Homélie du jour de Noël 2017

En la Cathédrale Sainte-Cécile d’Albi, le lundi 25 décembre

1ère lecture : Is 52, 7-10
Psaume : 97, 1, 2-3ab, 3cd-4, 5-6
2ème lecture : He 1, 1-6
Évangile : Jn 1, 1-18

 

Frères et sœurs,

Cette nuit, nous avons célébré une naissance tout à fait extraordinaire, une naissance annoncée par un ange, et annoncée à ceux qui étaient pour l’époque les relégués de la société, les bergers considérés comme impurs selon la loi judaïque. C’est curieux, un ange qui vient de la part de Dieu et qui fait connaître son message aux plus humbles, aux « périphéries » dirait le pape François aujourd’hui. Voici que l’ange présente aux bergers cet enfant et le présente comme le Sauveur, le Christ, c’est-à-dire le Messie. Ce Messie que tout israélite pieux attendait, car il avait été annoncé par les prophètes depuis des générations… Non seulement il est question de la venue, de la naissance du Messie, mais ce Messie est qualifié de Seigneur. Ce Messie est Dieu. Qui aurait pu imaginer une pareille affaire ? Les prophètes étaient des hommes. Le Messie ne devait-il pas être un homme, un homme providentiel dirions-nous aujourd’hui ?

La liturgie de ce matin nous conduit à découvrir, à approfondir la connaissance de l’identité mystérieuse de celui que les bergers, finalement, ont vu. Ils se sont rendus sur place selon le conseil de l’ange et ils ont vu un nouveau-né dans une mangeoire. L’évangile de Jean affirme que le Verbe, comme nous venons de l’entendre, s’est fait chair. Et, ajoute-t-il, il a habité parmi nous. Le nouveau-né de la crèche est donc ce Verbe, cette Parole de Dieu. Si elle est de Dieu, elle est éternelle, cette Parole. Cette Parole ajoute l’évangéliste, est Dieu. Ce que l’ange affirmait, le caractère divin du nouveau-né, voilà que l’évangéliste l’affirme. Le disciple bien-aimé nous dit que le Verbe a pris chair. Ce Verbe, le même qui a participé à la création, est la Vie, la lumière pour tout homme. Qui aurait pu imaginer cela en voyant l’enfant dans la crèche ? Le Verbe, ajoute l’évangéliste, c‘est aussi la lumière, la vraie lumière. Cette lumière qui fait connaître à chaque homme son identité réelle d’enfant de Dieu. En reconnaissant Jésus comme le Fils de Dieu, nous devenons enfant de Dieu, nous entrons à notre tour dans une relation filiale avec le Père : une relation faite de confiance et d’amour. Un amour qui répond à l’amour divin. Un amour qui transforme notre cœur blessé et fragile en un véritable foyer d’amour aussi bien pour Dieu que pour le prochain. Ce nouveau-né de la crèche, ce fils unique du Père est Dieu. Il vient en ce monde ajoute l’évangéliste pour faire connaître Dieu, le Père. Ainsi il révèle à l’humanité l’amour miséricordieux du Père, à travers non seulement cette humble naissance, mais bientôt, à travers toute sa vie. Il est le visible du Père, ne dira-t-il pas à Philippe : « qui m’a vu, a vu le Père » ?

Frères et sœurs, la révélation de cet amour gratuit du Père pour chacune de ses créatures que Jésus nous fait connaître est une consolation merveilleuse pour l’humanité. Isaïe l’avait annoncé, le Seigneur console son peuple, rachète Jérusalem, la cité de son peuple. Le salut, précise-t-il encore, est pour toutes les nations. Si Jésus est né d’abord pour son peuple, il est venu aussi pour le salut de tous les peuples. L’épitre aux Hébreux nous a fait remarquer que Dieu parle maintenant, c’est toujours vrai aujourd’hui, Dieu parle maintenant par son Fils par ce Verbe, cette Parole faite chair qui est Dieu et qui est auprès de Dieu. Ce fils unique vient nous faire participer à la vie divine. Cette vie divine qui circule entre le Père et le Fils. L’amour qui les unit est le même Esprit, frères et sœurs, que nous avons reçu au jour de notre baptême et qui habite notre cœur. Alors, en ce jour laissons l’Esprit qui nous a rétablis dans notre dignité d’enfant de Dieu et qui ne cesse de se joindre à notre esprit si nous l’appelons, laissons-le exulter de joie avec nous et adorer le Sauveur, le Fils de Dieu, du Dieu trois fois saint.

Tout ce que je viens de vous dire, frères et sœurs, est magnifique. Vous ne trouvez pas ? Or l’homme moderne, celui qui est dans le vent de la civilisation et le mouvement des idées, cet homme, notre contemporain, a souvent voulu chasser Dieu de son champ visuel, tout simplement. Il a pensé, et il pense souvent, pouvoir se passer de la Révélation, de son enseignement, se passer de Dieu. Depuis trois siècles, dans nos régions dites civilisées, nos philosophes ont mis Dieu à la porte. Des idoles en tout genre sont venues combler le vide ainsi creusé entraînant toutes sortes de violences dévastatrices et conduisant à la mort. Évidemment, vous trouvez que j’exagère. Contemplez tout simplement le ravage fait par les idéologies du XXe siècle, ce n’est pas si loin, mais qui ose le dire aujourd’hui ? Des millions de morts et jamais il n’y a eu autant de martyrs qu’au XXe siècle…

Frères et sœurs, en ce Noël nous qui prions dans cette cathédrale, nous croyons, nous affirmons à la face du monde que le Verbe de Dieu qui a pris chair à Bethléem il y a deux mille ans, est cette lumière, la seule qui éclaire tout homme. Je vous en supplie, osons le choisir comme guide de nos vies. Osons aujourd’hui le faire connaître avec audace et simplicité. Il n’y a pas d’autre Sauveur. Ce Dieu qui se fait petit enfant pour nous combler de son amour ne peut que nous apporter le bonheur et la sérénité. Osons nous prosterner devant lui. Reconnaissons sa bienveillance et marchons humblement à sa suite, confiants dans cette miséricorde du Père que Jésus vient nous annoncer pour combler nos cœurs et nous aider à marcher avec lui vers le Père dans la mouvance de l’Esprit. Quel est l’homme, quelle est la femme qui aujourd’hui ne s’interroge pas sur le sens de son existence ? Faut-il qu’une idole des temps modernes, comme Johnny Halliday, meurt pour que l’Église soit reconnue comme porteur du message du Salut ?

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi