Bioéthique : discerner des enjeux d’humanité

Présenté en Conseil des ministres en juillet 2019, le projet de loi relatif à la bioéthique est soumis au Parlement pour un vote prévu en octobre 2019. Le projet de loi prévoit notamment : d’étendre l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires, de faciliter les recherches sur les cellules-souches embryonnaires humaines ou encore de donner la possibilité de congeler ses ovocytes.

Au collège des Bernardins, le 16 septembre, l’Église de France s’est engagée avec clarté sur différentes questions de bioéthique.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la CEF, et Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris et médecin, se sont inquiétés de l’aveuglement de responsables politiques et ont affirmé : « Nos sociétés se trompent collectivement lorsqu’elles prétendent résoudre les souffrances par des techniques médicales et juridiques et lorsqu’elles transforment la médecine, qui est faite pour soigner et guérir autant que possible, en une institution chargée de répondre aux demandes et aux frustrations ».

La théologienne Marie-Dominique Trébuchet a ensuite défini la fraternité comme « une responsabilité lourde pour le législateur, mais qui est celle de tous vis-à-vis des plus fragiles et des plus petits. […] Ce principe repose sur une vision de l’homme que l’on aborde par sa fragilité, sa finitude ». Puis Mgr Pierre d’Ornellas s’est appuyé sur le fameux discours de Martin Luther King pour partager sa vision de la bioéthique : « Je rêve d’une bioéthique élaborée à la lumière de la fraternité qui donne son vrai sens à la liberté et à l’égalité. […] Je rêve d’une bioéthique éclairée qui use de façon responsable des techniques ne contredisant jamais notre fraternité […] Je rêve d’une bioéthique qui ne soutienne pas le gigantesque marché de la procréation ». Bertrand et Gaëlle Lionel-Marie, tous deux avocats et responsables bioéthique des Associations Familiales Catholiques (AFC), témoignaient en fin de soirée de la façon dont ils traversent l’épreuve de l’infertilité.

« Fondamentalement, la parole de l’Église est un oui », a assuré Mgr Éric de Moulins-Beaufort en conclusion. « Un oui à la bonté et à la beauté du mariage. Un oui aux enfants qui viennent au monde. Un oui à la science et à la technique pour bâtir un monde toujours plus hospitalier (…) C’est ce oui résolu qui nous oblige à avertir l’humanité des pistes dangereuses, dépourvues de sens, où elle s’engage. »

Vidéo de l’évènement aux Bernardins. À revoir sur le site www.ktotv.com

Les Associations Familiales Catholiques (AFC), avec d’autres associations amies, regroupées sous le label « Marchons Enfants ! », appellent à manifester le 6 octobre à Paris contre la PMA pour toutes et la GPA.

Date : 6 octobre 2019
Lieu : Place Edmond Rostand, Paris 6 (Sénat)
Heure : 13h

Plus d’informations

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Livre : Bioéthique, quel monde voulons-nous ?
9 €, disponible en librairies (septembre 2019)

Mgr Pierre d’Ornellas, et le groupe bioéthique de la Conférence des évêques de France, proposent une réflexion simple et précise au moment des débats relatifs à la loi de bioéthique.

Le « modèle français de bioéthique » repose sur la dignité humaine. Il se construit en référant toute avancée scientifique et tout désir à une donnée stable : l’être humain. Celui-ci nous est donné comme un bien précieux à sauvegarder avec autant de détermination que celle que nous déployons pour protéger la planète qui nous accueille. « Tout est lié », proclame le pape François dans Laudato Si’.

La bioéthique nous pose ces redoutables questions : Comment recevoir l’être humain comme un bien qui nous précède, de la même manière que nous avons à recevoir la planète dont les écosystèmes sont si précieux pour notre vie ? Comment protéger l’Homme en comprenant qu’il n’est pas transformable à volonté sous peine de lui nuire ? Comment mieux l’estimer, en particulier le plus fragile, et construire ensemble notre « fraternité » ? Voilà de beaux enjeux d’humanité !

 

Questions et réponses de l’évêque de Nanterre

1. Pourquoi le projet de loi actuel est-il inquiétant ?

Parce que, comme l’ont déclaré unanimement tous les évêques de France, l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules « institutionnaliserait d’emblée l’absence de père ». Certes, beaucoup d’enfants grandissent déjà en l’absence de père ou avec un père défaillant, mais le drame de la « PMA pour toutes » serait de créer délibérément ce traumatisme et de supprimer a priori toute référence paternelle. D’autres mesures (concernant, par exemple, la recherche sur l’embryon ou le diagnostic prénatal) sont également gravement contraires au principe de dignité, fondateur pour notre vie en société.

2. L’Église est-elle dans son rôle en se mêlant ainsi de politique ?

La mission essentielle de l’Église est de vivre et d’annoncer l’Évangile. Mais, dans cette lumière, elle est aussi appelée à témoigner en faveur de la dignité de toute personne humaine et de la véritable fraternité. L’engagement de l’Église dans la cité est à la fois éthique et social : alors que la médecine d’urgence et de proximité est en crise, alors que les plus pauvres sont souvent privés de certains soins, donner la priorité
financière aux transgressions éthiques est encore plus choquant.

3. L’Église catholique est-elle la seule à s’opposer au projet de loi ?

L’ensemble des confessions religieuses a eu l’occasion d’exprimer de profondes réticences. La philosophe du féminisme, Sylviane Agacinski, ou le sociologue de mai 68, Jean-Pierre Le Goff, parmi d’autres intellectuels reconnus, ont manifesté leurs oppositions. L’Académie de Médecine elle-même a émis de fortes réserves. Croyants et non croyants se rencontrent donc pour estimer ce projet gravement défaillant

4. Comment réagir à ce projet en chrétiens ?

Il faut d’abord que chacun prenne le temps de réfléchir sérieusement (beaucoup de documents sont disponibles sur le site eglise.catholique.fr).
Il est ensuite important de se manifester d’une manière ou d’une autre (manifestation publique, lettres aux élus, prise de parole autour de soi…).
Il est enfin décisif d’unir, sur ce sujet comme sur tous les autres, détermination courageuse et bienveillance paisible.

5. L’Église ne sait-elle que dire « non » au progrès ?

La position de l’Église est toujours et fondamentalement un grand « oui » à la vie et parfois, quand il le faut, un « non » à ce qui la défigure. L’Église comprend et veut accompagner la souffrance des couples en attente d’enfants. Elle accueillera toujours tous les enfants, quelle que soit la manière dont ils ont été conçus. Mais le progrès n’est pas la fuite en avant sans discernement suffisant dans tout ce que permettent les nouvelles technologies. Le véritable progrès, c’est le respect de la dignité de toute personne humaine, c’est l’écologie intégrale : le respect et le développement de la vie si belle et si fragile qui nous est confiée.

Nanterre, le 23 septembre 2019.

+ Matthieu ROUGÉ
Évêque de Nanterre