Du marché à la prison, des étudiants témoignent de leur foi

Article publié par La Vie

Avec la Caravane missionnaire, l’aumônerie étudiante de Toulouse va à la rencontre de paroisses rurales. Dans le Tarn, la cité de Lavaur vient de les accueillir.

« C‘est important que les gens sentent à quel point, quand Dieu est dans notre vie, ça change tout… » Delphine, infirmière fraîchement diplômée, a organisé la mission partie à la rencontre des Vauréens, dans le Tarn, du 14 au 16 février. La jeune femme participe à la Caravane missionnaire depuis sa création, il y a quatre ans : « Je trouve primordial de se secouer pour devenir missionnaires, pour partager nos forces vives avec les paroisses rurales qui, parfois, s’essoufflent. » Comme elle, une quarantaine de volontaires de la paroisse étudiante Saint-Pierre des Chartreux ont pris la route de Lavaur et ont été hébergés chez des habitants.

La rencontre de deux mondes

Depuis septembre 2019, date d’arrivée du nouveau curé du groupe, Damien Verley, les jeunes partent en mission une fois par mois. « Ils sont venus, il y a trois ans, à l’Isle-en-Dodon, lieu de mon précédent ministère, précise-t-il. Ces missions portent de nombreux fruits. La rencontre de deux mondes très différents stimule les uns et les autres. Les paroissiens témoignent de leur fidélité dans la foi. Ils sont aiguillonnés par ces jeunes enthousiastes, qui sont les premiers à être évangélisés. » Ces missions montrent que l’Église est pleinement vivante.

Au programme de ces trois jours : une rencontre avec des collégiens et des lycéens, une tournée au marché, des visites à domicile et en institution auprès de malades ou de personnes âgées et dans une prison pour mineurs… À chaque visite, la chorale étudiante Lauda Mission a donné un concert et échangé avec le public. Florence Torrents, responsable d’une aumônerie de collégiens et lycéens, a souhaité accueillir « ces étudiants décomplexés ». Son intuition ? Leur témoignage peut aider les adolescents, tiraillés entre leur foi et leur environnement, à atteindre une cohérence de vie. « Ils ont tellement soif. Ils ont tant besoin de se recentrer sur l’essentiel. À l’heure où les écrans envahissent leur quotidien, ils recherchent le silence », remarque-t-elle.

Avec des enfants du caté (c) Antoine de Ferluc

Toucher les cœurs

La Caravane missionnaire s’est appuyée sur la prière des paroissiens, des étudiants et des Clarisses, communauté très ancrée à Lavaur, qui les a accueillis le vendredi soir. Sur le marché, le samedi matin, ils ont échangé avec les habitués et les ont invités à la veillée de prière animée par les étudiants. Le saint sacrement y était exposé, la confession proposée et la beauté des chants comme la profondeur des textes lus en alternance ont touché les cœurs.

Point de vision idyllique néanmoins. « Parfois, nous sommes mal accueillis. Nous nous heurtons à un mur d’indifférence. Mais c’est bon pour l’humilité ! », reconnaît Élise, étudiante à l’Énac (École nationale de l’aviation civile). Simon, étudiant en ingénierie, récemment converti, est allé visiter des personnes âgées très dépendantes. « Je voulais être au contact des plus fragiles », confie-t-il. Élise, pleine d’ardeur, témoigne : « Dieu met un tel bonheur dans mon cœur que j’ai envie de le partager ! Je vois tant de personnes tristes, qui cherchent un sens à leur vie, que je ne peux pas me taire. » Frère Antoine, dominicain qui participait à la mission, résume : « Annoncer le Christ simplement, sans gros moyens, nous stimule. La foi est le seul trésor qui grandit à mesure qu’on le distribue. »

Publié le 27/02/2020 à 10h49
Isabelle Le Ché

(c) Camille de Languautier
L'église Saint-François ouvre ses portes pour une soirée de prière (c) Camille de Langautier

Prix Espérance, avec La Vie

Dans le cadre du Prix Espérance lancé en janvier par La Vie pour ses 75 ans soutenez les initiatives solidaires ou missionnaires qui vous tiennent à cœur !

7 initiatives solidaires et/ou 7 initiatives missionnaire sont proposées aux votes.Quatre d’entre elles seront récompensées en fin d’année lors d’une soirée à Paris. Les initiatives lauréates recevront chacune la somme de 2500€.

La Caravane missionnaire fait partie des initiatives proposées.

www.lavie.fr/prix-esperance/

La Caravane missionnaire sur le parvis de Saint-Alain, après la messe dominicale (c) Antoine de Ferluc

On m’avait dit : « Tu iras avec quelques jeunes de Lauda Mission chanter à la prison pour mineurs de Lavaur ». Nous voilà donc partis (une dizaine) pour le centre de détention, l’aumônier (un laïc, Charly) me dit qu’il s’attend à ce qu’il y ait environ six jeunes. Je pensais, naïvement, que la prison aurait l’air d’un internat fermé, mais pas beaucoup plus. Il n’en est rien, hauts murs, miradors, grilles, sas, et barreaux aux fenêtres : c’est une vraie prison ! Les jeunes qui y sont incarcérés ont entre 13 et 16ans.

Nous arrivons, et finalement, trois jeunes sont présents. Nous nous présentons, nous chantons. Bien entendu, ils ne connaissaient pas notre répertoire mais leur chant préféré fut la voix du bien aimé des Dei Amoris Cantores.

Après un petit temps de chant, nous avons eu un temps d’échange, et aussi de goûter. Je me rends vite compte que malgré leur condamnation pour un acte grave, ils restent des jeunes de seize ans, avec ce désir fougueux de la vie, de la joie. Ils racontent leurs hobbies (moto-cross, musique, etc.) et aussi leurs projets pour « l’après ». Une des choristes demandent à un jeune si ce n’est pas trop long, trop dur d’être là, et le jeune de répondre « si on ne compte pas les jours jusqu’à la sortie, on y arrive ». Mais alors comment annoncer Jésus ? Nous leur proposons de nous confier leurs intentions de prière et nous terminons la rencontre par un Notre Père. Ce temps fut aussi dépaysant pour eux que pour nous, et nous repartons de là avec plein d’intentions dans le cœur à confier à Jésus.

Frère Gabriel, o.p.