Albi, église Sainte-Madeleine

Albi Madeleine 1

L’église de la Madeleine (XIXe siècle) au large parvis arboré fut construite sous le Second Empire pour remplacer l’ancienne église du Griffoul, selon les plans de l’architecte Rivet de Toulouse. À cette époque, l’église de la Madeleine de Paris venait d’être terminée (1842). Les paroissiens de la Madeleine d’Albi chercheront à faire de leur église une « imitation » de la Madeleine de Paris dont les plans dataient de 1810. Ceci peut expliquer le style de notre église plutôt « Premier Empire », assez inattendu au beau milieu du XIXe siècle.

La façade présente une double colonnade, d’ordre dorique à l’étage inférieur, ionique à l’étage supérieur. Cette façade était initialement aveugle. Les emplacements des verrières actuelles devaient être occupés par des niches comme celles qui subsistent à l’étage supérieur. La croix de fer qui se trouve sur le parvis devait occuper la niche centrale de l’étage supérieur.
Jusqu’en 1860, l’intérieur de l’église est resté intégralement blanc, sans peintures murales ni vitraux. Maître autel, chaire en marbre blanc, quelques tableaux et statues, le grand crucifix, les stalles et des éléments d’autels latéraux récupérés dans l’ancienne église étaient les seuls ornements auxquels s’ajoutaient les tableaux du chemin de croix offerts par le curé Robert en 1852.

À partir de 1860, d’importants travaux d’embellissement sont réalisés, en particulier sous l’égide du curé Michaud (curé de 1859 à 1890).

Dimensions : Longueur du vaisseau : 46 m Largeur : 22 m
Hauteur de la voûte : 17 m Hauteur de la tour : 46 m

Les chapelles

Mise en page 1

1 – La chapelle de la Vierge : contient un grand tableau de la Visitation.
À noter, en bas à gauche, le symbole du Sacré-Cœur en guise de signature ; c’est aussi la chapelle du saint sacrement.
Ce tableau provenant du couvent de la Visitation tout proche et aujourd’hui disparu, date du XVIIe ou du XVIIIe siècle.

2 – La chapelle saint Philippe : en marbre. La statue de saint Philippe qui l’ornait a été remplacée par une statue de sainte Thérèse de Lisieux (probablement après 1950). Toujours en place dans cette chapelle, un très bel harmonium Debain de 1864.

3 – L’autel à saint François de Sales dont la dévotion trouve son origine dans le couvent de la Visitation.

4 – L’autel dédié à sainte Jeanne : il s’agit ici, non pas de Jeanne de Chantal mais de sainte Jeanne de Valois , fille de Louis XI et reine de France ainsi que l’atteste la couronne qu’elle porte.
Cet autel a été construit en 1865.

5 – Ici pas de chapelle. Il y a quelques années, cet espace était meublé d’un confessionnal. Nous y retrouvons les statues enlevées des autels latéraux saint Philippe (remplacé en son autel par sainte Thérèse) et saint Roch (remplacé par saint Joseph).
6 – Sur le mur de cette travée, un grand tableau de saint Félix provenant de l’ancienne église.

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7 – Cette dernière chapelle est celle des fonts baptismaux. On y remarque : l’autel en bois sculpté et peint avec deux anges supportant une vasque en forme de coquille (XVIIIe) et le reliquaire de sainte Jeanne de Chantal.

On y retrouve aussi au-dessus de l’autel, une statue de saint Jean-Baptiste (fin XVIIe début XVIIIe) récemment reconstituée (2010) à partir de fragments retrouvés dans les combles de l’église.

8 – Cette travée abrite un grand tableau représentant sainte Madeleine et Jésus qui prêche.

9 – La chapelle du Sacré-Cœur. C’est la plus richement ornée de l’église. Autel édifié en marbre de Carrare avec incrustations de brèche et Californie et de sarrancolin, colonnes dont les bases et les chapiteaux sont en bronze doré. Dans le retable, une vieille toile (provenant du couvent de la Visitation) d’une chaude couleur où des anges adorateurs forment une gracieuse couronne au cœur de celui qui a tant aimé les hommes.

À droite de cet autel, un cadre, promulgation par l’archevêque d’Albi d’une bulle de Clément XI accordant des indulgences aux membres de la confrérie des saints cœurs de Jésus et Marie. À gauche Benoît XV érigeant cette confrérie en archiconfrérie.

Albi Madeleine 410 – Cet autel était initialement dédié à saint Roch. La statue du saint se trouve aujourd’hui (en compagnie de saint Philippe) dans la chapelle voisine de sainte Jeanne. Elle a été remplacée par saint Joseph, probablement en référence à l’ancien couvent des sœurs de saint Joseph près de l’église.

11 – L’autel de sainte Cécile date de 1865 : il est gris céramique avec ornementation en bas-relief et décoration de marbre et d’émail.

12 – L’autel consacré aux 131 enfants de la paroisse morts pour la patrie pendant la 1re guerre mondiale date de 1922 , intéressant par le bas-relief de Gabriel Pech.

13 – La travée saint Antoine ne contient pas d’autel mais simplement une statue du saint. Aux murs une toile représentant sainte Cécile jouant de la viole (provenant du couvent des Visitandines ?) et derrière le confessionnal une toile du martyre de saint Laurent (provenant de l’ancienne église)

Albi Madeleine 514 – La statue de sainte Madeleine réalisée par Gabriel Pech (un enfant de la paroisse établi à Paris 1854-1930).

Statue en bois polychrome et doré de saint Jean Baptiste, classée Monument historique le 22 juillet 2005. Retrouvée en 2004, en plus de 30 morceaux dans le grenier de l’église, la statue à la demande de la ville d’Albi avec le concours de Sylvie Desachy (conservateur des antiquités et objets d’arts) et de Laurent Barrenechea (architecte des Bâtiments de France) a été restaurée par l’atelier de Jean Michel Parrot. C’est le 14 janvier 2009 que la statue a été installée dans la chapelle du baptistère, et consacrée le dimanche 21 juin à l’issue de la messe dominicale.

Albi Madeleine 6Il s’agit de la représentation de saint Jean Baptiste debout, un mouton allongé derrière sa jambe.
Il est vêtu d’une peau de mouton et porte les cheveux longs. La statue en tilleul est constitué de deux troncs d’arbres, d’autres morceaux sont rapportés par clouage ou collés. Même si la polychromie a disparu sur plus de soixante pour cent de la surface on distingue certaines couleurs : le doré du vêtement, le noir de la chevelure, de la barbe, du mouton…
La réalisation de cette statue date de la fin du XVIIe siècle ou début XVIIIe, le style et la technique utilisés font penser qu’elle serait l’œuvre d’un artiste toulousain.
La statue mesure 1,80 m de haut (socle compris) et pèse 80 kg.

Les peintures murales
En 1861, la décoration intérieure de l’église est principalement due à Alexandre Denuelle. On lui doit la peinture de la voûte en couleur azur avec semis d’étoiles, les peintures des colonnes en faux marbre et dorure des chapiteaux.
À chaque travée on note le monogramme « SM » (Santa Magdalena) ; dans les entablements de la colonnade à la naissance des arcs est peint le vase de parfum.

Les médaillons de la voûte
15 – 1er ange : UNGENTO UNXIT PEDES : elle oignit ses pieds de parfum (Luc, VII).
16 – 2e ange : il tient une couronne d’immortelles.
17 – 3e ange : CAPILLIS CAPITIS TERGEBAT : elle essuyait avec les cheveux de sa tête (Luc VII).
18 – 4e ange : AUCULABATUR PEDES EIUS : elle baisait ses pieds.
19 – 5e ange : LACRYMIS RIGABAT PEDES : elle arrosait ses pieds de larmes (Luc VII).
20 – 6e ange : il tient le vase de parfum.
21 – 7e ange : NITORE VINCIT SIDERA : elle l’emporte en éclat sur les astres verset des laudes de sainte Marie-Madeleine).
22 – 8e ange : QUOD FECIT HAEC NARRABITUR : on racontera d’elle ce qu’elle vient de faire (Marc XIV).
23 – 9e ange : OPTIMAM PARTEM ELEGIT : elle a choisi la meilleure part (Luc X).
24 – 10e ange : il tient le vase de parfum.
25 – 11e ange : DILEXIT MULTUM : elle a beaucoup aimé.
26 – 12e ange : MAGISTER VOCAT TE : le Maître t’appelle (Jean XI).

27 – La fresque de l’abside
Sainte Madeleine étant la patronne de l’église, le fond de l’abside devait naturellement lui être consacré. La scène se passe à la fois sur terre et dans le ciel. Au centre, sainte Madeleine, portée par deux anges. Sa main droite, serrée contre sa poitrine, tient le vase de parfum, la main gauche est levée. Ses cheveux blonds sont épars et flottent sur ses épaules. Vêtue d’une robe jaune (lors des restaurations en 1965 sa robe a été repeinte en bleu) et d’un manteau bleu. Sainte Madeleine, d’une extrême beauté, est en extase. De ses yeux tournés vers le ciel, elle contemple le Christ qui la regarde les bras tendus. À sa droite, la sainte Vierge et à sa gauche, saint Jean tenant une croix. Au-dessous, dans un paysage éclairé par les dernières lueurs du soleil couchant saint Maximin. À gauche saint Lazare contemple l’entrée de sainte Madeleine dans les cieux. Cette vaste composition comprend une vingtaine de personnages de 3m de hauteur. Sous la fresque, se trouve la citation de Luc : « REMITTUNTUR EI PECCATA MULTA QUONIAM DILEXIT MULTUM » : il lui sera beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé.

28 – Le grand orgue

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Il a été construit en 1887 par la prestigieuse maison Théodore Puget Père et Fils de Toulouse. Il avait à l’origine 15 jeux et fut porté à 22 jeux en 1898. L’instrument n’a pas été modifié depuis, et reste donc un témoin extrêmement précieux de la grande facture d’orgues du XIXe siècle. Le buffet à deux corps, style baroque, est d’une grande élégance (orgue classé monument historique).

29 -Le maître autel et l’ambon
Construit en 1965 avec les matériaux de l’ancien autel, il est en marbre de Carrare. À noter, le très beau médaillon du visage de sainte Madeleine qui décore la face de l’autel. À cette même époque, la chaire a été supprimée et le marbre a été utilisé pour réaliser l’ambon.
D’après un dépliant de la Ville d’Albi

Le grand crucifix
Classé monument historique, il a repris en 1964 la place qu’il tenait jusqu’en 1904, avant l’installation de la statue monumentale de sainte Madeleine. Le Christ en bois peint date de la limite entre le XVIe et le XVIIe siècle, le socle de la croix est un ancien pied de lutrin.

Les six stalles
En deux groupes de trois sièges disposés de chaque côté du chœur datent du XVIIIe siècle. Noter les têtes d’anges qui supportent les miséricordes. La paroi du prie-dieu est composée de panneaux sculptés : croix, nuée, encensoir, ciboire, calice, Sacré-Cœur. (Classées monument historique)
La draperie pourpre qui entoure le chœur était autrefois décorée de médaillons d’or aujourd’hui effacés, mais dont on distingue encore la trace.

Les vitraux ont repris vie
Leur inauguration a eu lieu le 10 mai 2010

Albi Madeleine 8Débris d’une représentation d’un moine

Les vitraux ouest de l’église Sainte-Madeleine d’Albi -exécutés vers 1860 par le maître verrier toulousain Louis-Victor Gesta- ont été détruits par la grêle du 17 septembre 2007.

Albi Madeleine 9Débris d’une représentation d’évêque

Pour cette restauration l’option fut prise de se rapprocher au maximum des vitraux d’origine.

Albi Madeleine 10Débris d’une tête

Albi Madeleine 11Leurs plans n’existent pas dans les archives de Gesta, mais des photographies prises par l’organiste et les dessins des plombs des médaillons ont permis cette restauration.

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Le maître verrier Jean Dominique Fleury -grand connaisseur de l’œuvre de Gesta- a déposé les baies, et à partir des morceaux s’est efforcé de retrouver les couleurs, la qualité des grisailles et de reconstituer les scènes et les personnages des médaillons.

Albi Madeleine 13Élaboration du médaillon la Nativité, les restaurateurs servent de modèle aux personnages.

Posée à l’extérieur, à 10 cm environ, une grille de cuivre, garde la transparence de l’ensemble et protège ces nouveaux vitraux.

Le vitrail du Christ se lit de bas en haut, les médaillons évoquent sa naissance, sa mort sur la croix et sa résurrection.

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Près du chœur se font face le vitrail du Christ et celui de la Vierge Marie, les autres vitraux évoquent les grands saints de l’Église : Paul et Marie-Madeleine, Émile, Charles Borromée, François de Sales, Raymond, Louis, Claire …
À travers ces vitraux la lumière ordinaire un peu transformée nous invite, dans ce lieu de prière et de recueillement, à nous sentir appelés à la sainteté.

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Vitrail saint Louis

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Vitrail saint François de Sales

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Vitrail saint Émile

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Vitrail sainte Claire

Le carillon
Le clocher (octogonal sur base carrée) qui le loge est construit en brique. Nous sommes ici en présence d’un carillon intéressant, issu dans son intégralité de la fonderie JB POUCEL. Il est regrettable que le clavier manuel ait disparu.

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Parmi les nombreux livres qui relatent l’histoire d’Albi, rares sont ceux qui évoquent le quartier séparé du centre-ville par le Tarn. Autrefois appelé Bout-du-Pont, la Madeleine nous livre dans le bel ouvrage de Martine Chabrillat les secrets de son histoire.

L’ouvrage proposé par Martine Chabrillat, en étroite collaboration avec le Père Jean-Marc Vigroux, le carillonneur Jean-Pierre Carme et l’organiste Jacques Schwarzentruber nous offre un parcours richement illustré dans l’église et ses environs, permettant au lecteur de découvrir la riche mémoire religieuse de ce faubourg, d’entrer en communion avec tous ceux qui ont nourri cette histoire et de participer à la vitalité actuelle de la paroisse.

Photos en détail et explications des vitraux, visite du clocher et de l’orgue, reproductions de plans historiques de l’église et du quartier, présentation des deux monastères de femmes et d’hommes, aujourd’hui en partie disparus, le monastère de la Visitation et le couvent des Capucins… Ce livre nous fait découvrir les mutations progressives du faubourg et de l’église Sainte-Marie-Madeleine dont il tire son identité.

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