Homélie lors de la messe à la Grotte

Lourdes, le 1er août 2018

Frères et Sœurs,

Comme il est bouleversant d’entendre saint Paul avouer : « J’ai reçu une écharde dans ma chair, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. » Ce grand apôtre fait l’expérience de sa faiblesse. Nul ne sait exactement à quoi correspond cette écharde dans la chair de Paul. Ce qui est sûr, c’est que l’apôtre est confronté au mal, à Satan. Il connaît l’épreuve qui lui fait prendre conscience de ses limites et même de sa faiblesse. Il apprend de l’épreuve que la victoire ne peut venir que du Christ.

Le pape François dans sa récente exhortation apostolique L’appel à la sainteté dans le monde actuel affirme : « La vie chrétienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Évangile. Cette lutte est très belle, car elle nous permet de célébrer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie » (n°158). Si Jésus nous a appris dans le Notre Père à demander au Père de nous délivrer du mal, c’est bien parce qu’il s’agit de lutter non pas contre un mal vague et abstrait mais contre un être personnel qui nous harcèle. « Il nous empoisonne par la haine, par la tristesse, par l’envie, par les vices » précise le pape François (n°161). Et ainsi, lorsque nous baissons la garde, il en profite pour détruire nos vies, nos familles et nos communautés, car il rôde « comme un lion rugissant cherchant qui dévorer ».

Oui, Frères et Sœurs, il s’agit bien pour chacun de nous d’apprendre jour après jour à résister constamment aux manœuvres du diable, avec les armes puissantes que le Seigneur nous offre. En premier lieu, le don de la foi reçu au baptême nous fait découvrir que « le triomphe chrétien est toujours une croix, mais une croix qui en même temps est un étendard de victoire qu’on porte avec une tendresse combative contre les assauts du mal » (n°163).

La prière, la lecture quotidienne de la Parole de Dieu, la participation à la messe dominicale, l’adoration eucharistique, la réception régulièrement du sacrement de la réconciliation, les œuvres de charité, l’annonce missionnaire de la foi sont des flèches qui paralysent l’ennemi lorsque nous les utilisons. Quelles que soient nos faiblesses, n’oublions jamais la parole du Christ à sainte Faustine Kowalska : « Pourquoi devrais-tu te disputer avec moi au sujet de ta misère ? Fais-moi plaisir, abandonne-moi toute ta pauvreté et ta misère et je te comblerai d’un trésor de grâces ».

À nous qui sommes présents au pied de la Vierge Immaculée, comme Bernadette il y a 160 ans, si possible avec un esprit d’enfance plein de confiance, semblable à celui de cette jeune fille si pauvre de biens et si riche de foi, oui, à chacun de nous, le Seigneur Jésus demande d’être sel et lumière en ce monde. Notre vocation dans la société contemporaine, là où Dieu nous place, est d’apporter la saveur de l’amour divin et cette lumière qui ouvre à la Béatitude éternelle. Ce que nous vivons ici à Lourdes, cette simplicité évangélique, ce service mutuel, cette prière quasi spontanée, est une expérience qui doit devenir fondatrice pour notre vie quotidienne. Il est possible de vivre dans la présence de Dieu, de demeurer dans la bienveillance et l’attention au prochain, de partager sa foi et même ses biens matériels avec ceux qui en sont pauvres.

Demandons les uns pour les autres, par l’intercession de la Vierge Immaculée, la grâce du courage pour mener le combat spirituel avec audace et persévérance. Si nous voulons être disciple de Jésus, souvenons-nous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. » (Luc 9, 23-24)

Comme à toutes les époques de l’histoire de l’Église, mais aujourd’hui de manière violente et parfois même perverse, certains courants de pensée puissants dans nos médias voudraient nous faire croire que, non seulement Dieu est mort, mais que l’enseignement de sa Parole est désuet et dépassé. Avec Marie et tous nos saints patrons, supplions l’Esprit Saint de nous garder fidèles à l’enseignement des Apôtres, à l’enseignement de l’Église, pour être des disciples-missionnaires joyeux et rayonnants dans nos nouvelles paroisses, nous qui croyons avec Pierre que Jésus a les paroles de la vie éternelle.

Amen.

+ Jean Legrez, op.
Archevêque d’Albi

Lectures :

2 Corinthiens 12, 7-10
Psaume 102
Matthieu 5, 13-19

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