Homélie de la nuit de Noël 2017

En la cathédrale Sainte-Cécile, Albi

 

1ère lecture : Is 9, 1-6
Psaume : 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc
2ème lecture : Tt 2, 11-14
Évangile : Lc 2, 1-14

 

Frères et sœurs,

« Tous ensemble réjouissons-nous, dans le monde un enfant nous est né, Dieu notre Sauveur. » C’était l’antienne d’ouverture de cette célébration. Quel paradoxe incroyable ! Dieu que la foi nous enseigne éternel, est né sur terre ; c’est-à-dire qu’en la personne du Sauveur, il est entré dans le temps. Dans la suite des nuits que l’humanité traverse, abonnée aux guerres fratricides et à l’injustice érigée en système par des potentats et cela tout au long de l’histoire jusqu’à nos jours, une lumière est apparue, sur les habitants de l’ombre une lumière a resplendi. En effet, aux plus marginaux de l’époque, les bergers, considérés comme impurs selon la loi juive, car étant en contact constant avec des animaux, c’est à eux que cette lumière a d’abord été révélée. L’ange du Seigneur se présenta devant eux et la gloire de Dieu les enveloppa de sa lumière. Voici que l’ange ne se contenta pas de ce phénomène aussi étonnant qu’effrayant qui provoqua la crainte des pauvres bergers, immédiatement il leur annonce une bonne nouvelle : la naissance d’un sauveur qui est le Messie annoncé depuis des siècles par les prophètes. Ce Christ, ce Messie est le Seigneur, c’est-à-dire qu’il est Dieu, pas moins. Le nom de l’enfant est Jésus, ce nom ne signifie-t-il pas « Dieu sauve » ? Oui, frères et sœurs, comme saint Paul l’écrit à Tite : « Bien aimé la grâce de Dieu s’est manifestée pour les Salut de tous les hommes ». Les bergers après avoir trouvé à Bethléem le nouveau-né selon les dires de l’ange, ne pouvaient garder pour eux cette bonne nouvelle et racontèrent l’évènement autour d’eux provoquant l’étonnement de leurs auditeurs. Joyeux, quant à eux, « ils louaient et glorifiaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu ».

Frères et sœurs, la Bonne Nouvelle nous la connaissons. Elle nous a atteints. Si nous sommes réunis au cœur de cette nuit dans cette cathédrale, c’est sans nul doute parce que nous croyons que Jésus est le fils de Dieu et de Marie la Vierge Immaculée, et que nous croyons aussi qu’il a racheté l’humanité de ses fautes en venant partager la condition humaine. Le Dieu d’Israël, jusque-là invisible, se rend visible aujourd’hui en la personne de son Fils premier-né qui naît d’une femme, d’une créature humaine. En nous rejoignant ainsi, le Christ, le Messie promis à Israël, va dévoiler progressivement à l’humanité le visage de ce Dieu qui est amour. L’invisible devient visible sur le visage du Christ. Jésus entraînera tout homme de bonne volonté à découvrir avec lui et par lui le Père miséricordieux, son Père et notre Père. Oui, pour tout homme empêtré dans l’obscurité de ses errances, Jésus est vraiment cette lumière qui vient consoler l’humanité entière. Le Fils premier-né du Père, tout Dieu qu’il est, devient un petit d’homme pour que chaque homme, grâce à lui, devienne enfant de Dieu. Il prend la condition humaine afin de la diviniser, de donner la possibilité à tout homme de vivre confiant dans l’amour gratuit de Dieu et de parvenir à aimer comme Dieu aime. Ne sera-ce pas l’ultime commandement de Jésus entrant dans sa Passion : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ? Frères et sœurs, qui ne rêve d’être aimé et de pouvoir aimer parfaitement et toujours ? Alors, si nous sommes de ceux-là, osons ce soir nous avancer devant la crèche et contemplons le nouveau-né qui nous invite à nous mettre à son école. Ce tout petit est le Verbe de Dieu fait chair, la Parole de Dieu a pris un corps en lui. Alors, voyons, admirons, écoutons. Sainte Thérèse de Lisieux écrivait : « Je ne puis craindre un Dieu qui, pour moi, s’est fait si petit ».

Ce soir, il veut faire de notre cœur sa crèche. Il veut naître en nous de telle sorte que nous soyons transformés par son amour divin et devenions ce que le Père a toujours voulu dans sa bienveillance, devenons les enfants de ce Père confiants en son amour, cet amour patient et miséricordieux. Nous pourrons alors répondre à l’amour de Dieu par notre amour, un amour certes fragile, sans cesse fortifié par l’Esprit qu’est justement venu nous procurer le Messie. Venez, frères et sœurs, adorons puis ne gardons pas pour nous la Révélation d’une telle bonne nouvelle. Partageons-la avec nos proches et avec tout chercheur de sens. Partageons cette joie d’être rejoints par un tel Sauveur. Oh, oui, ne lâchons plus les mains tendues vers nous de ce nouveau-né. Il veut nous envelopper de sa lumière, nous garder dans son amour, nous faire participer à sa nature divine, aujourd’hui et toujours.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi