La pastorale en monde rural demain
La lettre pastorale de Mgr Jean-Louis Balsa en 2024, Passons sur l’autre rive, fixe cinq priorités diocésaines – dont une sur l’avenir des communautés paroissiales, urbaines comme rurales. L’abbé Jean-Marc Vigroux et l’abbé Philippe Sènes, vicaires épiscopaux en charge des paroisses urbaines et rurales, ont organisé – avec l’appui des équipes “Terre d’Espérance” et des “Chrétiens en Monde Rural” (CMR) – une journée afin d’esquisser des pistes pour la pastorale en monde rural demain avec comme invité Aranud Favart, délégué national de la pastorale en rural.
90 personnes pour un grand champ à moissonner
Plus de 90 personnes ont répondu à l’appel des vicaires épiscopaux pour cette journée, avec la joie de voir que des jeunes sont également venus, prenant le temps sur leurs congés de Toussaint ou sur leur travail. Bien sûr, on dénombrait un certain nombre d’agriculteurs.
La rencontre s’est ouverte par un temps de prière avec une invocation à l’Esprit Saint « pour nous aider à discerner », puis un chant déjà ancien mais bien au goût du jour « Un grand champs à moissonner».

L’introduction de Mgr Jean-Louis Balsa
Mgr Balsa, « homme de la mer » qui découvre la ruralité depuis dix ans (Ardèche puis Tarn), a partagé des mots-clés pour décrire les mutations en cours : exode rural, désertification, nouvelles manières de vivre, glissements politiques, sentiment d’abandon, émergence d’une néo-ruralité, nouveaux modes de communication… et des questions : « Quelle ruralité pour aujourd’hui et pour demain ? Quelles espérances ? Et Dieu dans tout ça ? » Il a invité à discerner l’action de l’Esprit Saint à l’œuvre « indépendamment de nos plans » et à « coopérer avec lui »
Il nous invite à ne pas être l’Eglise de la préservation mais bien l’Église de la conversion, à être des chrétiens acteurs et non consommateurs. Il attend de cette journée des idées concrètes : l’Église que nous voulons, la place du prêtre et de l’eucharistie, etc.

Conférence du matin avec Monsieur Arnaud Favart
L’intervention d’Arnaud Favart, délégué national à la pastorale rurale, pose une question directrice : quelle pastorale pour le monde rural ? Trois axes structurent sa réflexion : comprendre le territoire et son histoire, vivre la présence et la proximité, et penser la paroisse comme communion de communautés.
1) Comprendre le territoire
On ne peut annoncer l’Évangile sans lire le territoire par ses paysages, son histoire et la parole de ceux qui l’habitent. La ruralité ne se réduit ni à la faible densité ni au « poumon vert » : elle subit des décisions prises ailleurs et les effets d’un aménagement centré sur les métropoles. Pourtant, des campagnes « maltraitées » deviennent laboratoires d’innovations sociales quand elles valorisent leurs ressources et savoir-faire. La pastorale, elle, a perdu le triptyque « un village, un clocher, un curé » et affronte la tentation de tout centraliser.
2) Relire la ruralité à travers la parabole du Bon Samaritain
Le père Favart a repris la parabole du Bon Samaritain comme fil conducteur pour comprendre la ruralité et la pastorale rurale, à partir de la question du scribe : « Que dois-je faire ? », devenue la nôtre : « Que devons-nous faire ? ». Cette question nous invite à une lecture synodale et délibérative. Les “territoires” du récit éclairent nos lieux : Jérusalem (centre de décision), Jéricho (périphérie), Samarie (voisinage conflictuel), le chemin (mobilité, risque, rencontre), l’auberge (tiers-lieu de soin et de confiance). Là où dominent sentiment d’abandon et absence de services, la réponse mêle initiative personnelle (le Samaritain) et hospitalité organisée (l’aubergiste). Cette grille interroge aussi l’accès aux sacrements, la tension entre normes et hospitalité évangélique, et la capacité locale à « tisser du lien ».
3) Qu’est-ce qui est vivant ?
Est vivant ce qui peut agir, prendre des initiatives, exercer des responsabilités et être reconnu. Les élargissements de périmètres (paroisses, intercommunalités) ont nourri un sentiment d’éloignement ; d’où la proposition de considérer la paroisse non comme centre unique mais comme instance qui fédère une communion de communautés (géographiques, catéchétiques, charismatiques).

Échanges en groupes : les points saillants
À l’issue de la conférence, des petits groupes ont partagé ce qui les avait interpellés et ce qu’ils retiennent pour la suite. Extraits :
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« Ce n’est pas le prêtre qui fait communauté, c’est le Christ : comment faire ? »
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« Le prêtre, c’est notre pilier. »
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« L’Église, c’est partout. »
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La paroisse : communion de communautés aux sensibilités différentes, « terre d’espérance ».
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Devenir un tiers-lieu, un lieu de partage.
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Le mot chemin retient l’attention ;
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on préfère dire baptisés plutôt que laïcs (prêtres, prophètes et rois).
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Remettre le Christ au centre de nos communautés, « plutôt que le prêtre ».
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S’organiser autour des quatre lieux de présence du Christ dans la paroisse.
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Ne pas se focaliser uniquement sur la pratique dominicale.
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« L’Église est vivante en campagne » : soigner la relation pour des réalisations communes ; outil principal : la prière.
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Oser se rencontrer, innover pour rejoindre les éloignés ; être présents dans les fêtes locales, les marchés de Noël…
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Être force de proposition sans tout attendre du prêtre ; s’ouvrir au monde, s’investir.
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Refaire du lien avec tous les habitants, au-delà des seuls paroissiens ; partir des lieux où se tissent les liens (« tricoter le lien »).
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Initier des événements et rencontres, « peu importe le nombre » ; aller visiter, rencontrer « en tant que chrétiens ».
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Saisir les opportunités de rencontre et d’écoute (obsèques, SEM, randonnées…) pour « rendre le Christ vivant ».
Le repas de midi a permis un partage de plats maison avec terrine de sanglier – le terroir était bien présent- mais surtout une belle convivialité comme on aime en vivre dans ces rencontres.
Après-midi : film, table ronde et regards croisés
Un court film a présenté Festirual, organisé par le CMR au mois d’août. Puis une table ronde a réuni une « brochette de témoins » :
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Olivier Damez, maire de Coufouleux ;
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Alexandre Calvière (paroisse Saint-Jacques), animateur dans une association d’aide à l’installation de jeunes agriculteurs ;
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Colombe Nouvel, administratrice bénévole au Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne – MRJC de la paroisse Sainte-Émilie de Villeneuve
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Didier Mouret, paysan dans les monts de Lacaune ;
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Maryse Laur de Salvagnac (nord du département)
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Philippe Sènes, curé de Castres et Jean-Marc Vigroux, curé de Graulhet
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Nicolas Carrière, agriculteur-éleveur ;
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Lucile Rul, agricultrice dans les monts de Lacaune ;
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André Favard, « notre conférencier ».
Trois questions leur ont été posées : comment percevez-vous les dynamiques du monde rural ? Quelles questions pour l’avenir ? Et Dieu dans tout ça ?
De nombreux points intéressants ont été abordés:
L’intégration des néo-ruraux, autant dans la vie publique que dans celle de l’Eglise, a occupé une large part des interventions. Des questions agricoles spécifiques ont été évoquées comme la gestion de l’eau, la diversification des productions agricoles, la reprises des fermes, la place des jeunes. Plusieurs initiatives pastorales ont été décrites comme la visite aux associations locales, aux commerces, aux diverses façons de se rencontrer et de faire connaissance. Dans notre diocèse chaque paroisse à sa part de zone rurale qui vit d’autant mieux si l’on est heureux de s’y retrouver.
Conclusion de Mgr Balsa : innover, discerner, ajuster
A Mgr Jean-Louis Balsa qui l’ avait questionné sur l’Église en France, le pape François avait répondu «En France vous essayez beaucoup de choses, je ne comprends pas tout, mais c’est bien, continuez à innover ». Mgr Balsa prenant la parabole du semeur (Mt 13) nous a donc invité à innover tout en reprenant de la hauteur spirituelle. Il a salué les personnes « passionnées par l’Église » et rappelle le contexte d’une France « hyper-centralisée, jacobine », qui complexifie les discussions. Il a souligné la qualité de la conférence du Père Favart qui invite à organiser des paroisses fédératrices, au service d’un tissu de communautés diverses, capables de témoigner, de célébrer et de servir.
Il s’agit d’ajuster le curseur : faire communauté (créer et renforcer nos communautés) tout en restant ouverts à ceux qui arrivent et en allant à la rencontre sur le terrain. Et, comme les chants de la journée nous y exhortaient : « laissez-vous mener par l’Esprit », car il y a « un grand champs à moissonner ».
Merci aux organisateurs de cette belle journée diocésaine. Cette rencontre très riche en participation et en interventions diverses avait pour but de continuer à alimenter notre vie d’Église à travers les fraternités, les communautés ecclésiales de base, les paroisses. Nous espérons que l’Esprit Saint lui fera porter du fruit dans chacune de nos communautés locales.


