Solidarité – Diaconie

Suite à la rencontre Diaconia 2013, à la demande de Mgr Jean Legrez, une équipe Diaconie diocésaine s’est constituée. Dans tous nos secteurs pastoraux, des fidèles se rendent attentifs à différentes formes de pauvreté

Grâce à leur engagement souvent très discret ils aident des petits à se relever, des personnes fragilisées à ne pas s’écrouler. Ils participent à lutter contre la solitude par une attention aux voisins et aux personnes seules et font mille autres choses : « Je ne l’ai pas fait pour les aider mais c’est parce que je les aime ».

À la suite de Jésus lui-même, les paroisses, plusieurs mouvements et services d’Eglise appellent à cet engagement, surtout  « dans notre société où l’on a le cœur en panne » et où « les pauvres sont marqués par le noir »…

Les membres de la diaconie diocésaine souhaitent que les témoignages de solidarité vécue, comme les cris de colère devant les pauvretés qui sont sous nos yeux, puissent occuper une place plus grande dans notre prière communautaire et nos partages. Ils souhaitent aussi que les petits puissent avoir une place effective dans nos liturgies, nos temps de prière et puissent y prendre la parole comme des frères.

En partageant nos expériences et nos initiatives, nous pouvons nous aider à changer nos habitudes…

L’équipe diaconie du Tarn

La diaconie à l’épreuve de la miséricorde

La miséricorde proclamée par le Christ dans les béatitudes n’a de force qu’au regard de ce qui la provoque… La misère, la pauvreté… La diaconie n’a d’autre mission que de secourir d’abord les indigents, les misérables. Le vocabulaire moderne et ecclésial nous parle, lui, de personnes en fragilité, en situation de pauvreté.

Le dictionnaire (Le Petit Robert) déploie une litanie de mots ayant la même racine : « misérabiliste, misérable, misérablement, misère, miséreux ». Chaque mot se suffit à lui-même et pourtant il est le carrefour d’une extrême pauvreté.  Plus religieusement, le miserere est ce psaume musical par lequel le croyant invoque la pitié de Dieu. Le dictionnaire nous dit aussi que la miséricorde est d’abord un sentiment de pitié par laquelle on pardonne, tandis que le miséricordieux est celui qui a de la compassion.

Le roman de Victor Hugo «Les Misérables» nous donne l’illustration saisissante d’une rencontre de miséricorde et de salut. Jean Valjean, bagnard évadé, rencontre un saint évêque, Monseigneur Myriel, tout en compassion et miséricorde, qui ne laisse pas ce pauvre homme à l’état de péché et de pauvreté. Il le nourrit, le loge, et lui parle affectueusement ; et Valjean part en pleine nuit dérobant l’argenterie du pauvre évêque. Mais ce n’est pas fini. Ramené menotté par les gendarmes chez l’évêque, il fait l’expérience profonde de la miséricorde de Dieu lorsque l’évêque lui donne, en plus de ce qu’il avait volé, des chandeliers en argent… Il a fallu un regard, des paroles qui relèvent pour que Jean Valjean devienne Monsieur Madeleine : «un saint non-canonisé» qui toute sa vie durant fera le bien, pour souhaiter au terme de sa vie mourir comme un pauvre, dénué de tout.

La diaconie n’est pas une entreprise mais bien l’instrument de l’amour miséricordieux de Dieu en son Église et dans toutes les périphéries si chères au pape François. Le credo de la diaconie réside dans ce morceau magistral de l’Évangile qu’est Mathieu 25 : « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Et le pape François nous le donnait à méditer dans sa présentation de l’Année de la miséricorde :

« Au cours de ce Jubilé, l’Eglise sera encore davantage appelée à soigner ces blessures, à les
soulager avec l’huile de la consolation, à les panser avec la miséricorde et à les soigner par la solidarité et l’attention. Ne tombons pas dans l’indifférence qui humilie, dans l’habitude qui anesthésie l’âme et empêche de découvrir la nouveauté, dans le cynisme destructeur.

Ouvrons nos yeux pour voir les misères du monde, les blessures de tant de frères et sœurs privés de dignité, et sentons-nous appelés à entendre leur cri qui appelle à l’aide. Que nos mains serrent leurs mains et les attirent vers nous afin qu’ils sentent la chaleur de notre présence, de l’amitié et de la fraternité. Que leur cri devienne le nôtre et qu’ensemble, nous puissions briser la barrière d’indifférence qui règne souvent en souveraine pour cacher l’hypocrisie et l’égoïsme.

J’ai un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Ce sera une façon de réveiller notre conscience souvent
endormie face au drame de la pauvreté, et de pénétrer toujours davantage le cœur de l’Évangile, où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine. La prédication de Jésus nous dresse le tableau de ces œuvres de miséricorde, pour que nous puissions comprendre si nous vivons, oui ou non, comme ses disciples. Redécouvrons les œuvres de miséricorde corporelles : donner à manger aux affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, assister les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Et n’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelles : conseiller ceux qui sont dans le doute, enseigner les ignorants, avertir les pécheurs, consoler les affligés, pardonner les offenses, supporter patiemment les personnes ennuyeuses, prier Dieu pour les vivants et pour les morts ».
Vultus Misericordiae §15

Dans notre diocèse, cette diaconie se construit lentement avec le souhait de rejoindre, d’embrasser toutes les pauvretés, les faire reculer, prendre soin des fragilités et les entourer de notre fraternité… Il s’agit d’être rendu à la dignité et c’est bien ce que le Christ fait de chaque rencontre, un retour à une vie normale et digne.

Que chaque croyant, que la diaconie, dans le sillage de la pensée sociale de l’Église, nourrisse encore et toujours « l’option préférentielle pour les pauvres » et puisse dire comme dans le Deutéronome (chapitre 15, verset 4) : « Qu’il n’y ait pas de pauvres chez toi ! » ou en saint Luc, (chapitre 4, versets 18-19) où le Christ, reprenant un passage d’Isaïe, nous ramène à l’essentiel de sa mission, de notre mission : « Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres… »

Après avoir vécu l’année de la miséricorde, soyons miséricordieux comme Dieu, non pas seulement dans l’âme, non pas comme un challenge spirituel, mais bien dans le témoignage et la rencontre de nos frères les plus fragiles que la misère, la pauvreté, la solitude enferment dans le carcan  d’une vie privée d’amour et de dignité.

Charles-Yves Péronne, diacre

« La pratique des œuvres de miséricorde, qui illustrent la vie des saints, doit devenir de plus en plus la nôtre. Écouter, accueillir, servir, partager, aimer : autant de verbes que nous pouvons apprendre à mieux conjuguer au présent en faveur de tout frère en humanité placé aux périphéries de nos existences et de la société. »

Mgr Jean Legrez