Homélie pour le jour de Pâques

Frères et sœurs,

Au cours de cette célébration de la Résurrection du Seigneur, seize enfants du catéchisme vont recevoir le baptême. Dans la joie, nous chantons la victoire du Christ sur la mort. Jésus vient sortir des ténèbres du péché et de la mort celui qui se confie en lui. À tous ceux et celles qui touchent le fond de leur misère et de leur faiblesse, le Christ ressuscité offre sa grâce, qui est le don du Saint Esprit. Ainsi, le Christ partage sa vie filiale, sa vie d’enfant de Dieu, avec tous ceux qui reçoivent le baptême. Accueillons avec une intense reconnaissance l’annonce réconfortante de la résurrection du Sauveur.

Marie-Madeleine au matin du premier jour de la semaine est devenue « l’apôtre des Apôtres », elle a découvert le tombeau vide et a prévenu Pierre et Jean. Tous les deux s’empressent de courir au tombeau qu’ils trouvent, de fait, ouvert, la pierre qui fermait son entrée a été roulée ; or, il fallait au moins trois hommes pour rouler la pierre. Le corps de Jésus crucifié et mort ne repose plus dans les linges qui entouraient le cadavre. Les linges sont bien là, mais aplatis sur le lit funéraire, vidés de leur contenu, vidés du cadavre de Jésus, et cependant posés à leur place initiale. C’est comme si le cadavre de Jésus avait été aspiré au moment de sa résurrection, de telle sorte que les linges sont restés à leur place mais vides. À la vue d’un tel signe aussi inattendu qu’incroyable, le disciple bien-aimé crût. Il crût immédiatement que Jésus était ressuscité, comme il l’avait annoncé, et comme il allait le montrer quelques heures plus tard en se rendant visible, au soir de ce même jour, aux onze disciples enfermés par peur des juifs. Depuis lors, jusqu’à nos jours, la réalité de cet évènement nous a été transmise d’abord par les apôtres, au prix de leur vie. Puis la tradition s’est propagée, depuis la première communauté chrétienne de Jérusalem, dans le monde entier. Aujourd’hui, à Albi, nous exultons de joie, car le Christ est vraiment ressuscité et nous célébrons le don de sa vie divine à seize enfants. Cette vie que Jésus a obtenue de nous partager par son offrande sur la croix.

Chers enfants, je veux m’adresser tout particulièrement à vous. Vous le savez, on vous l’a dit, par le baptême vous allez devenir enfants de Dieu. Jusqu’à présent, vous êtes bien les enfants de vos parents, mais aujourd’hui, par le baptême, vous allez devenir enfants de Dieu, de ce Dieu qui est le Père de tous les hommes, qu’ils le sachent ou non. Comment cela va-t-il se passer ? En recevant sur votre tête l’eau qui coulera par trois fois, vous allez recevoir le don du Saint Esprit. À partir de ce moment-là, vous serez habités, vous serez comme la maison du Saint Esprit, le Temple du Saint Esprit. Vous deviendrez enfants de ce Dieu que nous appelons tous Père, et vous deviendrez frères et des sœurs du Seigneur Jésus, fils premier-né du Père, lui qui est notre Sauveur.

Mais l’affaire de votre baptême, n’est pas l’affaire d’une journée. Cette grâce que vous allez recevoir aujourd’hui, elle va s’étendre sur toute votre vie, jusqu’à votre entrée dans l’éternité, au Ciel, lors de votre mort. Durant toute votre vie sur la terre, l’Esprit Saint va mettre vos pas dans ceux de Jésus pour aller vers le Père. Pour cela – et vous avez déjà commencé à le faire – il va falloir continuer à apprendre à vous mettre à l’écoute de l’Esprit Saint. Il ne vous parle pas comme moi je suis en train de vous parler. Pourtant, il éclaire sans cesse notre cœur, notre conscience, si on sait être attentif. C’est lui qui nous guide vers tout ce qui est bon, vers tout ce qui est beau, vers tout ce qui est saint. C’est lui qui met dans notre cœur de l’admiration pour le Seigneur Jésus. C’est lui qui met dans notre cœur le goût de suivre Jésus.

Il va vous falloir, chaque jour, apprendre à vivre en disciple de Jésus ; le disciple, c’est celui qui écoute le maître. Vous allez apprendre à connaître, de plus en plus et mieux, l’enseignement de Jésus, ce qu’il nous apprend dans les évangiles, afin de mieux aimer Jésus et mieux pouvoir le suivre. Chaque jour, aussi, vous pourrez vous tourner vers le Père avec Jésus, dans la docilité à l’Esprit Saint, pour prier le Seigneur, c’est-à-dire lui parler, lui ouvrir votre cœur, le louer, le remercier et le supplier. Ainsi, vous deviendrez réellement des fidèles du Christ. « Fidèle », quel mot magnifique ! Qu’y a-t-il de plus grand dans l’amitié et dans l’amour, que la fidélité.

Frères et sœurs, aujourd’hui est le jour, où non seulement les enfants, mais tous ensemble, nous allons renoncer à Satan et renouveler notre profession de foi dans le Christ, notre Sauveur, et dans la Trinité. Il peut être bon de nous interroger sur notre fidélité à Dieu. Qu’avons-nous fait de notre baptême, comme disait le pape Jean-Paul II, lors de sa visite à Paris, « France qu’as-tu fais de ton baptême ? ». C’était le jour où nous célébrions, avec toute l’Église, la Trinité. Cette Trinité dans laquelle nous avons été plongés au jour de notre baptême. Ainsi, chers enfants, en étant à l’écoute du Saint Esprit en apprenant à mieux connaître Jésus, vous deviendrez des fidèles du Christ, des amis fidèles de Jésus capables de le choisir jour après jour pour le servir, mais aussi pour le faire connaître autour de vous, à temps et à contretemps.

Je ne sais pas si vous le savez, frères et sœurs, mais aujourd’hui, pour un enfant, un adolescent et même un étudiant, annoncer la foi autour de soi est parfois héroïque. Prions pour que les jeunes soient capables d’évangéliser les plus jeunes qui les entourent, et au-delà. Demandons enfin, chacun les uns pour les autres, que cette Pâque nous renouvelle dans la foi et la charité. Puissions-nous ensemble devenir davantage, dans notre société si troublée, si déroutée, si agitée, des témoins de l’Espérance qui nous habite. Saint Paul écrivait aux Colossiens : « Pensez aux réalités d’en-haut, non à celles de la terre ». Avec courage et joie, osons annoncer autour de nous que le Christ est ressuscité des morts. Avec humilité, acceptons que le serviteur ne soit pas plus grand que le maître, vivons en « homme nouveau » et faisons connaître à nos contemporains le Sauveur de tous les hommes, à la suite des martyrs et des saints, quoi qu’il puisse nous en coûter. Souvenons-nous toujours que la croix est devenue le signe de la victoire du Christ sur la mort et les puissances de l’enfer, depuis que Jésus est vraiment ressuscité.

Alléluia ! Amen !

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi