Décès de Christian Saussol, diacre permanent
Monseigneur Jean-Louis BALSA, archevêque d’Albi,
les prêtres, les diacres et les communautés chrétiennes du diocèse d’Albi
ainsi que sa famille et ses proches,
font part du décès le 7 janvier 2026 à l’âge de 84 ans de
Christian SAUSSOL,
diacre permanent
Ils vous invitent à partager leur foi en la Résurrection,
et leur espérance en la Vie éternelle,
en participant ou en vous unissant à la messe qui sera célébrée
Samedi 10 janvier à 9h
à Castres, à l’église Sainte-Thérèse de Bisséous
suivie de l’inhumation au cimetière d’Albarède à 11h30.
Témoignage de Patrice
J’ai connu Christian quand j’avais 11 ans. Ce fut mon premier entraîneur de football. J’étais un des plus mauvais joueurs de l’équipe, pourtant Christian me faisait jouer dans l’équipe, notamment pour me donner une chance de participer et de progresser.
Un peu plus tard, mes frères et sœurs ont eu Christian comme instituteur. Ils et elles en gardent un bon souvenir.
Quand à l’âge de 16 ans, je me suis retrouvé SDF, Christian et Marie ont su ouvrir leur demeure pour me permettre de survivre.
Quand j’ai voulu reprendre des études, Christian m’a aidé à m’inscrire avec Alix qui se reconnaîtra, afin de me permettre de me resocialiser.
Quand j’ai obtenu mon permis de conduire, Christian et Marie m’ont offert leur vieille Fiat Panda, afin que je puisse chercher un travail.
Quand je me suis à nouveau trouvé sans logement, à dormir dans ma voiture avec mes deux chiens, Christian a proposé d’adopter un de mes deux chiens, Orso, qui a vécu sa meilleure vie auprès de Christian et de Marie, leur causant parfois quelques soucis !
Lors de la création de la MJC de Saint Amans Soult , Christian fut mon « prof » de photos : c’est lui qui m’a appris à développer des négatifs, tout en restant positif. Activité que les moins de 20 ans risquent de ne pas connaître.
Hanna Arendt parlait de « la banalité du mal » pour tenter d’expliquer ce qui a permis à une partie de l’humanité de sombrer dans la barbarie fasciste ou d’en être complice.
Pour ma part, je pense que Christian incarnait « la banalité du bien », sans grand discours, sans théorie, sans fioriture. Juste des actes innocents, qui ne cherchent ni la gloire, ni les lauriers, simplement des actes guidés par humanisme.
Si le paradis existe, ce dont je doute fort, il y a bien mérité sa place.
Adieu Christian. Dans nos mémoires, tu es déjà éternel.
Mot d’accueil de la famille
La famille de papa est originaire de Brousse le Château en Aveyron. Sous l’égide de Mémé Pélagie, afin de trouver une vie meilleure, toute la famille a déménagé à Castres où elle a mené une vie simple et de labeur. Papa a grandi dans l’amour d’une famille unie où la religion tenait une place importante.
Petit garçon déjà, Papa était sage et gentil. Il ne faisait pas de bêtises, ce qui ne manquait pas de questionner sa mère, Mamie Juju et ses grandes sœurs Marie-Thérèse, Yvette et Monique. Marie-Thérèse est devenue religieuse et papa, dans son jeune âge, à quant à lui songé un temps à la prêtrise. Finalement, le cours de la vie l’a amené à devenir enseignant, puis il a rencontré maman lors d’une rencontre d’instituteurs à Sorèze .
Très engagé dans sa vie professionnelle qui s’est principalement déroulée à l’école Sainte Marie à Saint-Amans-Soult, il a été instituteur et directeur d’école passionné qui aimait innover et responsabiliser ses élèves. Il était très impliqué dans la vie communautaire, s’investissant avec les parents d’élèves, dans le club de foot local, dans la paroisse avec l’abbé Michel Pailhé et la chorale, et j’en oublie certainement. Maman était un soutien indéfectible dans toutes ses entreprises.
Curieux de tout, il a été un temps correspondant de presse, ne reculant devant aucune couverture d’événement improbable. Féru d’étymologie et de toponymie, il a aussi arpenté le Canal du Midi à vélo, écumé le Tarn en quête de pigeonniers à peindre, photographié toutes les croix des chemins alentours, ainsi que les lavoirs, les fours à pain du coins, nous léguant un foisonnant dossier intitulé « Patrimoine », compilation hétéroclite de photos, d’aquarelles et encres de chine.
Il s’ est aussi investi dans différentes associations, mais son engagement le plus marquant a été au sein de l’Eglise. Il est devenu diacre, avec Bruno et Francis en 1998. Dans le cadre des missions qui lui ont été confiées, Papa a ainsi accompagné des familles dans des moments joyeux, lors de baptêmes et de mariages, mais aussi lors des moments de deuil, avec toute l’humanité dont il savait faire preuve.
Papa avait le sens du service, sa foi s’exerçait au quotidien, de façon humble, dans la vie de tous les jours, et il avait une attention particulière pour les plus fragiles d’entre nous. Tout au long de sa vie, par son attitude il nous a montré que ce qui est important, ce sont les actes, et non les déclarations d’intention et les grands discours.
Papa a aussi été un formidable grand-père, ne se lassant pas de se promener dans la nature avec ses petites filles, ainsi qu’avec Orso et Roso ses deux fidèles compagnons. C ‘était l’occasion de leur faire découvrir moult insectes, serpents et hérissons. Nos enfants ont aussi en mémoire sa légendaire gourmandise, il était régulièrement pris en flagrant délit de dégustation de gâteaux secs et chocolat. Les derniers temps, son appétence pour les petites douceurs se manifestait d’autant plus qu’il oubliait au fur et à mesure qu’il les mangeait, obligeant maman à cacher le chocolat et les animatrices de l’accueil de jour à faire placer un cadenas sur le réfrigérateur.
Papa était un roc sur lequel on pouvait toujours compter, il était très présent pour sa famille. Il formait avec maman un tandem très fusionnel, et nous avons grandi avec ce trésor inestimable, celui de nous savoir aimés.
Cet amour filial, il l’avait lui même reçu et nous l’a ensuite transmis, comme un patrimoine intemporel. Et ce que nous avons trouvé de mieux pour illustrer cela, c’est un poème qu’il a écrit en mémoire de son père, et que nous allons vous lire, parce qu’au final, c’est ça qui le caractérisait le mieux, son amour pour ses proches.
Noël : souvenir de mon père …
Ah, ce soir de Noël,
La joie d’être en famille,
Près d’un sapin qui brille ;
Cachant dessous ses ailes
De merveilleux jouets.
Mon père, tu n’es plus.
Mon père, tu es loin
Et cependant si près
Par un pauvre jouet.
Puisque pauvre d’argent ,
Il t’avait rien coûté,
Mais si riche d’amour
Qui l’avait façonné,
Car, oui, ce soir, c’est vrai :
Au fond de ma mémoire
Bouge un petit camion :
Un petit camion rouge
Par toi confectionné.
Je me souviens aussi
D’un joli petit lit
Que pour ma sœur tu fis.
Ah ! Quelles belles heures
Avec eux on passait !
Alors je te demande
Comme un nouveau jouet
D’intercéder pour moi
Près de Lui qui commande
Simplement qu’à mes fils,
Le plus souvent je rende
Beaucoup de cet amour
Que tu donnas toujours
À tes enfants émerveillés
Par ces simples jouets :
Un petit camion rouge !…
…Ou un lit de poupées
Qui ce soir, toujours bougent
Au fond de mes pensées :
Mon père, tu es près
Cela parce qu’il est vrai
Qu’un petit camion rouge,
Et un petit lit rose,
Ca ne vaut pas grand ‘chose
Si on compte en argent
Mais c’est très important
Et ça dure toujours
Si on compte en amour.
Christian Saussol
Homélie
Quand sommes-nous venus jusqu’à toi, Seigneur ?
Quand, Christian, est-il venu jusqu’à toi Seigneur ?
Quand t’avons-nous vu, accueilli, entendu, nourri, visité ?
Quand, Christian, t’a-t-il, Seigneur, vu, accueilli, entendu, nourri, visité ?
Quand ?
Voir, entendre, sentir, goûter, toucher… le crayon et le dessin, la photo, la terre, le patrimoine, le goût des belles et bonnes choses, la découverte, le partage et le service. Dans le mot de présentation de Christian, nous avons pu entendre tout cela, tout ce qui a fait sa vie…
Dans la lecture de la lettre de saint Jean, nous l’avons entendu : Donner sa vie, se laisser toucher (attendrir) par les fragilités et les pauvretés de nos frères et sœurs, tel est le signe de l’appartenance à la vérité, tel est le signe de la présence du Dieu Amour en nous, tel est le signe de la reconnaissance et de l’accueil de nos fragilités et de nos pauvretés par Celui qui est plus grand que notre cœur, Dieu miséricordieux.
Comment tout cela ne résonnerait-il pas en faisant mémoire du chemin de Christian ? Ses engagements pour sa famille et (les familles), ses élèves, ses concitoyens de la Vallée du Thoré ou de Castres, les paroissiens de Saint-Amans ou de Bisséous… ses frères diacres et prêtres…Tels sont les signes en actes et en vérité de la présence réelle, intime du Christ dans la vie de Christian, je le crois…
Diacre, serviteur, des petits, des humbles, « avec une attention particulière pour les plus fragiles » entendions-nous dans le mot d’accueil… Diacre, serviteur de la vie aussi, de tout ce qui vit : regarder, écouter, dessiner, peindre, photographier… serviteur témoin de la Création, de sa beauté et de la grandeur de l’amour de Dieu pour chacune et chacun. Diacre, serviteur de la transmission, de la mémoire, du patrimoine, de ce « devoir d’aimer » ; « Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi, nous DEVONS donner notre vie pour nos frères ». Je crois que c’est tout cela que Christian a transmis à ses enfants, petits-enfants, élèves, choristes ou footballeurs…
L’amour est la vraie mesure de la vie, nous dit Saint-Jean, dans sa Lettre ; C’est à l’amour que vous portez, que vous vivez, que votre vie est jaugée, mesurée, évaluée… En couple avec Marie, en famille avec ses enfants, petits-enfants… Christian a aimé ; avec ce qu’il était et ce qu’il est, ce qu’il reste… avec ses grandes richesses et ses pauvretés, ses dons et ses fragilités. Voilà quelle est la teneur de son héritage, de votre héritage, de notre héritage… pas seulement en paroles, mais en actes.
Pour terminer, je reprendrai les mots de Christian, à la fin de son très beau poème, en me permettant de les préfacer : « nos actes du quotidien : accueillir, écouter, regarder, donner à manger, donner à boire, visiter… tout ce qui fait, concrètement, notre humble service… « tout cela ne vaut pas grand-chose (dit Christian à la fin de son poème), si on compte en argent, mais c’est très important… et ça dure toujours, si… on compte en amour.
André Fabre, diacre
