de l’annonce de la naissance du Messie, les bergers, n’ont pas pu garder pour eux cette bonne nouvelle. Ils ont cru au message de l’ange, ils se sont rendus à Bethléem et ils ont vu réellement un petit enfant nouveau-né dans une mangeoire. Cet évènement, ils ne l’ont pas gardé pour eux, immédiatement ils ont été annoncer autour d’eux cette naissance.

Avec la liturgie de cette messe du jour, et tout spécialement avec ces versets de l’épître aux Hébreux et le prologue – le tout début de l’évangile selon saint Jean – nous sommes les uns et les autres placés devant ce nouveau-né. Comme c’est souvent le cas quand on tient un nouveau-né dans ses bras, nous imaginons ce qu’il va devenir, qui il est réellement, quel est son avenir. Placés devant le nouveau-né de la crèche, nous le regardons, nous le contemplons, et à l’aide de l’évangile de Jean, ce prologue qui est à la fois une introduction à l’évangile et qui est aussi une synthèse de son contenu, nous contemplons l’enfant et grâce à la Parole, cette Parole dont l’apôtre Jean nous parle avec un tel génie, nous dévoilons en quelque sorte le mystère de l’identité du nouveau-né. Ce n’est pas un enfant comme les autres. Vous l’avez entendu : « Au commencement était le Verbe. Le Verbe était Dieu ». Le Verbe, la Parole, cette Parole qui dès les premiers versets de la Genèse est créatrice. « Le Verbe était Dieu », nous sommes placés devant le mystère de ce Dieu trois fois Saint, de ce Dieu que nous appelons Trinité. Oui, avec le Père, le Verbe dès l’origine participe à la création de ce monde, ce monde qu’aujourd’hui il vient rejoindre en prenant la condition humaine.

Les prophètes l’ont annoncé et finalement le dernier, le plus grand des prophètes lui a rendu témoignage comme dit Jean, l’évangéliste : « il est venu comme témoin pour rendre témoignage à la lumière ». Cet enfant est le Verbe, il est véritablement la Parole qui prend chair. Ce Verbe est aussi la lumière et c’est ainsi que bientôt il se désignera : « Je suis la lumière du monde ». « Le Verbe était la vraie lumière », « II est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu ». Oui, il est vrai qu’une partie du peuple d’Israël n’a pas encore reconnu son Messie, mais n’oublions pas que si nous sommes là aujourd’hui c’est bien parce que, une autre partie du peuple d’Israël l’a reconnu et nous l’a fait connaître. Aujourd’hui tant d’hommes et de femmes qui ont connu, du moins, qui ont entendu parler du Messie, du Sauveur du monde, ont pris des distances non seulement par rapport au Sauveur, mais par rapport à celui qui l’a envoyé, par rapport à Dieu. Il est quand même très curieux que dans notre société moderne depuis des semaines nos rues soient illuminées, et que la plupart de nos concitoyens ne savent même plus pourquoi, pour qui de telles manifestations, de telles fêtes. Il est étrange que nous célébrions aujourd’hui l’anniversaire d’une personne et que cette personne soit absente la plupart du temps des lieux où l’on fait la fête.

Quant à nous, sans aucun mérite de notre part, nous avons le privilège de connaître celui qui est venu sauver le monde, Jésus. Son nom signifie « Dieu sauve ». Si nous avons ce privilège, c’est tout simplement en raison même de la bonté, de la bienveillance du Seigneur. C’est donc une invitation pour nous à ne pas être absorbés par le climat du monde et d’être capables de fidèlité à l’enseignement que le Verbe est venu nous faire connaître. S’il est venu habiter parmi nous, comme dit l’Écriture, c’est bien pour nous faire connaître le plan de Dieu sur l’humanité. Nous avons reçu « la grâce et la Vérité par Jésus Christ ». En connaissant le Christ, le Sauveur du monde, nous avons reçu le cadeau par excellence, la grâce qui nous fait découvrir que non seulement, nous sommes hommes, et que nous sommes appelés à être divinisés, à partager la vie même de Dieu. Il est venu pour cela, pour nous faire partager sa vie. De toute éternité, c’est ce que Dieu a voulu. Il nous a créés par amour, pour vivre dans son amour. Il fallait que le Fils de Dieu, ce Verbe qui est aussi qualifié de Fils de Dieu, qui vit dans le sein du Père, quitte le sein du Père pour nous faire connaître le Père. Je crois que depuis plusieurs siècles dans l’Occident qui est le nôtre, des philosophes en particulier, se sont obstinés à faire disparaître le Père à tel point qu’aujourd’hui beaucoup de jeunes sont sans Père. S’il n’y a pas de père, comment les hommes peuvent-ils se reconnaître appelés à partager de manière fraternelle le meilleur de la création ?

Les difficultés, les crises que rencontre la société actuelle – pas seulement en France, dans toute l’Europe – nous montre à quel point un monde sans Dieu devient un monde invivable, un monde où chacun pense d’abord à ses propres intérêts, vit dans l’individualisme, vit dans un certain égoïsme, vit dans la recherche avant tout de son bien-être et de son plaisir. Nos sociétés sont tombées dans un matérialisme qui nous aveugle, qui nous empêche de discerner notre véritable destinée. Nous sommes faits pour aimer, nous avons été créés par amour pour vivre dans l’amour d’ores et déjà, donc dans une véritable justice, dans un partage réel, dans une bienveillance certaine à l’égard de tous, quelle que soit la couleur de leur peau et leur aventure. Nous sommes faits pour aimer comme Dieu aime. C’est le point culminant de l’évangile selon saint Jean, lorsque Jésus va entrer dans sa Passion il nous dit : « aimez-vous les uns les autres ». Déjà depuis l’ancienne Alliance les commandements invitaient à l’amour, à aimer le prochain comme soi-même. Mais il ne s’agit plus, frères et sœurs, d’aimer le prochain comme soi-même, le Seigneur nous commande : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Noël nous apprend justement ce secret du bonheur qui consiste à se laisser aimer pour aimer comme Dieu aime. Il ne faut pas s’étonner que tant de difficultés que nous connaissons aujourd’hui soient liées à la perte de la connaissance de Dieu. Frères et sœurs, permettez-moi de vous inviter, tout spécialement en ce jour où vous allez vous retrouver en famille selon la coutume, à oser parler de Dieu à table, parler de votre propre expérience de ce Sauveur, ce Sauveur avec lequel nous pouvons entretenir une relation d’amitié quotidienne. Si vous pouviez dire à tous ceux qui vous entourent et qui ne croient pas forcément en Dieu, à quel point la connaissance du Christ change votre vie quotidienne. Oui, soyons aujourd’hui comme les bergers qui après avoir entendu le message ont été le raconter à tout leur entourage. Il est urgent de quitter un monde sans Dieu. Nous qui sommes les baptisés d’aujourd’hui nous avons tous la mission de le faire connaître dans l’humilité, dans la simplicité. Surtout pas d’arrogance, soyons vrais. Nous sommes tous des pauvres, des pauvres qui cherchons Dieu, à qui Dieu se fait connaître quand on lui ouvre les portes de son cœur. Des pauvres qui savons lorsque nous nous laissons toucher par le Messie, par le Sauveur, qu’il nous porte en nous conduisant tout au long de notre vie vers le Père des miséricordes qui est amour. Osons, de plus en plus, dans la simplicité et l’humilité, dire notre foi. Tant d’hommes et de femmes aujourd’hui cherchent un sens à leur existence et n’ont même plus idée qu’un Dieu puisse exister et que le Messie s’appelle Jésus.

Je ne sais pas si vous vous en rendez compte – il faut se réveiller – la plupart des enfants de France aujourd’hui n’entendent jamais parler de Jésus. Pour l’évêque que je suis, je vous avoue, que c’est un tracas, c’est un souci, c’est une angoisse ! Comment se fait-il que nous n’osions plus faire connaître celui qui donne sens à toute vie humaine ? Comment se fait-il qu’après vingt siècles d’évangélisation dans une Europe comme la nôtre dont les racines sont évidemment sont chrétiennes, l’Histoire le prouve, nous n’osions plus être des disciples du Dieu qui est amour et qui a voulu tout partager de notre condition humaine jusqu’à la douleur et à la mort pour nous faire découvrir son amour. Ne croyez pas que je suis pessimiste. A l’heure actuelle et dans d’autres parties du monde, l’Église est en pleine expansion. Il nous faut nous convertir pour notre bonheur et le bonheur des générations qui viennent. Je ne comprends pas, frères et sœurs que nous soyons si silencieux, je vous invite instamment, pas seulement le jour de Noël, mais au long de l’année qui vient, à oser être des missionnaires, des disciples-missionnaires de l’Évangile, comme dit le Pape François.

Amen

† Jean Legrez, o.p.

Archevêque d’Albi

En la cathédrale Sainte-Cécile, Albi

Sainte Famille Sœur Mercedes, Abbaye Sainte-Scholastique