Homélie de la Cène du Seigneur

 

Frères et sœurs,

De même que nos frères aînés juifs, les premiers appelés par le Seigneur, continuent de célébrer en leur fête de la Pâque la sortie d’Égypte, de même avec toute l’Église du Christ ce soir nous faisons mémoire de l’institution des sacrements de l’Eucharistie et de l’Ordre. Le sang de l’agneau sur les maisons des israélites en Égypte les a protégés de la mort. Il fut aussi le signe prophétique du sang que versera le Messie. Le sang versé de l’Agneau de Dieu, le Fils de Dieu – c’est le cœur de notre foi – a obtenu la réconciliation de l’humanité avec Dieu, notre Père. Par ce sacrifice du Christ effectué dans sa Passion et par sa mort sur la croix, chaque être humain peut passer des ténèbres à la lumière, de la mort au péché à la vie avec Dieu, à la vie éternelle. Jésus est véritablement cet « agneau sans défaut » qui s’offre en victime pour sauver tous ses frères en humanité, les invitant à le suivre pour aller avec lui vers son Père. Les chrétiens que nous sommes, nous sommes tous en chemin, en tenue de voyage comme les hébreux au moment de quitter l’Égypte. Normalement, si nous sommes désireux de vivre notre foi, nous sommes tous prêts à tout quitter pour se conformer à l’enseignement de Jésus et à imiter le Sauveur qui nous a dit : « Faites ceci en mémoire de moi… »

Aujourd’hui, frères et sœurs, il s’agit bien d’actualiser le sacrifice de Jésus, vécu par lui lors de la Cène et de la crucifixion en faisant mémoire de cet évènement qui véritablement change le cours de toute l’histoire de l’humanité. La Pâque du Christ est véritablement ce pivot qui retourne l’humanité vers le Père, vers le Créateur, vers celui qui dans son amour nous a créé et qui dans son amour nous rétablis dans une relation à nouveau possible avec lui. Et tout autant, à l’école du Maître et Sauveur, nous sommes aujourd’hui invités à l’imiter en donnant notre vie au service de nos frères. Cela n’est pas réservé à certains, c’est la vocation de tout disciple du Christ, de tout baptisé. Le rit du lavement des pieds illustre à merveille la mise en pratique du commandement nouveau que Jésus a laissé à ses disciples juste après le repas de la Cène : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il s’agissait dans l’ancien Testament d’aimer le Seigneur et d’aimer ses frères comme nous-mêmes, il s’agit maintenant d’aimer comme Jésus aime, comme Dieu aime, dans un don total de nous-mêmes.

Humblement, chaque disciple de Jésus sait bien qu’il doit suivre l’exemple de Jésus. De Fils de Dieu, il s’est fait homme en s’incarnant et en prenant tout au long de sa vie humaine la condition du serviteur pour mourir tel l’esclave sur la croix. Ce supplice était précisément réservé aux esclaves dans l’Empire Romain. Chaque chrétien en se mettant au service de ses frères en humanité, est appelé à découvrir que la joie réside dans le don de soi-même. En effet, la renonciation à soi, mystérieusement, débouche toujours sur une joie, cette joie que personne ne pourra jamais ravir aux croyants. L’imitation du Christ jusqu’au don de sa propre vie, offre la béatitude. Dans l’offrande, pour la plupart d’entre nous, dans une offrande patiente et quotidienne, beaucoup des baptisés que nous sommes en font déjà une certaine expérience qui, souvent d’ailleurs, transparaît à travers un sourire apaisant et communicatif auprès de ceux qui en sont les heureux bénéficiaires. Dans l’offrande radicale demandée à certains, qui va jusqu’au témoignage du sang, une vision de foi permet de repérer non seulement la force sereine des martyrs qui est accordé aux martyrs dans leur épreuve-même, mais aussi les grâces qu’ils obtiennent en faveur de l’Église. D’une manière tout à fait paradoxale le martyr des chrétiens est source de grandes joies.

Je crois, frères et sœurs, que nous pouvons demander qu’il en soit ainsi eu lendemain du martyr vécu par le colonel Arnaud BELTRAME à Trèbes. Puisse son sacrifice apporter les lumières de la foi, de l’espérance et de la charité à ceux qui sont encore ensevelis, malheureux, dans l’obscurité de la haine, de la violence et de la mort. Les chrétiens que nous sommes, nourris du Corps et du sang du Sauveur, il nous est rendu possible de mener une vie donnée non pas par nos propres forces mais avec celles de Dieu reçues dans l’eucharistie, agissant en nous et avec nous. Désormais, nous pouvons mener une vie donnée, une vie d’imitation de Jésus dans son obéissance au Père et dans une offrande continuelle de notre vie à travers le service de tous nos frères, et plus particulièrement de nos proches, pour commencer, et des plus démunis dans notre société.

Ce soir je vous invite, frères et sœurs, à remercier du fond du cœur ce Christ qui nous a montré le chemin du vrai bonheur, nous appelant à l’imiter. Confions au Seigneur aussi tous les ministres de l’Église qui sont appelés à renouveler au fil des jours, en faveur du peuple fidèle, les gestes-mêmes du Sauveur ; qu’ils soient toujours davantage des signes et des serviteurs de la miséricorde divine pour toute l’humanité. Osons aussi demander au Seigneur qu’il renouvelle le désir, l’appétit, le goût et l’amour de l’eucharistie dans le cœur des baptisés de chez nous.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

Homélie de la Cène du Seigneur

En cathédrale Sainte-Cécile, Albi – 29 mars 2018

1ère lecture : Ex 12, 1-8.11-14
Psaume : 115, 12-13, 15-16ac, 17-18
2ème lecture : 1 Co 11, 23-26
Évangile : Jn 13, 1-15