Homélie vigile pascale, 19 avril 2025 à la cathédrale Sainte-Cécile
J’ai eu le privilège et l’honneur de lire beaucoup de vos lettres dans lesquelles vous demandiez le baptême et bientôt la confirmation. J’ai le sentiment que vous revenez de loin, de très loin. Beaucoup d’entre vous ont traversé des moments difficiles et vous avez souvent exprimé combien Dieu est venu vous chercher dans la difficulté et l’obscurité.
Dieu vous avait déjà donné rendez-vous à un moment de votre histoire. Ce soir, il vous donne un rendez-vous définitif. Il va vous adopter comme l’un de ses enfants. De toute éternité, il avait fixé ce rendez-vous, sachant dans son cœur que vous seriez là, présents dans cette cathédrale, pour dire : « Me voici. » Vous allez revenir à vous-mêmes. Vous étiez loin, très loin pour certains, et pourtant, miraculeusement, Dieu vous a fait signe et vous avez été capables de l’entendre. Vous avez aussi rencontré de nombreux témoins sur votre chemin. Là encore, vous pouvez rendre grâce : Dieu a mis sur votre route des chrétiens ou des événements qui vous ont éveillés.
À un moment donné, comme vous en témoignez dans vos lettres, vous vous êtes dit dans votre cœur : « Seigneur, aide-moi. » Vous avez reconnu que c’était Lui qui vous sortait de la mort. Cette mort, beaucoup d’entre vous l’ont rencontrée, d’une manière ou d’une autre : par la perte de proches, ou à travers vos propres destructions intérieures, vos obscurités. Peut-être pensiez-vous qu’il n’y aurait pas d’issue. Mais Dieu a décidé de vous faire grâce.
Beaucoup d’entre vous ont péché, beaucoup péché. Et comme le dit Saint Paul, « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ». Non pas que le péché soit un bien en soi, mais sans cette chute, peut-être ne vous seriez-vous jamais tournés vers Dieu en disant : « Ça ne peut pas continuer. » Et voilà que vous êtes ici ce soir.
Dans quelques instants, vous allez passer de la mort à la vie, de manière définitive. Vous allez franchir le seuil, comme sur le Jugement dernier représenté derrière moi : vous quitterez le côté de la mort terrible, situé ici à gauche pour entrer dans la vie extraordinaire, située à droite. Ces fresques, c’est vous qu’elles représentent. Vous êtes en train de sortir de cette mort qui défigure, qui nous empêche d’avancer, qui nous fait du mal à nous-mêmes et aux autres.
Ce soir, définitivement, Dieu est de votre côté. Il a tout fait pour vous rencontrer. Il y a deux mille ans, il a payé très cher pour cela : Dieu s’est fait homme pour s’approcher de nous jusque dans notre condition la plus terrible, celle de la mort. Et cette mort qu’il a vécue n’est pas un accident ; c’est cette même mort qui nous défigure, qui nous fait sombrer. Il a voulu la vivre pour qu’elle ne nous sépare plus de lui. En la vivant, il nous relève, il nous redonne la vie. Ce soir, il prend votre mort sur lui pour vous faire passer de la mort à la vie.
Nous pouvons vraiment rendre grâce au Seigneur. Vous êtes en train de passer de l’enfer au paradis, comme celui qui, crucifié aux côtés de Jésus, lui disait : « Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. » Aujourd’hui, il se souvient de vous et il vous entraîne avec lui vers la vie.
Alors, votre vie sera-t-elle désormais une assurance tous risques ? Non. Il y aura encore des formes de mort à traverser, inévitablement. Mais ces morts ne seront pas le dernier mot. Avec l’aide du Seigneur et de son Esprit Saint, vous pourrez toujours croire et expérimenter que la vie est plus forte que la mort, en Jésus-Christ.
Nous avons entendu tout à l’heure les grands récits de la Bible qui racontent comment Dieu s’est approché de l’homme : en créant la lumière, le ciel, la terre, les plantes, les animaux, et enfin, l’être humain. Imaginez le risque gigantesque que Dieu a pris ! Il aurait pu s’arrêter aux animaux, programmés par leur nature, sans grand risque. Mais il a voulu des êtres humains, libres, capables de faire le bien… ou de faire le mal. Voyez ce que l’humanité a pu infliger à la terre : les guerres, les millions de morts. Ce n’était pas le projet de Dieu. Son projet, c’était la vie. Et il n’a jamais renié ce projet.
Dans l’Ancien Testament, nous avons entendu que Dieu s’est un temps interrogé : devait-il tout arrêter ? Mais il a choisi une autre voie : celle de l’alliance. Ce soir, vous êtes cette alliance. Vous êtes le signe que Dieu croit encore en l’humanité.
Comment être capables d’être comme Lui ? Saint Paul l’a dit très clairement : si nous avons été unis à Lui par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable. Mourir, nous mourrons tous. Mais de quelle mort ? Non d’une mort accidentelle ou passive, mais d’une mort qui est don de soi : pour les autres, par amour. Déjà, les parents, en se donnant à leurs enfants, vivent une forme de mort semblable à celle du Christ. Et c’est à cela que le Seigneur nous appelle : à vivre une mort qui soit don.
Tout à l’heure, vous serez plongés dans l’eau du baptême. Vous ne serez pas, comme les premiers chrétiens, immergés jusqu’à suffoquer avant d’être remontés. Mais ne croyez pas que ce soit un simple geste symbolique, comme on arroserait une plante. Non : cette eau vous lavera. Elle sera sale après vous, et vous, vous serez propres. En entrant dans le tombeau du Christ – car ce baptistère est son tombeau –, vous serez lavés par Lui de tous vos péchés, ce soir et pour toujours.
† Jean-Louis BALSA
Archevêque d’Albi