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Message de Noël de Mgr Jean-Louis Balsa

Un sauveur nous est né

Comment oser s’offusquer ou se plaindre de la présence de crèches au moment de Noël, dans la grande tradition de notre société, au cœur de l’espace public ?

Aurions-nous honte de présenter à nos enfants un Dieu qui aime l’humanité au point de se faire le plus petit, le plus pauvre, l’exclu parmi les exclus, pour partager leur condition et les sauver ? Aurions-nous honte de ses parents qui l’ont protégé ?

Notre société est-elle à ce point désorientée pour que des voix s’élèvent pour contester les crèches ? Sont-ils donc si blessés, ceux-là, qu’ils ne puissent se réjouir que nous soit donnée, dans notre tradition, la fragilité d’une naissance ?

Les mamans et les papas, chrétiens ou pas, qui ont eu la joie d’assister à la venue au monde de leur enfant, ont entendu son premier cri et il résonne encore à leurs oreilles.

Et bien que conscients de son extrême fragilité, ils ont donné au monde la plus belle merveille qui soit, et tout espéré pour lui.

Jésus lui-même, en naissant de la Vierge Marie, a poussé son premier cri dans la crèche de Bethléem.

Pour ses parents, les bergers et les anges qui se réjouirent de la venue de Dieu dans le monde des humains, ce fut aussi cette folle espérance : la promesse du triomphe de la Vie sur la mort.

J’invite à écouter « La Pastorale des santons de Provence » où chaque personnage de la crèche porte dans son cœur le secret souffrant de sa propre existence, en même temps que sa profonde espérance.

Pour Jésus comme pour tout être humain, sa Nativité fut, au cœur de la nuit de Bethléem, l’expérience douloureuse de n’être plus protégé dans le ventre de sa maman, et de devoir apprendre à vivre dans un monde hostile.

Ainsi, quand nous regardons la crèche, nous contemplons et nous nous réjouissons de la gravité du mystère de Dieu fait Homme, en nous rappelant les paroles que nous disons chaque dimanche : « Pour nous les hommes et pour notre salut, il descendit du Ciel ».

C’est ce « Salut » de notre monde hostile que Jésus inaugure dans la crèche de Bethléem.

Ce monde hostile, c’est que Jésus est né, non chez les humains, mais dans une étable, parmi les animaux. Un jour il dira que « le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête ».

Ce monde hostile, c’est être emmailloté comme une momie enveloppée de bandelettes. Un jour, il délivrera son ami Lazare de ses bandelettes, du tombeau en disant : « Déliez-le et laissez-le partir ».

Ce monde hostile, c’est être déposé dans une mangeoire, à la place de la nourriture des animaux. La veille de sa Passion, Jésus se fera nourriture pour l’humanité dans l’Eucharistie.

Ce premier cri de Jésus bébé rejoindra son dernier cri sur la croix avant de mourir : « Jésus cria d’une voix forte : Mon Dieu, Mon Dieu… ».

Aujourd’hui, le cri de Jésus retentit dans toute l’humanité :

Le cri des exclus pour qui Noël sera un jour comme un autre.

Le cri de ceux qui sont obligés de se déplacer à cause du climat ou de la misère, n’ayant plus rien à perdre.

Le cri de ceux pour qui Noël sera le dernier jour parce qu’ils rejoindront les millions de morts en Ukraine et en Russie, au Soudan, en Israël et à Gaza, et partout où sévit la guerre.

Et pourtant, les bergers se réjouissent parce qu’« un Sauveur nous est né ».

Les anges chantent la gloire de Dieu et la Paix pour tous les hommes.

Tout être humain peut commencer à espérer avec la venue de Dieu dans notre monde.

Pour tout être humain, la Nativité de Jésus ouvre la véritable espérance.

Puissions-nous, dans ce Noël, nous aussi, être saisis par la folie de Dieu qui s’est fait tout petit au cœur de la nuit pour que nous grandissions avec Lui en plein jour par une nouvelle naissance.

 

† Jean-Louis BALSA
Archevêque d’Albi