Homélie de la fête de la Toussaint 2018

Frères et sœurs,

Dans la période actuelle de la vie de l’Église où les médias soulignent sans cesse les crimes commis par des chrétiens, en particulier des clercs et des religieux, où les injustices, les erreurs dont sont responsables des chrétiens sont jetés régulièrement en pâture à la curiosité de nos contemporains, il peut apparaître déplacé ou pour le moins audacieux, de célébrer la sainteté de l’Église, la sainteté de nombreux frères et sœurs connus et inconnus qui ont été des disciples fervents du Christ, notre Sauveur. La sagesse populaire soutient que le bien ne fait pas de bruit. Il me semble qu’il en va de même pour la sainteté.

Nous croyons que l’Église est sainte. Certes tous ses membres ne sont pas encore des saints accomplis, mais « parce que Dieu est saint et qu’il agit en elle », il est juste par conséquent de qualifier ainsi l’Église, car elle est le peuple de Dieu composé de membres saints. Chaque baptisé, uni au Christ et sanctifié par lui en raison de la présence du Saint Esprit en lui, est saint. Le don de Dieu par excellence qu’est l’Esprit Saint nous lie au seul Saint, Dieu. Si nous collaborons avec lui, il nous permets de progresser sur le chemin de la sainteté. De conversion en conversion, de purification en purification, les pécheurs que nous sommes sont tous appelés à rayonner la sainteté de Dieu en grandissant dans la charité qui est aussi bien amour de Dieu qu’amour de nos frères. « La charité est l’âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés. Elle dirige tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) n° 826).

Vraiment « la sainteté est le visage le plus beau de l’Église », elle est le reflet de la vie divine, c’est-à-dire de l’amour divin, qui se communique aux uns d’une manière, aux autres d’une autre manière. La sainteté n’est pas réservée à certains, elle est la vocation commune des baptisés. Le Pape François dans sa récente exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel s’exprime ainsi : « Tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve » (Exhort. Apost. Pape François, Gaudete et Exsultate (GE n° 14).

Le Pape poursuit avec simplicité : « Laisse la grâce de ton baptême porter du fruit dans un cheminement de sainteté. Permets que tout soit ouvert à Dieu et pour cela choisis-le, choisis Dieu sans relâche. Ne te décourage pas, parce que tu as la force de l’Esprit Saint pour que ce soit possible ; et la sainteté, au fond, c’est le fruit de l’Esprit Saint dans ta vie (cf. Ga 5, 22-23). Quand tu sens la tentation de t’enliser dans ta fragilité, lève les yeux vers le Crucifié et dis-lui : ‘‘Seigneur, je suis un pauvre, mais tu peux réaliser le miracle de me rendre meilleur’’. Dans l’Église, sainte et composée de pécheurs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin pour progresser vers la sainteté » (GE n° 15). Et il ajoute : « Cette sainteté à laquelle le Seigneur t’appelle grandira par de petits gestes » (GE n° 16).

Aujourd’hui, dans l’action de grâce et la joie, la foule immense des saints, de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui ont suivi le Christ, qui ont été justifiés par son sang, se tiennent maintenant éternellement en présence de la Trinité. Quelle joie de savoir tant de nos frères et sœurs aînés dans la béatitude parce qu’ils ont su humblement se laisser transformer par l’Esprit ! Prions les saints, nos saints patrons et les saints patrons de nos paroisses, de nous offrir le goût et le désir d’être des saints. Devenir de plus en plus saint libère de tous les esclavages du péché et nous offre notre véritable dignité, celle d’être des enfants bien aimés du Père qui nous communique sa vie, sa sainteté pour notre bonheur. Alors choisirons-nous la voie du vrai bonheur ?

Amen

† Jean Legrez, o.p.

Archevêque d’Albi

En cathédrale Sainte-Cécile, Albi 

1ère lecture : Ap 7, 2-4.9-14
Psaume : 23, 1-2, 3-4ab, 5-6
2ème lecture : 1 Jn 3, 1-3
Évangile : Mt 5, 1-12a