Mission universelle – Retour sur l’Université d’été

Le Service national de la Mission universelle de l’Église a organisé cette année son Université d’été à Perpignan. Elle s’est déroulée du 21 au 25 août à la Maison diocésaine du Parc Ducup, accueillante au milieu d’un parc boisé.

Un grand merci à Mgr Norbert Turini, évêque de Perpignan Elmes depuis 3 ans, qui nous recevait, et à son vicaire général, le P. Jean-Paul Soulet, qui nous a accompagnés avec grande efficacité et gentillesse. Le département présente un grand brassage de populations, par exemple au niveau des étudiants. Le diocèse est jumelé avec un diocèse de Guinée Konakry.

Les participants sont venus des différents diocèses de la Province et du Sud – Bordeaux, Aix-en-Provence…-, mais aussi de Lyon, Strasbourg, Belfort, Moulins, Troyes, Rouen…: des prêtres, des religieux/ses et de nombreux laïcs.

Ces sessions annuelles (en 2011 à Albi) mêlent harmonieusement formation et échanges.

MU Univ été 2017 - groupe

Deux temps de prière ont soutenu le cheminement quotidien: prière du matin et messe dans la chapelle diocésaine St Jean-Paul II

Le thème “Annoncer l’Évangile dans une société post-moderne” a été abordé par des intervenants variés qui ont su capter leur auditoire:

MU Univ été 2017 - Pierre Diarra Pierre Diarra, théologien

s’est tout de suite immergé dans la problématique: dans le temps comme dans l’espace, le moderne est relatif.
On ne sait pas où on est ; comment définir la fin de la modernité ?  Qu’est-ce qui semble moderne et trop moderne ?
Dans une société que l’on perçoit peu à peu comme “liquide”, on est passé d’une éthique des impératifs à une éthique des biens. Le fondement apparaît superflu, mais l’on demeure insatisfait !

Au cœur de cette postmodernité, de nouveaux accents pour l’évangélisation sont apparus au cours de ces 50 dernières années (1965-2017) : dire Jésus Christ, vivre tous en « disciples-missionnaires ». Les défis sont nouveaux: défi que représente l’autre,  défi du dialogue, défi du bonheur, défi de la liberté.
Nos modèles missionnaires (convivialité, proposition de la foi, engendrement, périphéries existentielles et conversion missionnaire…) ont à s’articuler à la nécessité de la pluralité. Il est vital de  cheminer avec les personnes (expérience de la douleur, importance du témoignage) afin qu’une réponse puisse se dessiner pour la soif de chacun; il s’agit d’entrer dans la relation de fraternité.

MU Univ été 2017 - Mgr Carré

Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier,

a présenté l’annonce de l’Évangile dans son historique et ses défis rencontrés aujourd’hui en France.

Ayant participé en 2012 au Synode de la Nouvelle Évangélisation, dont les travaux ont donné vie à l’Exhortation Evangelii Gaudium du Pape François, il insistait : il s’agit de savoir rendre compte de notre foi, d’une manière compréhensible, au milieu d’un super marché du religieux. Vivons à l’école des apôtres qui étaient peu nombreux et qui ont touché, non par la force de leur parole mais par la force de l’Esprit.

Il nous faut sans cesse reprendre l’évangélisation : même dans nos vies, la foi est à reprendre. Nous vivons dans une société de consommation, nos journées sont remplies par une course incessante du matin au soir, cultures et religions se mêlent, une culture médiatique éphémère nous imprègne,  limites et péché défigurent notre message.

Comment dire que le Christ est Sauveur alors que plusieurs ne ressentent pas le besoin d’être sauvé ?  Paul VI déclarait déjà : « Il faut annoncer l’évangile dans des temps nouveaux »; pour évangéliser, on peut entrer par des portes différentes, mais la cohérence de l’ensemble est nécessaire.

Notre propre conversion est nécessaire en premier lieu : je ne viens pas vendre Jésus. Mettons-nous toujours devant le Seigneur : est-ce que Jésus vient naître et grandir en moi ?  « Les temps sont accomplis (c’est la part de Dieu). Convertissez-vous (c’est un impératif, et la conversion est aussi collective)…” (Mc)

Le 2ème temps est plus communautaire : « L’amour seul est digne de foi »(Balthazar), un amour réel en actes, paroles, attentions. Ce n’est pas un amour facile (cf. St Paul : « supportez-vous, pardonnez, considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes ». L’accueil de l’autre différent fait partie de la conversion.  “Que de guerres !” déclare le Pape François (§ 90 à 101).

Tous, nous sommes de nouveaux évangélisateurs, appelés à rendre compte de l’espérance qui est en nous. La question de la transmission nous travaille, notre monde nous demande d’être des croyants authentiques.

Pourquoi évangéliser ? Parce que Jésus l’a dit : « faites des disciples »

Mais aussi pour une raison plus intérieure : « on ne peut persévérer dans une évangélisation fervente si on n’est pas convaincu qu’il y a une grande différence à marcher avec le Christ ou sans lui. Et il faut apprendre à le dire, car à notre époque, on met en avant la personne et le ressenti.

Pensons aussi à St Paul qui partage deux fois son expérience : aux responsables juifs et aux responsables romains. Si nous pensons que toutes les religions se valent, on ne va pas se fatiguer. Il ne s’agit pas de supériorité, mais nous avons trouvé  dans le Christ quelque chose d’unique : la grâce de l’Amour d’un Dieu Trinité. Sinon, il n’y aurait pas besoin du Christ et de la croix.

C’est donc notre ardeur qui doit être nouvelle, pour aider les autres à Le rencontrer. Dieu veut se faire connaître et faire alliance, il ne s’agit pas de marketing ou de reprendre des terrains perdus. Et Christ s’adjoint des hommes pour être avec lui et les envoyer en mission.

C’est cela sa joie, sa gloire. Il ne veut pas être Dieu sans que nous y prenions notre part. Lorsqu’on parle de nouvelle évangélisation, le « Nouveau » n’est pas dans l’ordre de la méthode; c’est annoncer l’Évangile dans ce monde qui change. (Cette étape s’est vécue lors des invasions barbares, puis au Moyen Âge avec les monastères, puis à la Renaissance, puis après la Révolution…

Dans la société française, beaucoup ne savent pas pourquoi être témoins du Christ, on a trop intégré la laïcité. On met en avant la liberté des autres et on en déduit que proposer, c’est imposer.  Présenter la foi chrétienne, c’est aussi être capables d’en montrer les conséquences pour l’existence humaine.

Comme axes majeurs pour l’évangélisation, voici des points, à relier comme en torsade : la conversion pastorale (placer le Christ au centre par la prière, l’Esprit Saint au centre). La première annonce : au début, présenter le cœur de la foi en quelques mots (« Jésus t’aime », « Jésus est plus fort que la mort »…) La catéchèse : un approfondissement de la foi est nécessaire à tous les âges.  La foi demande une initiation : à la prière, à la liturgie, aux sacrements. La vie fraternelle : il faut favoriser les communautés accueillantes. Une charité sans frontières (cf. § 4 : dimension sociale), la foi doit se traduire par des actes. La beauté : patrimoine, art…

La piété populaire : point d’appui, elle est à évangéliser.

 

Sr Geneviève COMEAU, Xavière, enseignante au Centre Sèvres à Paris,

a évoqué les quêtes spirituelles présentes dans notre société sécularisée. Comment inscrire la proposition de foi chrétienne dans ce contexte ?

Les sociétés modernes fonctionnent selon des modes de rationalité instrumentale. La religion n’est plus englobante, les différents domaines se détachent. Une pluralité de convictions se développe, mais les quêtes spirituelles ne disparaissent pas.

Dans notre pays, la laïcité se définit comme cadre juridique protecteur des libertés; et les religions peuvent contribuer au débat. Mais on assiste à une forme de laïcisation de la société et non plus seulement de l’État.

Ce qui caractérise notre société est prioritairement l’indifférence, coquille protectrice comme la perçoit Mgr Rouet. Pour y pallier, on porte attention à son intériorité, on éprouve le besoin de méditer… mais sans horizon, chacun se faisant l’artisan de son propre salut.

MU Univ été 2017 - Mgr Norbert Turini

Mgr Norbert Turini

MU Univ été 2017 - Srs de Massac

Sr Rose (Perpignan) et Sr Georgette (Toulouse), Filles de Jésus de Massac

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MU Univ été 2017 - priere matin

Le 24 août la prière du matin fut animée par Albigeois et Toulousains

MU Univ été 2017 - chapelle diocésaine St Jean-Paul II

Messe

MU Univ été 2017 - Christ au Jardin des Oliviers sculpture à StMichel de Cuxa

Christ au Jardin des Oliviers, sculpture à St-Michel de Cuxa

MU Univ été 2017 - St André à l’entrée de l’église de Rivesaltes

St André à l’entrée de l’église de Rivesaltes

MU Univ été 2017 - Vierge de la crèche st Michel de Cuxa

Vierge de la crèche (St-Michel de Cuxa)

MU Univ été 2017 - Christ crucifié cathédrale de Perpignan

Christ crucifié (cathédrale de Perpignan)

MU Univ été 2017 - sr Geneviève Comeau

Sr Geneviève COMEAU

L’enjeu est immense : si nous perdons l’horizon de la transcendance, nous sommes seulement des fourmis laborieuses. Notre mission est de fournir les clés de la vie intérieure où Quelqu’un nous attend. Pour aider l’autre à reconnaître le passage de Dieu dans sa vie, il faut des mots ; tournons-nous par exemple pour cela vers les Psaumes.

Les défis lancés aux chrétiens sont nombreux : celui du pluralisme produit par la sécularisation, mais il peut favoriser la rencontre. Celui de l’affaiblissement du rayonnement de l’Église dans la société ;  des chrétiens s’engagent dans l’accompagnement de chercheurs de sens, d’autres dans le soutien aux plus fragiles. De nombreuses propositions s’adressent aux  jeunes ; assouplissons les  règles pour qu’ils puissent s’y engager. Etc.

– Comment faire le lien entre les « valeurs » et le Dieu de Jésus Christ ? La folie de la foi chrétienne est le Dieu qui se fait homme ; témoignons que nous sommes au service de l’humanisation de la société. Une piste : celle -inouïe- de la transcendance du Crucifié.

Dieu est présent dans les petits, les humiliés ; ce changement de regard est accessible à tous.

Sr Geneviève Comeau nous invite à regarder Jacob, blessé dans sa rencontre avec l’ange. Il n’y a pas de rencontre sans blessure. Mais il y a alors possibilité de bénédiction. Gardons la capacité de distinguer les pseudo-rencontres des vraies rencontres. La vie comprend joies, bénédictions, blessures, vérités. N’ayons pas peur  des blessures de la rencontre, sachons accompagner….

Dans un deuxième exposé, Sr Geneviève a approfondi les fondements et les conditions du dialogue interreligieux dans nos sociétés pluralistes.

Ces apports très denses débouchaient sur des échanges en groupe animés.

Il y eut aussi des visites variées et très bien commentées : celle du monastère de Saint-Michel de Cuxa.

MU Univ été 2017 - monastère de SaintMichel de Cuxa

L’accès au patrimoine culturel du christianisme peut être une voie vers l’Évangile ; la « voie de la beauté » peut être chemin d’évangélisation.

MU Univ été 2017 - P. Michel à St-Michel de Cuxa

P. Michel à St-Michel de Cuxa

La visite du mémorial du Camp de Rivesaltes a profondément marqué, nous rejoignant dans notre histoire et notre mémoire. Elle interpelle également fortement notre présent et nos engagements.

MU Univ été 2017 - 92 Camp de Rivesaltes

 

MU Univ été 2017 - 79 Camp de RivesaltesMU Univ été 2017 - 82 Camp de Rivesaltes

Nous avons aussi découvert la majestueuse cathédrale St-Jean de Perpignan ainsi que l’église St-André de Rivesaltes, avec ses autels de style baroque (clocher ci-dessous).

MU Univ été 2017 - 94 cathédrale St-Jean de Perpignan

MU Univ été 2017 - Le P Antoine SondagLe P. Antoine Sondag, directeur du Service national de la Mission universelle, a conclu la session en nous invitant à poursuivre notre réflexion et en élargissant notre champ d’annonce de la Bonne Nouvelle.

Une société post-moderne ?  On abandonne peu à peu un axe unique et l’idée que le progrès va trouver des solutions à tout. On abandonne aussi la foi naïve dans l’individu qui sait par lui-même. La question interculturelle s’invite. Quant au religieux, il n’a jamais disparu.

Pour annoncer aujourd’hui l’Évangile, continuons à nous référer aux grands documents du Concile, tels Evangelii nuntiandi, et à Evangelii gaudium du Pape François.

Qui annonce la Bonne Nouvelle ? Tous. Chaque baptisé est appelé à être disciple-missionnaire, le laïc tout particulièrement.

Où faut-il annoncer l’Évangile ? Partout, y compris dans des lieux nouveaux (parvis des gentils, agora), mais aussi par l’art, dans le tourisme… La culture est un lieu où annoncer l’évangile. N’oublions pas d’aller annoncer l’Évangile aussi à ceux qui le connaissent ! Les valeurs de l’Évangile concernant le pardon et la souffrance peuvent parler profondément à l’homme d’aujourd’hui.

Rose-Line Coureau