Homélie de mgr Jean Louis Balsa – messe chrismale 2026
HOMÉLIE DE LA MESSE CHRISMALE
31 MARS 2026
Chers frères prêtres,
Comme à la synagogue de Nazareth il y a 2000 ans, tous nos yeux sont maintenant fixés sur Jésus.
Il annonce une grande joie.
Il ne le fait pas comme quelqu’un qui parle des autres. Il n’annonce pas une réalité qui viendra un jour.
Jésus dit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi ». Jésus sait de quel Esprit il parle. Et il ajoute en effet : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». La Parole devient réalité par l’Esprit Saint.
Les actes parlent maintenant, les paroles s’accomplissent. C’est nouveau, c’est fort. « Voici que je fais toutes choses nouvelles ».
Il n’y a pas de grâce, il n’y a pas de Messie, si les promesses restent des promesses, si elles ne deviennent pas ici-bas réalité.
Chers frères prêtres, la Paroles de Jésus à la synagogue, « aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre », cette Parole embrasse toute notre vie sacerdotale et apostolique.
Pour nous aussi, il y a eu une première onction qui a commencé par un appel d’amour qui a ravi nos cœurs. Pour lui nous avons rompu nos amarres et sur cet enthousiasme authentique est descendue la force de l’Esprit, qui nous a consacrés comme prêtres.
Et à la suite de la réponse à cet appel d’amour de Jésus qui nous a oint de son Esprit Saint, selon le temps voulu par Dieu, est venu pour chacun d’entre nous l’étape pascale, qui nous a marqués comme des moments de vérité.
Chers frères prêtres, pensons aux moments de tension qui prennent des formes diverses dans nos ministères.
Il arrive à chacun, tôt ou tard, de connaître des déceptions, des fatigues, des faiblesses, l’idéal semblant se diluer devant les exigences de la réalité.
Parfois, une certaine habitude prend le dessus.
Parfois, certaines épreuves, auparavant difficilement imaginables, rendent la fidélité plus inconfortable qu’elle ne l’était auparavant.
Ces épreuves que nous avons tous eues, que nous avons et que nous aurons représentent une ligne de crête décisive pour nous qui avons reçu l’onction.
C’est bien dans nos pauvretés que nous invoquons l’Esprit Saint sur notre sacerdoce :
Nous en avons été investis tels que nous sommes et l’Esprit de Jésus reste le protagoniste silencieux de notre service.
Le peuple de Dieu ressent le souffle de l’Esprit quand les mots deviennent réalité en nous.
Les pauvres, avant les autres, les enfants, les adolescents, les femmes, et même ceux qui ont été blessés dans leur relation avec l’Église, ont le “flair” de l’Esprit Saint : ils le distinguent des autres esprits du monde, ils le reconnaissent dans la coïncidence en nous entre l’annonce et la vie.
Comme prêtres, nous pouvons devenir une prophétie accomplie, et c’est beau !
Le Saint Chrême, que nous consacrons aujourd’hui, scelle ce mystère transformateur dans les différentes étapes de la vie chrétienne.
C’est l’œuvre de Dieu, pas la nôtre : apporter la bonne nouvelle aux pauvres, la délivrance aux captifs, la vue aux aveugles, la liberté aux opprimés.
Jésus a trouvé ce passage d’Isaïe dans le rouleau, et il continue à le lire dans l’existence concrète de chacun de nous, les prêtres d’aujourd’hui.
D’abord parce que, jusqu’au dernier jour, c’est toujours Lui qui nous évangélise, qui nous libère de nos prisons, qui ouvre nos yeux, qui soulève les fardeaux chargés sur nos épaules.
Ensuite parce que, en nous appelant à sa mission et en nous insérant sacramentellement dans sa vie, Il libère d’autres aussi par nous.
Chers prêtres, chacun de nous a une Parole à accomplir. Chacun de nous a une relation avec la Parole de Dieu qui vient de loin. Nous ne la mettons au service de tous que lorsque la Bible reste notre première demeure.
En elle, chacun de nous a des pages qui lui sont chères. C’est beau et important !
Aidons aussi ceux et celles qui sont fidèles à Jésus-Christ à trouver les pages de leur vie :
peut-être les époux, lorsqu’ils choisissent les lectures de leur mariage ;
ou ceux qui sont en deuil et qui cherchent des passages pour confier à la miséricorde de Dieu et à la prière de la communauté la personne défunte.
Comme prêtres, il y a aussi une page de la Parole de Dieu où Jésus parle de la vocation de chacun au début du cheminement de chacun de nous. Par son intermédiaire, si nous la gardons, Dieu nous appelle encore pour que l’amour ne se refroidisse pas.
Chers frères prêtres, être prêtre c’est une grâce, une très grande grâce, qui n’est pas d’abord une grâce pour nous, mais pour les gens, croyants et incroyants.
Et, pour notre peuple, c’est un grand don que le Seigneur choisisse, parmi son troupeau, quelques-uns qui s’occupent exclusivement de ses brebis, celles qui sont rassemblées et celles qui sont perdues, comme des pères et des pasteurs.
C’est pourquoi, après les Paroles de Jésus qu’il a prononcées à la synagogue de Nazareth, je dis aux jeunes gens qui sont dans cette cathédrale :
Écoute bien une nouvelle fois le programme de Jésus au seuil de sa mission.
C’est aussi le programme qu’il te propose aujourd’hui : porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, travailler à la libération de tous ceux que la peur, la maladie, le péché, l’angoisse du lendemain, l’incertitude de l’avenir, retiennent captifs ou rendent malheureux.
Il y a 90 ans, un jeune comme toi, ni meilleur, ni pire que toi a écouté ce programme et il est devenu prêtre : il s’appelait Raymond Cayré, il avait 23 ans. Et à 28 ans, il a pu dire comme Jésus : « aujourd’hui, cette parole est accomplie ».
Alors ne te pose pas la question si tu dois devenir prêtre, mais entend le Seigneur qui t’appelle à être son prêtre.
Chers fidèles, peuple de l’espérance, priez aujourd’hui pour la joie des prêtres. Que la libération promise par les Écritures et nourrie par les sacrements vous parvienne par leur témoignage
De nombreuses peurs nous habitent et de terribles injustices nous entourent, mais un monde nouveau s’est déjà levé. Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a donné son Fils, Jésus. Hier, aujourd’hui et demain, Il oint nos blessures et sèche nos larmes. « Voici qu’il vient avec les nuées » (Ap 1, 7).
Alors, à Lui le règne et la gloire dans les siècles. Amen.
† Jean Louis Balsa
Archevêque d’Albi
