Homélie pour la fête de la Miséricorde

Frères et sœurs,

En ce deuxième dimanche de Pâques, après une semaine où, avec les nouveaux baptisés (4 500 en France) nous avons chanté le Ressuscité – celui qui fait toute chose nouvelle – la liturgie nous offre ce passage de l’Évangile de Jean qui relate deux apparitions de Jésus à ses apôtres.

Au soir du premier jour de la semaine, Jésus vient au milieu de ses disciples, encore terrassés sous le choc de la mort terrible de leur maître sur la croix, et vivant cachés dans la peur, le Ressuscité leur apporte la paix. Il est la paix. Celui qui réconcilie l’humanité avec le Père. En vivant de lui et par lui, les hommes peuvent bâtir aujourd’hui la paix entre les peuples et vivre dans la bienveillance mutuelle. Les disciples sont envoyés pour faire connaître le Christ et répandre la paix. Immédiatement le Christ souffle sur ses disciples en leur disant : « Recevez l’Esprit Saint, remettez les péchés… ». Jésus « apporte la grande absolution du Ciel pour le péché du monde, qu’il a porté sur la croix et pour ainsi dire confessé. Pâques est la fête où l’Église reçoit le pouvoir de pardonner tout péché dont on se repent, c’est pour cela qu’elle reçoit de Jésus le Saint Esprit. La confession n’est pas une pénitence, mais un don reçu personnellement avec le pardon transmis par l’Église qui nous rend purs ; nous qui sommes souillés nous devenons comme des enfants nouveau-nés ».

Aussi nous exultons de joie pour cette renaissance, fruit immédiat de la croix. Désormais nous remercions notre Dieu pour cette miséricorde qui, avec le pardon de nos fautes, nous fait entrer dans une relation filiale avec le Père et hériter de la vie divine, dès maintenant et éternellement. Par le baptême, configurés au Christ, le fils premier né, nous partagerons sa gloire et sa résurrection, tel est l’objet de notre foi et de notre espérance.

Thomas, absent lors de la première apparition de Jésus ressuscité, a douté. Lors de sa deuxième apparition à ses disciples, le Seigneur l’a invité à croire en lui montrant la plaie de son côté. Du cœur transpercé du Christ ont coulé des fleuves d’eaux vives, image révélatrice de l’amour infini et miséricordieux de notre Dieu. Lavé de ses péchés et vivifié par l’Esprit, le croyant connaît le bonheur de croire sans avoir vu. L’ultime béatitude prononcée par Jésus à notre intention : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », est pour nous un magnifique encouragement à placer notre confiance en celui qui a donné sa vie pour nous, afin que nous puissions vivre de sa vie.

Les sauvés, devenus des croyants, forment une communauté fondée sur le Christ, son Église. Ensemble les chrétiens ont à témoigner de leur foi par une vie de prière unanime, un partage de leurs biens en fonction des besoins de chacun, selon l’exemple donné par la première communauté de Jérusalem rapporté dans les Actes des Apôtres et entendu lors de la première lecture. Notre manière de vivre en Église est une manifestation de notre foi dans le Ressuscité. Regardons-nous les réalités d’en haut ou celles de la terre avant tout ?… Lorsque des chrétiens vivent avec charité et foi dans l’Espérance que nous apporte la résurrection du Seigneur, de nouveaux disciples s’adjoignent aux communautés.

En ce dimanche de la divine miséricorde, prions les uns pour les autres afin que, renouvelés par la grâce pascale, nous devenions davantage capables de vivre en enfants de Dieu. Demandons au Seigneur de faire de nos communautés, de nos familles, des foyers rayonnants de confiance en Dieu et de bienveillance pour nos semblables, spécialement les plus éprouvés par la vie. Que l’Église du Seigneur Jésus soit en ce monde un véritable buisson ardent qui ne se consume pas, rayonnant l’amour miséricordieux du Père pour chacun de ses enfants.

Amen !

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi