Sœurs de Gethsémani : Fête des 150 ans de leur Institut, témoignages

Le Pèlerinage jubilaire des 150 ans de  la congrégation des Sœurs du Christ à Gethsémani s’est déroulé à Lourdes du 27 au 30 octobre 2017.

 

  • Gisèle et Olivier de La Soujeole y ont participé ; ils racontent :

« Arrivés vendredi en début d’après-midi, Gisèle faisant partie de l’équipe organisatrice, nous étions accompagnés de nos deux petites-filles qui nous avaient été confiées pour les vacances de la Toussaint et qui étaient curieuses de savoir ce qui allait se passer.

Accueil de tous les arrivants « amis et sympathisants » vers 18h à l’Accueil Notre Dame, puis repas du soir avant l’accueil proprement dit à l’église Ste-Bernadette. Heureux de rencontrer tous les amis, en provenance de Saint-Chamond, Rives de Gier, Montpellier, Cessenon, Mazamet, Paris, Normandie…

… avec cette impression d’une rencontre familiale. Oui, il y avait de l’amitié dans l’air et un réel plaisir à être là autour des sœurs, ces « petites sœurs » comme je les appelle affectivement parce qu’elles me font penser à « mes petites sœurs familiales ». Et puis… nous avons tant vécu et échangé depuis bientôt maintenant 37 ans !

 

Samedi matin, après un petit déjeuner bien chaud et bien bruyant au 5° étage de l’Accueil Notre Dame toujours dans cette chaleur des retrouvailles, direction l’église Sainte-Bernadette pour un temps de prière après avoir écouté la belle ouverture faite par Sœur Danièle.

A la suite des fondateurs, veiller, prier et rejoindre ceux qui sont seuls et abandonnés

Méditation élaborée par Gisèle sur « le buisson ardent » : se déchausser de tous nos soucis, nos tensions, nos poussières du quotidien pour entrer dans cet espace « saint et sain » de la prière.

Puis le vent, ce texte qui rapporte l’expérience d’Élie (la « brise légère »); puis celui de la Pentecôte, et encore ce « coup de vent » précédant la Présence comme l’indique sainte Bernadette, et enfin la lumière « Toute personne est une étincelle de Dieu ».

Passage de veilleuse en veilleuse, de cierge en cierge, de la lumière qui « perdure même dans nos obscurités ». Çà y est, c’est parti pour « pérégriner » avec toujours cette joie d’être ensemble tout simplement.

Famille et religieuse chantent le partage et la paix

L’après-midi : chemin de croix.

J’étais avec les personnes  sur la prairie à lire les textes d’évangile proposés à la méditation de station en station… Là aussi, point de méditation misérabiliste mais cet approfondissement devant ce don de la vie fait pour nous, les hommes, par Lui « l’homme-Dieu », Celui qui est « vrai Dieu-vrai Homme » selon la formule de Chalcédoine si importante pour notre temps : une profonde reconnaissance pour Celui qui est source de sens, compagnon de toutes les souffrances vécues, constatées, partagées, parce qu’Il les a vécues, constatées, partagées.

Beau moment sur la prairie !

Les Sœurs fêtant leur jubilé de 50 ou 60 ans de vie religieuse

Le soir à la veillée, cet instant si touchant où les sœurs partagent toute la richesse de leur charisme, cette eau qui coule du côté du Christ, qui abreuve et guérit, pour tous ceux et celles que la vie a confinés dans des pressoirs… Huile du jardin de Gethsémani…huile d’olive qui masse le corps des lutteurs…huile qui donne goût et sauve ce qui pourrait être si fade.

Dimanche:
Eucharistie festive avec cette présence chaude, swinguée des Africains, – ce Niger où les sœurs sont installés depuis plus de cinquante ans

Proclamation de l’évangile par le P. Jean Cros, qui a vécu plusieurs années à Niamey et qui représentait Mgr Legrez

et qui nous empêche de sombrer dans la morosité, marque de fabrique de nos humeurs occidentales -, les chants du groupe « Beatus » avec la fraîcheur des vingt ans de ces  garçons et filles qui chantent la gloire de Dieu « au milieu de nos circonstances » comme le dit si bien Augustin l’Africain.

Repas de midi bien bon. L’après-midi, sketch de présentation des 150 ans de la congrégation, de sa naissance à son aujourd’hui, avec un moment d’émotion pour Gisèle et pour moi : mes deux petites filles, invitées pour figurer dans ces petites scénettes, sont allées de bon cœur à la préparation.

Quelques heures plus tard, nous  voyons arriver sur scène, entourant Sœur Thérèse, la fondatrice venant de Haute-Loire à Mazamet vers les années 1860-1870,  deux jeunes enfants comme ce fut le cas historiquement, créant un début « d’orphelinat », celui d’ailleurs que nous avons pris en responsabilité quelque 120 ans après : ces enfants, c’était nos petites filles ! Quel retour et quelle émotion !

Nous sommes repartis pleins de joie, gâtés, nourris, reposés avec un grand merci à nos « petites sœurs » et aussi pleins d’espérance car nous sommes tous et toutes ‘dans les mains du Père sous le regard si bienveillant de notre Mère’ ».

  •  Paroles adressées aux Sœurs de Gethsémani par Mgr Michel Cartatéguy, archevêque émérite de Niamey (Niger),  lors de la messe festive dominicale :

« […] La particularité chrétienne, c’est que le prochain c’est Dieu qui tous les jours se présente sous un visage humain : « Ce que vous avez à l’un de ces petits qui sont mes frères c’est à moi que vous l’avez fait. » (St Mathieu 25, 40) L’attitude envers le prochain vérifie la qualité de notre  attitude envers Dieu.

 Et pour vous mes sœurs, le prochain se fait encore plus précis : c’est celui qui vit ce que vous appelez « les nuits de Gethsémani », ceux qui ressentent l’agonie, la peur, le rejet, la solitude, l’abandon…», ceux qui aujourd’hui sont les victimes de la culture de l’indifférence que le pape François ne cesse de dénoncer. Ces victimes ont le visage de Dieu.

 

Prière communautaire à la grotte

Au regard de l’histoire de votre congrégation, chaque jubilé a donné un nouveau fruit. Votre arrivée au Niger il y a 50 ans fut le fruit du jubilé de vos 100 ans à la suite de la mission « ad gentes » encouragé par le Concile Vatican II.

J’ose croire que le jubilé des 150 ans produira un autre fruit peut-être plus intérieur, sans éclat des grands départs mais éveillant à nouveau les dons que vous avez reçus sans regretter ni pleurer sur les dons que vous n’avez pas et que vous auriez aimés avoir comme celui du nombre.

Communauté de Mazamet

 

Vos fondateurs ne vous ont pas demandé d’être nombreuses, ils vous ont demandé d’aimer votre prochain qui souffre car il a le visage de Jésus à Gethsémani se préparant à combattre l’épreuve d’où il sortira vainqueur.

 

 Vous aimez dire et redire cette belle parole de Saint Vincent de Paul qui vous inspire depuis toujours et pour toujours :
« L’amour est inventif à l’infini » !

Alors continuez, mes sœurs, à inventer pour donner de l’amour à votre prochain comme Dieu vous en donne aujourd’hui et pour les siècles des siècles. Amen. » (extraits)

 

 

Photos : Service Mission Universelle


Page « Vie Consacrée »

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Les Sœurs violettes

C’était le nom que les gens donnaient aux origines, aux sœurs de la Congrégation bien connue dans le Tarn. Elle a fêté à Toussaint 2017 son 150ème anniversaire, lors d’un rassemblement à Lourdes avec des amis. Tout a commencé avec un religieux, Antoine Nicolle et une future fondatrice, Antonia Berlier. Ce religieux appartenait à la Congrégation de la Mission, les Lazaristes disait-on. Elle a été fondée par saint Vincent de Paul à la fois pour former des prêtres et travailler aux missions en France et à l’étranger. (Ils furent les premiers missionnaires de Madagascar, dès 1648). Former les prêtres c’est dans ce but que le cardinal de Bernis, les appela au grand séminaire d’Albi, en 1774. Après les perturbations de la Révolution française, les mêmes religieux revinrent à Albi dans les locaux qui sont aujourd’hui ceux du lycée Rascol. En 1874, Antoine Nicolle est nommé supérieur du grand Séminaire d’Albi. Il y arrive avec, dans le cœur, le plus vif intérêt pour une association de prière, l’archiconfrérie de la Sainte Agonie. Celle-ci a un succès qu’on a peut-être du mal à comprendre aujourd’hui. Le Pape, de nombreux évêques, des prêtres y adhèrent avec des milliers de laïcs. C’est dans ce sillage que va naître la Congrégation des Sœurs de la Sainte Agonie, vêtues d’une robe violette comme il convenait au service de populations en grande souffrance. On va en parler.

La Fondatrice Antonia Berlier issue d’une famille bourgeoise, a eu d’abord une bonne éducation à Paris au fameux « Couvent des Oiseaux ». À travers une foule d’obstacles, la jeune Antonia approfondit son attachement à Jésus agonisant, d’abord auprès de Notre Dame de Valfleury, proche de Saint Chamond. Le Père Nicole, son conseiller spirituel est nommé à Albi, il va l’orienter vers Mazamet où quelques jeunes filles vont se regrouper autour d’Antonia. Avec le souci de la mission cher aux Lazaristes et celui de Jésus agonisant, elles pensent à la jeunesse locale, moralement très menacée au moment de la rapide industrialisation du Mazamétain d’une part, de Carmaux par ailleurs. Les fondations se multiplient toujours au service des pauvres : Mazamet, Labastide- Rouairoux, Rive de Gier, Montpellier et jusqu’en Italie. Cliniques et dispensaires, maisons d’enfants et tel centre ménager où les filles apprenaient à coudre tout en priant le chapelet…

On a du mal, 150 ans plus tard, à percevoir comment cette fondation, sa spiritualité, ses œuvres correspondaient aux urgences de l’époque : la grande misère populaire et plus largement la prière pour le Pape et l’Eglise. C’était l’époque où vont disparaître les états du Pape. Ce dernier est moqué, ridiculisé. Les sœurs suscitent un mouvement de prière et d’offrande pour le Pape et l’Eglise. Le Pape semblait alors agonisant comme le Christ à Gethsémani. Ces heures à la fin de la vie de Jésus sont au cœur de la prière des sœurs, aussi bien en veillant des mourants qu’en s’engageant dans de multiples initiatives au service des pauvres.

Depuis 1983 la Congrégation a choisi un nouveau nom : « Sœurs du Christ à Gethsémani » qui résume leur mission précisée en quatre objectifs : Paix de l’Eglise, conservation de la foi, cessation des fléaux, salut des agonisants. Le manque de vocation a réduit leur voilure : une maison de jeunes cas sociaux à Rive de Gier, des maisons de retraite à Carmaux et Mazamet, mais avec audace, dès 1967, elles ont fondé une mission au cœur du Niger musulman où quelques bougeons africains grandissent de concert  avec une autre Congrégation, les sœurs de Jeanne Delanoue. En France, un solide réseau des « Amis de Gethsémani » joue un rôle de soutien et de relais, en particulier pour la Communauté de Niamey qui y poursuit son service auprès des jeunes de la rue, comme autrefois à Mazamet.

Bel anniversaire auprès de Marie à Lourdes, comme autrefois à Valfleury.

Abbé Claude CUGNASSE

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Sœur Anne, en ce mois de septembre 2017, donne des nouvelles de la grande famille “Gethsémani-Niger ». En lisant cette lettre, on perçoit combien la vocation des sœurs est d’essayer d’aimer jusqu’au bout. Elles “contemplent dans l’homme le visage du Christ”, en assurant les multiples services qui sont terreau de vie et de fraternité.

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