Homélie pour la fête de l’Assomption

Frères et Sœurs,

En cette fête de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, la première lecture que nous venons d’entendre, tirée du livre de l’Apocalypse, évoque cette femme mystérieuse, drapée du soleil, la lune sous ses pieds et couronnée de douze étoiles. Les Pères des l’Église, les premiers théologiens, y ont reconnu autant la Mère de Dieu enfantant le Messie, que l’Église, le Peuple de Dieu, enfantant les baptisés et marchant sous la conduite du Sauveur, au désert, traversant la vie humaine qui par moment ressemble bien à un désert, marchant vers la Jérusalem céleste, au cours de l’histoire, en menant un combat contre les forces du mal représentées par le dragon.

Marie, comme toute la Tradition l’atteste, est bien la figure de l’Église. Son parcours dans la foi, qui en a fait la Mère du Messie, annonce celui de l’Eglise. L’Église n’est pas une entité abstraite, c’est chacun de nous l’Église ! Chaque croyant est appelé à une foi en la Parole de Dieu, la plus semblable possible à celle de Marie, afin de bénéficier des grâces divines, des merveilles de Dieu chantées par Marie, c’est-à-dire bénéficier du Salut réalisé par Jésus, le Fils premier-né du Père, le Fils de Dieu et le Fils de la Vierge Marie.

Marie a fait confiance à la parole de l’ange venu d’auprès de Dieu et à travers une vie de foi, et à certaines heures dans la plus grande obscurité, elle a été conduite jusqu’à entrer dans la gloire de la Trinité. Elle est la première personne humaine en qui le Salut est totalement réalisé. Frères et Sœurs, tel est le motif de notre joie aujourd’hui en cette fête qui vient dynamiser notre espérance, ou peut-être la réveiller… Marie, la croyante, sait qu’elle est une créature humaine, une petite créature, sur laquelle s’est penché le Dieu d’Israël. Dans son Magnificat, elle chante l’amour miséricordieux de celui qui demeure toujours fidèle à son Alliance et qui tient ses promesses.

Le Dieu Sauveur se fait connaître aux humbles, c’est-à-dire à ceux qui reconnaissent le réel, la réalité. Quelle est cette réalité ? Il y a un Dieu créateur, il existe ! L’humanité dépend de lui, non pas dans une dépendance négative, mais elle dépend de l’amour divin et elle peut entretenir avec Dieu des liens de confiance et d’amour qui comblent de bonheur tout cœur humain, créé justement pour partager l’amour, cet amour qui circule en Dieu entre les personnes de la Trinité.

Aujourd’hui, Frères et Sœurs il nous est bon de contempler Marie dans la gloire, bénéficiant de la plénitude du salut, présente avec son âme et son corps au sein de la Trinité, de prendre conscience des fins dernières de l’humanité, du but de toute existence humaine. Oui, Frères et Sœurs, nous ne le savons plus assez, notre humanité a été voulue par le Père pour que chaque personne humaine puisse entrer dans une relation filiale, confiante avec lui, comme Jésus. Le Christ Jésus a été envoyé par le Père pour rétablir cette relation de confiance que nos résistances et nos velléités d’indépendance face au Créateur ont endommagée et, en partie, brisée. Par le don de la foi qui fait que nous sommes ici ce matin dans cette cathédrale, par le don de la foi, fruit de la présence de l’Esprit Saint reçu au baptême et à la confirmation, heureux sommes-nous de connaître le sens de l’existence humaine, de notre passage sur la terre. C’est devenu un privilège aujourd’hui ! Le refus de Dieu, si courant jusque dans nos propres familles, en raison d’une culture ambiante engendrant la perte du sens de la vie. Cela entraine une multitude de conséquences que nous pouvons voir dans le quotidien. La perte de la dignité de la vie humaine… La vie humaine n’a pas de prix et aujourd’hui, de différentes manières, nous n’en faisons pas cas ; nous la détruisons, aussi bien dès son origine et, nous ne leurrons pas, à sa fin. Malheureusement, bien souvent, on n’attend pas la mort naturelle dans nos hôpitaux aujourd’hui. Autres conséquences : une recherche effrénée du plaisir immédiat et le besoin jamais satisfait de biens matériels ; une indifférence aux autres et à la Création elle-même qui engendre l’injustice et parfois une exploitation suicidaire de la nature…

Frères et Sœurs, savoir que, personnellement, chacun d’entre nous, nous avons été désiré par Dieu… Il n’y a pas de hasard, nous ne sommes pas le fruit du hasard, nous sommes le fruit d’un amour paternel, éternel, qui a voulu nous appeler à la vie et nous l’appelons « Notre Père ». Il  nous a voulu pour que nous puissions dores et déjà, et éternellement, nous reposer sur son Cœur. Telle est notre espérance, une espérance qui a trouvé sa réalisation en la Bienheureuse Vierge Marie.

Au Ciel, Frères et Sœurs, nous avons une Mère ! Une mère qui nous attend. Elle ne cesse de nous aider alors que nous sommes encore sur cette terre. Si nous implorons dans la prière son aide, si nous lui demandons qu’elle nous guide, elle nous enseigne sur ce chemin qui est le nôtre, il est vrai un chemin semé d’embûches. Ce chemin, nous le parcourons sur la terre en devant mener un combat spirituel, en faisant le choix de Dieu, en mettant Dieu à la première place dans nos existences. Oui, Frères et Sœurs, ce choix est difficile, mais n’oublions pas que nous ne sommes jamais seuls. Notre mère veille sur chacun de ses enfants avec une compassion ineffable.

Alors, en ce jour osons nous confier à elle personnellement. Confions-lui chacun des nôtres, avec persévérance, quels que soient les chemins tortueux que les uns et les autres ont pu prendre. Confions-lui notre pays, la France, dont elle est la patronne principale, afin que ses habitants puissent mieux accueillir leur Sauveur, son Fils. Confions-lui le monde, le monde entier. Elle est la mère de tous. Qu’elle obtienne pour toutes les nations la paix et qu’elle les tourne vers leur avenir éternel.

Amen

† Jean Legrez, o.p.

Archevêque d’Albi