Du Tarn à l’Amazonie, le Père Damien Bermond (1932 – 2017)

Lucien Bermond est né à Boyals, dans la commune de Pampelonne en novembre 1932.
Après sa scolarité à l’école primaire de Prunet, il a continué ses études à l’école des Pères d’Ambialet.
Il a été ordonné prêtre en 1961 à Toulouse par Mgr Gabriel-Marie Garrone. Comme il est de coutume dans l’ordre de Saint François, il a pris le nom de Père Damien.

La plus grande partie de sa vie religieuse s’est passée en Amazonie où il était parti en 1962 rejoindre Mgr François Xavier Rey qui avait commencé son œuvre missionnaire en Amazonie en 1932. D’autres prêtres (parmi lesquels le P. Gérard Verdier) étaient aussi arrivés, c’était une époque pionnière où tout était à commencer dans le Rondônia.

Dans le déroulement du ministère du P. Damien Bermond, divers lieux de résidence se sont succédé. D’abord Lata à 30 kms de Guajara, puis Nova Mamore, Costa Marques, Sao Francisco Guapore, Nossa Senhora de Fatima à Sao Paulo.

En 1996, il avait eu la joie d’accueillir et d’accompagner Mgr Roger Meindre, archevêque d’Albi, et l’abbé André Cabot, curé d’Alban. Pendant plusieurs jours, il les avait guidés à travers son territoire paroissial. Le père Damien, secondé par une religieuse, avait alors la charge de 22 communautés rurales situées à des distances plus ou moins longues de Costa Marques.*

Depuis 1997, des problèmes de santé l’avait obligé à prendre une demi-retraite à Colorado où il continuait un apostolat moins lourd.

Lors de son passage dans le Tarn en 2010, il racontait comment, à son premier poste, il avait découvert les premières communautés de base : des chrétiens, dans des villages isolés de l’Amazonie, qui se réunissaient spontanément pour la prière, la lecture de la Bible, l’échange. Les prêtres n’avaient eu qu’à encourager et développer ces communautés.

Il poursuivait : « actuellement dans un sanctuaire marial de Sao Paulo, je me consacre à la ‘pastorale de l’écoute’, à la disposition de ceux qui veulent parler en toute liberté et trouver eux-mêmes grâce à cette écoute, des solutions à leurs problèmes souvent graves… Ministère de la miséricorde, de la compassion… »

L’équipe de rédaction du Journal « Regards » du Nord-Carmausin, dans son n° de novembre 2017, se souvient avec amitié du P. Bermond : « Nous tenons à souligner combien le Père Damien était heureux, au cours de ses retours au pays, de célébrer l’Eucharistie parmi nous. Ces passages lui permettaient de passer de bons moments près de sa famille à laquelle il tenait beaucoup. Il en profitait aussi pour rencontrer, avec plaisir, ses voisins et amis d’enfance. Une longue vie, toute donnée à Dieu auprès du peuple indien d’Amazonie ! »

 

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  • Récit d’un moment lors de la visite d’amis français en 1996:

« Aujourd’hui, nous accompagnerons le P. Damien en deux endroits assez rapprochés. Pour arriver à la communauté Saint Jean-Baptiste, nous avons d’abord repris la grande route.
En Toyota, la piste est toute aussi mauvaise qu’en autobus. Les cahots aussi violents !
Peu après, en pleine forêt, sur un espace herbeux, deux baraques en bois, couvertes d’éternit : la chapelle et l’école et un puits tout proche.
Nous arrivons. Quelques hommes, plusieurs femmes, de nombreux enfants sortent de la chapelle où ils s’étaient mis à l’ombre. C’est Sœur Suzanne qui prépare la messe après avoir pris des nouvelles de chacun.
Pendant ce temps le Père Damien s’isole dans la Toyota improvisée en lieu d’échanges et de confessions.

La répétition des chants est terminée : les confessions s’achèvent. La messe peut commencer.
Une bougie est allumée, le Père Damien salue les participants, une trentaine, qui lui répondent chaleureusement. La messe se déroule dans une ambiance fraternelle et familiale.
Une jeune femme allaite son enfant, une autre pose un linge blanc sur le sol pour y étendre son petit endormi. Une fillette, bientôt suivie d’une autre, va boire de l’eau au filtre posé dans un coin.
Ce qui paraît inconcevable en France, s’intègre ici dans un contexte vraiment communautaire.
Pendant l’homélie, les gens interviennent spontanément. Jeunes, moins jeunes, enfants, tous sont là pour écouter le Père et la Sœur.
Après l’office, les gens s’attardent, pourtant il est midi passé et la plupart auront plus de quatre kilomètres à parcourir sous une chaleur de plomb avant d’arriver chez eux.
Certains insistent pour que nous partagions leur repas, mais une famille nous a déjà invités.
J’admire la générosité de ces gens dit « pauvres » et si riches de cœur chez qui nous ne manquons de rien.

A la deuxième communauté, celle de Notre-Dame de Fatima, où nous nous rendrons, les choses se passeront de la même manière. Comment ne pas être émus en pensant à ces communautés.
Elles sont venues à notre rencontre sous une chaleur torride, elles repartiront sous un soleil de plomb, à pied, leurs petits sur les bras…
Tout en regardant s’amenuiser leurs silhouettes sur la piste, à présent déserte, je revois leurs regards si lumineux, j’entends leurs prières ardentes, fraternelles, elles font partie d’une grande famille : celle du diocèse de Guajarà-Mirim.»

Lucien dans sa jeunesse à Boyals

P. Bermond en Amazonie

Mgr Rey

Le P. Damien s’entretient avec ses paroissiens au sortir de la messe

Famille indienne (Copyrith : B. Pontier)

Femme sur le fleuve